Malcolm Butt – Sid Vicious

Camion Blanc, 165 pages.

Malcolm Butt - Sid ViciousVO : Sid Vicious, Rock’n’roll Star. Sous-titre : chronique d’une rock star suicidée. Court essai sur une carrière aussi fulgurante que bruyante de l’Anglais qui a incarné un certain esprit du punk, c’est fort instructif. On rit au début, puis l’effroi nous saisit face à un tel gâchis – voire par rapport à l’importance exagérée attribuée à un chieur fini incapable d’atteindre le légendaire cap des 27 ans.

De quoi parle Sid Vicious, et comment ?

Le Tigre, à sa grande honte, avoue ne strictement rien savoir de l’essayiste. Malcom Butt est un parfait inconnu dans mes nombreuses références littéraires, je sais juste qu’en 1977 la biographie du bon Sid a été publiée. Sid Vicious (une histoire de rat serait à l’origine du prénom), c’est l’Anglais turbulent admis au sein des Sex Pistols, groupe qui hélas a fait long feu, un peu à l’image de celui qui était en passe de devenir son leader – s’il fallait justifier la taille du bouquin.

Pour faire court, le lecteur se verra confirmer la personnalité suicidaire de Sid qui avait décidé de ne pas vivre longtemps – volonté renforcée après le décès de sa bien-aimée, Nancy, détestée par tous. En l’espace de 21 mois, un adolescent de 19 ans se transformera en une pauvre loque souffreteuse et geignarde, ressemblant à un vioque de 40 berges, et réclamant ses doses de méthadone et d’héroïne à la fois. Associé trop tôt au succès, Sid a vu ses chevilles explosées, ce qui n’a pas aidé à améliorer son comportement capricieux et bagarreur – jusqu’à aller en prison, Rickers Islands pour la plus connue.

Cet essai suit, fort classiquement, une narration chronologique, de la naissance de John Simon Ritchie (mère droguée qui s’installe brièvement à Ibiza) à sa logique overdose, en passant par d’impressionnantes frasques à se taper sur les cuisses. Néanmoins, les premiers chapitres ne sont pas plaisants à lire, Tigre a même failli ne pas continuer : mister Butt (sérieusement, c’est son nom ?) aère peu son essai (malgré quelques photos ici et là). Malcolm McLaren (leur manager), John Lydon, Steve Jones, Glen Matlock, Paul Cook (les membres), et tant d’autres, parfois je ne se souvenais plus trop qui était qui.

Au début, j’ai déploré, outre les nombreux noms balancés ici et là, des péripéties qui se suivent sans grande logique ni prise de recul, sans compter que Sid Vicious n’est pas le réel héros de l’essai – plutôt les Sex Pistols. Heureusement, dès le second tiers, le style (et la tournure dramatique prise par l’existence du protagoniste principal) se décante, provoquant une lisibilité certaine qui fait que le lecteur arrivera, trop vite, au dernier chapitre. Un épilogue, enfin, sur la triste fin de la môman du musicien maudit : Anne Beverley, seule, découverte morte avec une seringue dans le bras.

Je crois bien, malgré moi, que ce sont surtout les édifiantes – et souvent dégueulasses – anecdotes qui relèvent l’intérêt du bouquin, à l’instar de la création du bogo (Sid, petit, qui sautille devant la scène pour mieux voir ses potes) ou les concerts catastrophiques du groupe. Car les « musiciens » font avant tout leur show, et entre matériel branlant et accords de guitares approximatifs, le public n’allait pas les voir pour les écouter. 150 pages qui méritent d’être lues rien que pour ça – et les photos d’époque.

Ce que Le Tigre a retenu

Grâce à Sid et les Sex Pistols, le félin a pas mal appris sur l’état de la musique au Royaume-Uni pendant les années 70. Les Sex P., c’est un peu le mouvement punk dans ce qu’il a de plus pur, donc pire : volonté de tout détruire, accoutrement reconnaissable 24h sur 24, comme si le côté sombre de tous les personnages de StarMania s’étaient matérialisés en une bande de cinq (puis quatre) jeunes adultes un peu paumés – avis tout personnel, j’en conviens.

Car les Sex P., ce sont avant tout une bande de gosses braillards qui s’en foutent de la musique (ils ne savent pas chanter), l’essentiel étant de provoquer le chaos. Et Sid, qui trônait autour d’eux en faisant un bordel pas possible, était dans l’esprit. Il faut savoir qu’il est entré (ou a remplacé Matlock, selon les versions) assez tardivement (début 1977), après avoir été leur groupie pendant un certain temps. Et il s’est illustré pendant cette période, par exemple en balançant une bouteille de verre (à destination d’un autre groupe) qui s’était écrasée plus loin, provoquant la perte d’un œil d’une femme présente.

A partir de là, Sid entraînera (et sera encouragé) le punk band dans les plus