Les Sutras du Tigre .96 : 12 conseils d’écriture

Le Tigre Editions, pas de pages.

Les Sutras du TigreCe blog n’est pas celui d’un écrivain. Je n’ai aucune prétention de ce genre. En revanche, en tant que pseudo critique littéraire à la crédibilité aussi éprouvée qu’une chemise hawaïenne à un enterrement, Le Tigre peut éparpiller ses conseils à l’attention des écrivains en herbe. Après avoir lu plus de 4.000 titres, je commence en effet à me rendre compte où ça peut clocher.

Comment bien écrire ?

Avant de démarrer les douze (encore ce chiffre !?) conseils à l’attention des wannabe writers, Tigre vous signale que cette idée m’a été plus que soufflée par un pote qui sévit dans une maison d’édition d’amateurs (traduction : pas intéressés par les tunes) qui font parfois mieux que certains pros.

1) Soigner l’orthographe

La base. Rien à dire de plus sur ce point. Une petite faute d’inattention, à la rigueur (et encore, seulement chez ceux qui n’ont pas d’éditeur pour les relire), mais dès que y’en a trop, les problèmes commencent. Difficile d’être pris au sérieux alors. Je délivre ce premier conseil avec d’autant plus de franchise que ce blog est truffé de fautes.

J’en profite pour vous enjoindre, dès que vous en voyez une, à me la signaler en commentaire. Celui-ci ne sera pas publié, à la place je vous lécherai le derrière par courriel.

2) Rendre ses phrases compréhensibles

La langue française est suffisamment riche pour faire d’une innocente phrase un bordel sans nom.

Notamment, attention aux pronoms relatifs et personnels, d’expérience on pèche souvent de ce côté. Non seulement il est redondant de s’emmêler les pinceaux sur le sens (du genre « cette petite conne était sur la piste de danse qui détonnait »), en plus l’emploi de trop de pronoms a tendance à gravement allonger les phrases. Enchaîner des phrases courtes ralentira certes le rythme, c’est pourquoi il faut savoir ce que vous voulez produire : accélération et nombreuses données fournies ou l’inverse ?

Achtung : les sentences fort courtes, voire nominales (n’en abusez pas), en plus de casser le rythme, tendent à annoncer que quelque chose va survenir. Si rien ne débarque dans la narration, le lecteur qui aura attendu un petit quelque chose va se sentir floué.

3) Bien adapter la ponctuation

Ne jamais sous-estimer la puissance de la ponctuation. Certains items restent (relativement) peu utilisés, notamment le point-virgule ou les tirets remplaçant une parenthèse. Plus généralement, il convient de faire gaffe à l’équilibre visuel du texte : votre prose aura beau être majestueuse à découvrir, si de loin le tout pique les yeux, ça ne servira à rien.

Très peu d’auteurs peuvent se permettre de ne pas aérer leurs textes (Milward y est parvenu, ce boulet de Littell a cru que ça faisait plus sérieux), ainsi veillez à ce que « de loin » votre ouvrage donne envie de l’aborder. Pas de gros paquets qui dépassent deux pages, à l’inverse pas de chapitres entrecoupés d’une grosse page blanche. En outre, et si vous n’avez pas d’éditeur diligent pour le faire à votre place, on attend d’un texte qu’il n’y ait qu’une police, et avec une seule taille (sauf exceptions justifiées). La continuité, ce n’est pas compliqué. Si ?

4) Surveiller son niveau de langage

« C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit. Ma bite me grattait affreusement. La sueur ourlait mon épiderme de gouttelettes de rosée. J’avais des putains de morpions sur la queue. »

Ça fait sourire, mais quand c’est involontaire (et la plupart du temps, ça l’est), on n’est jamais loin du désastre. Une expression trop familière glissée dans une narration au style soutenu casse assez net l’illusion romanesque. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas en jouer ; mais souvent on ne sait pas en jouer, c’est bien là le problème. Cela est valable dans l’autre sens.

J’en profite pour dire que sur QLTL, cette règle de l’unité du langage est parfois allègrement violée dans tous les sens, c’est mon aspect schizo qui s’impose alors.

5) Éviter les dialogues orduriers

Je préfère ne pas donner d’exemple, écoutez-vous juste parler avec vos amis et couchez-le sur papier. Atroce. Quand on entend faire de la littérature, les dialogues ne sont pas de la langue parlée. Faut adapter et ne pas la jouer en mode « retranscription de greffière coinços ».

6) Bien gérer les répétitions

Il faut mettre en place le subtil équilibre entre la nécessité de savoir de qui on parle (par exemple, « la fine actrice », ne peut pas être, trois pages plus loin, « Mélanie Laurent », à moins que la première n’ait subi une lobotomie) et l’obligation de ne pas attacher à un personnage la même image qui va lui coller aux basques – sauf exception, par exemple L’Enquête de Claudel. Ce n’est pas parce qu’un protagoniste est roux que vous alignerez tous ses synonymes. Y’a que San-Antonio qui y parvient avec Mathias.

Plein de solutions existent, piochez où vous voulez : faire un rapprochement avec l’action précédente, sortir un dico des synonymes, attribuer une fonction qui distingue un des intervenants pendant un certain moment, bref tout est dans ce que Le Tigre nomme, en bon politicien, la « cohérente variation ». Aussi faut pas déconner dans la notion de progression : si un(e) individu(e) est affublé(e) d’une expression particulière, faites-la évoluer, lentement mais sûrement (sauf twist scénaristique).

7) Être prudent sur les références

« La fille ressemblait à la miss météo de la petite chaîne qui monte, et parlait avec la voix de Johnny Halliday après trois concerts arrosés de Jack Daniel’s (secoué, non agité comme il se doit). Ses Louboutin résonnaient sur le lino Casto, et avec son cuir on se serait cru dans une party sortie de Matrix Revolution. »

Vous voyez le souci. Un bon texte doit avoir son propre univers cohérent, sans avoir besoin de convoquer abusivement des références externes. On croit être renforcé par ces références, en fait celle-ci nous affaiblit en appauvrissant l’imaginaire puisqu’elle convoque des images toutes faites. A mon sens, ce procédé relève de la paresse, et du clin d’œil malvenu au lecteur. 

8) Zapper les clichés

On est dans le prolongement du conseil précédent, cependant Le Tigre va un peu plus loin : non seulement utiliser les expressions toutes faites est proscrit, mais créer son propre langage imagé peut faire la différence. De la même manière, les personnages « prêts à être utilisés » tels qu’on en rencontre partout sont à éviter.

Par exemple, le cliché de la femme fatale/éternelle (brune souvent) est un poncif qui fera bailler plus d’un lecteur. Ou, pire, le serial killer esthète sur les bords. Vous pouvez partir de cette base, toutefois ce serait idiot de ne pas tenter de sortir des clous et offrir quelques surprises au lectorat.

9) Ne pas trop franchir le quatrième mur

« Alors moi mon nom c’est Tigre. Tigre, putain ! Pas commun, hein ! Ça t’étonne !! Alors laisse-moi te dire que ma vie de blogueur, c’est pire que la jungle »

Moche. Un peu comme si Coluche faisait des clins d’œil au public à chaque bon mot. Si ç’avait été le cas, le comique ne serait pas allé bien loin. Ce genre d’appel du pied, cette fausse complicité de poivrot dans un bar qui te chope par l’épaule en disant « t’es mon meeeeilleuuur amiiii toi », c’est tout simplement non avenu.

Quand ça marche, cela donne un San-Antonio ou du Arnaud Le Guilcher (dans une moindre mesure). Nadine Monfils, à l’inverse, ça ne passe plus.

10) Entretenir l’atmosphère

Encore une question d’équilibre. S’il n’y a que des dialogues, c’est chiant. Paroles contre paroles, faut que la personne qui vous lit s’accroche intensément pour façonner un décor, la psyché des personnages, leurs attitudes. C’est bien joli de faire appel à l’imagination du lecteur pour combler les vides, seulement sans la moindre aide ce dernier risque de faire n’importe quoi. Au risque d’être dérouté plus tard.

Toutefois, ne versez pas dans ce que je me plais à nommer le terrible « Zola Syndrom ». Ou Balzac. Ou Tolstoï. Ou n’importe quel romancier (de talent certes) qu’on vous a obligé à lire étant jeune et dont les descriptions vous ont donné envie de sauter par la fenêtre. Si, en plein milieu d’une baston, le héros commence à discourir sur l’état du macadam qu’il est en train de se manger, vous risquez de perdre plus d’un fan.

11) Se relire, et surtout se faire relire

Ce commandement, c’est une sorte de reminder général de ce qui a été précédemment dit. C’est bien joli de turbiner tout seul dans son coin (c’est même salutaire quand faut se concentrer), mais un moment faut bien sortir son cul de la tour d’ivoire littéraire dans laquelle on est, et prendre le temps de juger ce qui a été fait.

La relecture à titre personnel est certes importante, toutefois par d’autres c’est préférable. En particulier par des personnes au taquet et qui ne sont pas du genre à prendre des gants pour briser votre boulot littéraire. Au moins vous saurez ce qu’il y a à améliorer. Exeunt donc votre sous-fifre ou grand-maman, trop contents de vous faire plaisir.

12) Lire, écrire, lire, écrire, etc.

Plus on lit, mieux on écrit. Plus on écrit, mieux on se porte. Vérité vraie. Le bon Stephen King en personne le dit, alors que rajouter ?

Sérieusement, plus vous lirez, plus votre boîte à outils gagnera en taille et plus quelques fautes de style/orthographe vous piqueront les mirettes dès la première seconde. Quant à l’écriture, vous verrez comment enrichir votre vocabulaire et votre style ne s’acquiert pas après une semaine à plancher face à votre ordinateur.

13) [un dernier pour la route] Se torcher la gueule à bon escient

Hemingway, Baudelaire, Bukowski, Self,…franchement les écrivains publiant leurs chefs d’œuvre en affichant fièrement 2 grammes d’alcool au compteur ne sont pas légion. Une exception. Se la coller comme un sagouin avant de prendre sa plume n’est pas recommandé, à chaque fois que Le Tigre l’a fait, le réveil fut très décevant (je ne parle pas de la gueule de bois) : plutôt content de ma production de la veille, hélas en la lisant je me suis aperçu que ce n’était ni drôle, ni fin, encore moins bien écrit.

A la rigueur, un bon shot ou un début de cuite peut constituer un kick de départ. Il ne faut toutefois pas aller plus loin, et laisser l’ivresse de l’écriture prendre le relais sur l’alcool.

Conclusion d’écrivain en (mauvaise) herbe

En vérité, fais ce que tu veux, petit écrivain. Surtout que, sur ce blog, je ne m’affranchis que trop souvent de ce qui a été dit.

Mais ne viens pas chialer sur mon blog une fois que j’aurai démoli ton ignoble torchon à cause d’un conseil non respecté.

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