Brugeas & Toulhoat – Etoile rouge

Akileos, 56 pages.

Brugeas & Toulhoat - Etoile rougeDans la lignée d’un excellent Block 109, Le Tigre a continué ses aventures dans le monde de l’uchronie relative à la seconde guerre mondiale. Cette BD au format classique se lit rapidement, trop sans doute. C’est sur le front russe que le conflit est décrit, et bien que très correcte le lecteur sera forcément déçu par rapport au premier opus, réellement novateur.

Il était une fois…

L’URSS et la France Libre ont fait grande alliance, avant la destruction atomique de cette dernière. Une escouade française, la « Normandie » (qui a réellement existé au demeurant), combat sur le front est avec des pilotes plus qu’expérimentés. Ce sont quelques hommes qu’on va suivre, de leurs victoires jusqu’à leur inexorable chute.

Critique d’Étoile rouge

Avant de commencer cette délicieuse série, il convient de se taper d’abord block 109. Puis comprendre que cette BD n’est qu’une anecdote de la guerre opposant le Reich millénaire à l’URSS. La bombe A inventée par les nazis a déjà rayé le monde occidental, le monde libre est bien mal parti dans ce scénario. Nous accompagnons une poignée de Français, dans l’empire soviétique, qui prêtent main forte au petit père des peuples. Ce dernier le leur rendra assez mal par ailleurs.

Disons le tout de suite, ce n’est pas aussi bien que le premier opus. On perd l’aspect roman graphique pour dériver vers la BD classique : images un peu moins fouillées et imposantes, histoire plus courte, certes intéressante mais sans l’aspect historique autrefois si prégnant. Plus d’une dizaine d’euros pour à peine 60 pages, Le Tigre l’a un peu mauvaise. Pas le temps de s’attacher aux personnages, juste un petit conte sur les conditions « d’exercice » en territoire russe.

Quant à la fin, sombre car terriblement réaliste. Le dessin est légèrement moins fouillé que dans l’opus fondateur, on assiste à un retour en puissance de la ligne claire, comme les deux BD qui suivront. Les ennemis ne sont pas forcément les vilains allemands, rien n’est tout blanc ou tout noir. Un bon moment en tout cas, pas le pied non plus.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La difficulté de combattre chez un pays totalitaire, bien qu’allié. Nos petits frenchies doivent composer avec les susceptibilités locales, les commissaires politiques omniprésents et les luttes politico intestines propres à l’URSS. En plus de cela, c’est bien sûr le désespoir et le déracinement de nos héros, dont le pays d’origine n’est plus, que le lecteur appréhende de manière assez convaincante.

L’URSS, système politique, et surtout économique, gravement déficients. Parallèlement à la guerre aérienne, c’est aussi une guerre économique, avec les cadences de production des avions qui sont terribles. Plutôt bien décrit, le quotidien d’un ouvrier aura une influence déterminante sur le destin de nos héros. Ce dernier, ne voulant pas voir sa ration de nourriture lui passer sous le nez, omettra (assez innocemment, en plus) un petit doute sur une petite pièce qu’il a conçue. Or ladite pièce sera l’équivalent « o-ring » de la bien triste mission Challenger de 1987.

…à rapprocher de :

– Les autres épisodes du roman graphique d’origine (Block 109, en lien) sont : Opération soleil de plomb (correct), New York 1947 (chouette), Ritter Germania (mouais).

– Ces deux auteurs ont publié une autre série nommée Chaos Team. Z’ont du beau talent, tome 1.1 (sans plus), tome 1.2 (aaaah, mieux) et tome 2.1 (très correct).

– Les Buck Danny, sur l’aspect guerre aérienne. Bien qu’ici ce soit moins bien expliqué.

– En plus « sérieux », et sur le front occidental, Le Grand Cirque 2000 de Clostermann est fort instructif.

Enfin, si vous n’avez pas de « librairie à BD » à proximité, vous pouvez trouver ce titre en ligne ici.