Orson Scott Card – L’Ombre de l’Hégémon

J'ai Lu SF, 441 pages.

Orson Scott Card - L’Ombre de l'HégémonSous-titre : la saga des ombres, tome 2. VO : Shadow of the Hegemon.  Dans un futur proche, l’Humanité à nouveau hors de danger est prête à recommencer ses guerres intestines. Passant de la SF contre des vilains E.T. à de l’anticipation militaire de haute volée avec quelques considérations religieuses, ce second opus est toujours un régal.

Il était une fois…

Début du XXIIIème siècle : la menace E.T. écartée, les gouvernements terriens s’apprêtent à s’entre-déchirer. Ender, le héros de la guerre contre les Doryphores, n’a plus le droit de cité sur Terre et les autres gosses de l’École de guerre sont potentiellement en danger : certains sont capturés et il appert qu’Achille est derrière ces enlèvements pour le compte de la Russie qui s’imagine comme maître du monde. Seul Bean a échappé au pire. Assisté du frère d’Ender et de sœur Carlotta, le jeune génie pourra-t-il contrecarrer les plans des grandes puissances belligérantes, et, accessoirement, libérer son amie Petra ?

Critique de L’Ombre de l’Hégémon

Après un premier opus à la perfection éprouvée pour qui aime la SF crédible doublée d’une intensité dramatique des plus agréables, retour au plancher des vaches avec des premiers chapitres qui ont tout l’air d’un road-trip à l’échelle du vaste monde : Bean (aka Julian Delphiki) vient à peine faire la connaissance de sa famille qu’ils sont victimes d’une tentative d’assassinat commandité par Achille, lequel a déjà été recruté par un État désireux de s’affranchir d’une Hégémonie déjà branlante – l’organisation mise en place pour combattre les E.T., ces derniers disparus sa légitimité pose forcément question.

Ainsi, Bean et sœur Carlotta se baladeront incognito des États-Unis à l’Asie du Sud-Est en plein conflit pour échapper à la folie meurtrière d’un homme qui, entre autre, joue avec les gouvernements comme un gosse avec ses jouets dans sa chambre. Pour faire simple (et sans gâcher le plaisir), il est question de l’Inde et du Pakistan qui concluent un pacte de non-agression afin que l’Inde puisse tranquillement envahir la Birmanie puis la Thaïlande (où Bean officie en tant que conseiller militaire aux côtés de Suriyawong) tandis qu’Islamabad lorgne vers l’Ouest. En embuscade, la Chine… Parallèlement, le nom du blogueur Locke (aka Peter Wiggin) circule dans les couloirs pour être le nouvel Hégémon (qui n’a que peu de pouvoir face au Polémarque qui commande l’armée internationale), or Peter craint que sa jeunesse ne le rende guère crédible.

A la différence du précédent tome, le lecteur aura l’occasion d’avoir d’autres points de vue, notamment Petra prisonnière, avec d’autres d’élèves, et tentant de saboter les plans de conquête (sans que cela se remarque) du jeune psychopathe tout en essayant d’avertir l’extérieur – astucieusement d’ailleurs. Mieux encore, on se met à la place de Peter (le frère d’Ender refusé à l’École de guerre en raison de sa violence inhérente et son souci avec l’autorité) qui est sur le point de dévoiler son identité de blogueur politique influent. Plus d’une fois ce personnage est assez inquiétant à la manière d’un brillant César doté de solides ressentis vis-à-vis de ses parents (qu’il méprise parce qu’ignorants) ou de son frère qu’il a contribué à bannir de Terre – pour son propre bien.

La dernière chose qui m’a empêché de proclamer un sans faute est la surprise qui pourrait saisir le lecteur s’imaginant lire de la science-fiction : or, il s’agit essentiellement d’anticipation géopolitique (même si, vers 2200, il est étonnant de trouver les mêmes nations) avec de belles idées stratégies, hélas sans plus de développement d’un point de vue tactico-militaire ou des armes développés dans ce futur. Sans compter la propension de Scott Card de faire quelques dialogues à haute teneur religieuse (cf. dernier paragraphe de la partie suivante) qui sont parfois plus verbeux qu’intéressants. Cependant, rien de dérangeant dans l’ensemble, foncez mes amis.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Petit mot sur le titre qui reste dans la continuité du premier roman. Après avoir été l’ombre d’Ender Wiggin, le sauveur de l’Humanité contre les Extra-Terrestres, Bean s’apprête à devenir celle de l’Hégémon. A savoir une institution en qui peu de gens semblent croire pour préserver la paix, alors qu’Ender était le plan A pour sauvegarder l’Humanité quelques mois auparavant. Bean, qui grandit plutôt vite (son « souci » génétique lui est d’ailleurs révélé), devra apprendre à faire confiance à un presque inconnu et à s’effacer derrière quelque chose de plus important que lui – quitte à envisager sa mort. Nous retrouvons encore l’idée du sacrifice acceptée par des êtres d’une jeunesse accablante, prêts à porter sur eux les péchés des adultes.

Puisque le félin fait référence au christianisme, c’est que la confession mormone de Scott Card commence sérieusement à se voir dans l’histoire. Les discussions (notamment quand sœur Carlotta intervient) prennent une tournure théologique, sinon empreintes de références bibliques et/ou mythologique. Avec un antagoniste se nommant Achille, je vous laisse d’ailleurs imaginer le dégueulis hellénistique sortant de certaines pages – si besoin est, je rappelle que lors de l’invasion des Doryphores la Terre était gouvernée par un Hégémon, l’armée par le Polémarque et le Stratège. Il est également question de la princesse (Petra) tenue captive par un monstre tandis que le protagoniste est affublé d’un terrible handicap, à savoir la croissance ininterrompue qui le tuera. Tel un Jésus Christ avec des relents de chevalier servant, aura-t-il le temps de sauver le monde avant que son corps ne lâche (vers ses vingt ans) ?

…à rapprocher de :

– Cette saga doit évidemment se lire dans l’ordre, c’est-à-dire La Stratégie de l’ombre, le présent titre, ensuite Les marrionnettes de l’Ombre, puis L’Ombre du Géant (une tuerie celui-ci).

– Je rappelle qu’il faut urgemment lire La Stratégie Ender en premier lieu. Et si cet univers post-attaque doryphore vous botte, je vous renvoie vers quelques nouvelles ayant lieu avant les deux sagas. C’est Ender : Préludes.

– L’air de rien, cette ambiance de tragédie grecque me fait de temps à autre penser à Ilium (sur le blog) et Olympos (lien également) de Dan Simmons.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

8 réflexions au sujet de « Orson Scott Card – L’Ombre de l’Hégémon »

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  4. Comment ne pas adhérer à cette féline critique, même si j’ai quelque difficulté à trouver des parallèles avec Ilium.

    Je crains juste l’exploitation du filon Ender et l’essouflement scnéaristique, mais ça n’a visiblement pas l’air d’être le cas.
    Je reste prudent car les derniers tomes de la stratégie Ender étaient quand même très dilués.

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