Romain Slocombe – La Crucifixion en jaune

Gallimard, environ 4 x 400 pages.

Romain Slocombe - Un été japonaisRomain Slocombe parle du Japon, certes sous un angle inattendu (la photographie bondage fétichiste), mais le lecteur porté sur la culture asiatique trouvera son compte. Sur cette tétralogie longue et exigeante, le sexe se mêle à la mort comme l’humour à l’horreur. Quelques longueurs et digressions difficiles, néanmoins globalement positif.

Il était une fois…

Tétralogie, donc quatre tomes de qualité inégale, hélas le tout constitue un ensemble cohérent qu’il vaut mieux lire dans l’ordre.

Tome 1 : Un été japonais

Gilbert Woodbrooke aime le Japon. Et la photographie bondage. Alors quand il part à Tokyo faire quelques prises « artistiques » (à savoir des jeunes Japonaises en sang avec des costumes de l’armée impériale), forcément ça déplaît à des personnes qui voient dans cet art le dévoiement de l’esprit de l’Empire du soleil : les mafias d’extrême droite sont sur le pied de guerre. Comment va-t-il pouvoir s’en sortir ?

Tome 2 : Brumes de printemps

Romain Slocombe - Brume de printempsIncorrigible Woodbrooke. Printemps 1995, il réitère un voyage au Japon (pour un reportage sur une clinique d’animaux), accompagné d’un journaliste érotomane. Séances de sexe effrénées, mais surtout retour des Yakuza avec en plus la secte Aum, responsable d’un terrible attentat dans le métro de Tokyo.

Tome 3 : Averses d’automne

Romain Slocombe - Averses d'automneC’est plus fort que lui : notre photographe fétichiste débarque (encore) à Tokyo fin octobre pour rencontrer un réalisateur de vidéos pornos mettant en scène des lycéennes. Parallèlement, à Shinjuku, de mystérieux crânes révolvérisés sont exhumés, ce qui ne semble pas être au goût de certains individus d’extrême-droite. Quel tragique passé se cache derrière cette macabre découverte ?

Tome 4 : Regrets d’hiver

Romain Slocombe - Regrets d'hiverNullement échaudé par ses précédentes aventures, Gilbert revient (une dernière fois on l’espère) au Japon pour essayer de vendre une peinture à un riche industriel local. Bien sûr tout va partir en quenouille, avec en toile de fond le comportement de l’occupant en Chine lors des hostilités qui ont démarré en 1937.

Critique de La Crucifixion en jaune

Le Tigre, toujours porté sur l’extrême-orient, ne pouvait laisser ces ouvrages de côté. Tora, Tora, Tora, je m’y suis attaqué. Première constatation : si le premier opus est sorti chez Folio Policier, il est étonnant que le reste ne soit pas en poche, seulement dans la collection noire de Gallimard. Pas assez de ventes, flemme ? Il aurait été bienvenu d’avoir un coffret de cette tétralogie en poche, voire un seul gros pavé qui reprend tout.

Le protagoniste, Woodbrooke, est un photographe un peu loser qui a deux dons : la photographie, mais surtout se placer dans des situations improbables et au premier abord inextricables. Un poil lâche, porté sur la chose, un peu maladroit, c’est un antihéros attachant quoique consternant par la façon dont les péripéties lui tombent droit dans le bec. Un peu comme Taylor, le flic bien connu de l’auteur Ken Bruen.

Sur ces quatre romans, Le Tigre tend à les classer en deux parties : les deux premiers opus, hilarants, avec Gilbert en photographe déconneur qui se met à dos les criminels du coin. Les deux derniers, plus « encyclopédiques » sur l’histoire du Japon, sont nettement plus sombres et glauques. Mais ce qui caractérise la tétralogie, c’est l’humour : noir, incisif, voire cynique. La perversion du protagoniste aide beaucoup il est vrai.

Les autres « plus » de cette saga sont d’une part la description (que je crois fidèle) de la mentalité des habitants de ce pays, avec en prime quelques cours de langue ; d’autre part certaines périodes sombres de l’histoire nippone (ici souvent romancées) qui sont plus qu’instructives. Hélas Averses d’automne et Regrets d’hiver, bien plus longs en terme de pages, sont parfois ennuyeux et on a l’impression que le terne encyclopédiste dame le pion à l’auteur d’habitude en verve.

Les deux derniers tomes de l’épopée sont en effet longs (près de 500 pages chacun) et semblent poussifs. Si l’humour est toujours présent, c’est hélas dans ces deux pavés que se situent les chapitres les plus intéressants d’un point de vue historique. A vous de voir quels titres vous préférez lire, le lecteur qui veut un polar marrant (Japon ou pas) se cantonnera à Un été japonais.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le Japon, pays qui a apparemment les faveurs de l’auteur. Le lecteur apprendra énormé