Philip Kerr – La Mort, entre autres

Le Livre de Poche, 576 pages.

Philip Kerr - La mort, entre autresVO : The One From the Other. Après l’excellente trilogie berlinoise, Le Tigre s’est jeté sur le petit nouveau de Kerr. Même image fleurant bon l’époque traitée dans le roman : après les années 30 voici la fin des années 40 dans une Allemagne d’après-guerre que beaucoup d’anciens nazis actifs aimeraient quitter. Roman plus long, plus profond, bref obligatoire à lire si vous avez aimé la Trilogie berlinoise.

Il était une fois…

Long prologue d’abord, où un narrateur accompagné par quelques sommités du 3ème Reich afin de négocier deux-trois trucs en Palestine. L’histoire commence ensuite avec la situation déplorable de Gunther : sa femme est mourante, et il vivote en gérant un hôtel très mal placé. Le héros renoue vite avec le métier de détective privé, lorsqu’une cliente lui demande d’avoir la preuve que son mari ancien SS est bien mort afin de se remarier. Bien sûr tout part vite dans tous les sens pour le vieux détective et (comme toujours) il se retrouve au beau milieu d’un très beau complot.

Critique de La mort, entre autres

Je pense qu’il faut considérer cet ouvrage comme étant la dernière partie d’une grande tétralogie, deux ans après le tome Un requiem allemand (donc 1949). Bernie Gunther toujours, dans une aventure qui est pour lui bien plus éprouvante, aussi bien psychologiquement que physiquement. Physiquement car il est régulièrement passé à tabac. En outre son épouse est dans de sales draps, et ce qu’il découvrira au fil de son enquête est proprement à vomir.

Opus encore réussi, très dense et à nombreux rebondissements. Écriture toujours aussi aisée à lire, la répartie du héros est un vrai régal. En plus d’une bonne dose d’action, il y a un aspect dramatique où le pathos fait une entrée remarquée. Eros aussi est de la partie, avec la femme à l’origine de l’enquête, trop belle et fatale pour être honnête.

Au final, aucune déception par rapport à ce que à quoi Kerr m’a habitué. J’aurai tendance à dire que c’est mieux même : l’auteur a fait un roman plus complet, qui prend encore plus aux tripes le lecteur qui en principe ne voit pas passer les 500 pages. Sans compter qu’on quitte Berlin pour le Sud de l’ancien Reich, notamment Munich, Vienne ou Garmisch.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Encore plus que dans la trilogie berlinoise, Le Tigre a rafraichi certaines connaissances, notamment :

Les filières d’exil à l’attention des anciens nazis. Car c’est de fuite dont il s’agit pour certains protagonistes, et le modus operandi est bien explicité. Avec l’appui de l’Eglise, en Allemagne ou en Autriche, des organisations « d’aide » aux anciens SS sont mises en place. Mots de passe à dire devant un certain prêtre, préparation minutieuse des papiers nécessaires à la « légende » de l’exilé, et enfin extraction vers l’Amérique du Sud ou certains pays d’Orient (pas Israël vous vous imaginez bien).

Les organisations juives de tueurs de nazis. Kerr est un auteur complet, et ne semble omettre aucun acteur dans la période de transition du pays. En relation avec le prologue, lorsque les contacts entre juifs et nazis avaient lieu, certains juifs ont monté des groupes de recherche d’anciens nazis. D’autres ont pour unique but de les tuer. C’est le cas de Nakam. On a plus qu’un aperçu de ce groupe, puisqu’on est au cœur de leurs méthodes, lorsque le héros est confondu avec un de ces anciens criminels de guerre.

Les petits trafics des Alliés en Allemagne. Russes, Américains, voire Anglais, tout le monde se tire entre les pattes et cherche à tirer au maximum profit de la situation d’après-guerre. Mais surtout s’implanter solidement dans le pays. D’où quelques petits arrangements, et ce à tous les niveaux : du soldat qui écoule les stocks de l’armée au noir, jusqu’à la CIA qui tente à tout prix à récupérer des informations collectées pendant la deuxième guerre. Dans cet ouvrage c’est avant tout la corruption de l’Ouest qui est abordée, la zone soviétique ressemblant plutôt à un joyeux bordel. Les prisons américaines en Allemagne et le traitement des prisonniers de guerre est en plus rapidement montrée.

…à rapprocher de :

La trilogie berlinoise, du moins le dernier opus, pour être familier avec le héros. Les suites :Une douce flamme, Hôtel Adlon ; Vert-de-gris ; Prague Fatale ; Les Ombres de Katyn. Même qualité globale à quelques exceptions près. A lire dans l’ordre de préférence. La Paix des dupes se doit également d’être lu (passionnante uchronie, plutôt soft, sur la conf’ de Téhéran).

– le dernier ouvrage d’une tétralogie de Romain Slocombe, Regrets d’hiver, expose aussi (vue du côté japonais) les terribles expériences médicales de la seconde guerre mondiale et leur utilisation par les Américains (ou Russes) contre de menus oublis.

– Beaucoup comparent les quatre opus du détective Gunther à la saga Millenium, par rapport à l’addiction du lecteur. N’ayant pas (encore) lu la tétralogie scandinave, Le Tigre tient néanmoins à signaler ce parallèle.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

7 réflexions au sujet de « Philip Kerr – La Mort, entre autres »

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