van-hamme-benoit-laffaire-francis-blakeSurtitre : Les aventures de Blake et Mortimer, tome 13. Nos deux héros aux valeurs inverties sont dans la tourmente. Francis Blake est accusé d’être un agent double, calamitas fatratas ! Pas un pet de fantastique, des dialogues qui prennent plus de place que les dessins, un manque flagrant de dynamisme, par conséquent c’est loin d’être ma BD préférée.

Il était une fois…

Dans l’Angleterre miteuse des années 60 (ou 70, franchement je m’en tape le coquillage), les services de renseignements l’ont très mauvaise. Cela fait des mois qu’un réseau d’espions étrangers roule insolemment du cul devant eux, et ils n’ont qu’un petit coursier (Jennings de son p’tit nom) à se mettre sous la dent. Pour tout vous dire, ça pue salement l’agent double au sein même du M.I.5. Et là, après analyse des photos du menu fretin interrogé, kolossale surprise : la taupe n’est rien d’autre que ce bon Blake ! Putain le con !

Critique de L’affaire Francis Blake

Ouais, comme tout gosse qui se respecte, j’avais un oncle qui possédait quelques Blake & Mortimer dans sa bibliothèque. Et, à l’instar de beaucoup, je les lui ai tous piqués. Si quelques uns m’ont laissé dans un état de ravissement proche de la première fois où j’ai touché des seins, d’autres ne m’ont carrément pas emballé. Le présent opus est de cette race.

L’affaire dite « Francis Blake » dans la mesure où ce gueudin va faire croire qu’il « en est » (rien à voir à l’homosexualité) afin de rencontrer les individus capables de répondre à ses questions. Parce que Blake prend la fuite avec fracas, Mortimer sera également suspect, et ira jusqu’à parcourir la perfide Albion pour être sûr de l’innocence de son pote. Du Kent à l’Écosse en passant par le Yorkshire, Van Hamme nous emmène dans une ballade tout ce qu’il y a de campagnarde pour remonter le fil de la trahison répétée que subit les services angliches.

Je pourrais parfaitement déblatérer des heures sur l’intrigue dans la mesure où cette bande dessinée est excessivement verbeuse. Franchement, y’a plus à lire là-dedans que dans n’importe quel roman de Marc Levy, et les mots y sont plus complexes. Pour un adulescent, ça passe certes, mais quand à 12 berges j’ai découvert ce truc j’ai vite lâché l’affaire. Ensuite, les dessins. Benoit a (encore) fait son gentil papy en restant dans les canons du genre : illustrations savamment léchées, décors puissamment réalisés, tout ceci ressemble à des fresques qui ne renforcent hélas guère les scènes d’action – qui sont assez ternes. Pour un ouvrage publié au beau milieu des années 90, changer de disque aurait sans doute été bienvenu.

Croyez moi ou non, y’a même une belle pépée qui occupe une place importante dans la narration…si. Virginia, cousine veuve de Francis, occupe son temps à aider le M.I.5, et parvient (modestement toutefois) à infléchir le cours de l’enquête. Néanmoins, c’est loin de suffire pour rendre L’affaire Francis Blake à peu près potable pour le félin en quête d’autre chose.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Les doubles jeux. Une taupe dans le M.I. 5, des personnalités politiques sans foi ni loi (à part l’argent), un agent d’exception qui se fait passer pour un pourri, tout n’est ici qu’apparences et rôle à tenir pour démasquer son adversaire. C’est marrant, mais à regarder la bobinette des protagonistes (assez expressive dans l’ensemble), il n’est pas difficile de deviner quels sont les odieux bâtards de sa Très Gracieuse Majesté. Et, comme ça ne suffisait pas, le vilain Olrik est de la partie – au moins plus de doute sur l’identité du reste des méchants ! Manichéisme ? Voyons… Bien évidemment, tous sont confondus, à l’exception de l’antagoniste principal qui, comme par magie, parvient à s’enfuir un peu trop aisément.

En dernier lieu, Le Tigre aimerait discourir sur ce qu’il ne va pas dans cette BD : l’absence de science-fiction. Dans mon esprit fort étriqué, les aventures des deux Londoniens coincés du derche avaient certes une saveur surannée, mais il y avait ce petit truc, le fantastique, qui me laissait correctement pantois. Cependant, rien de tout ceci dans une intrigue que j’ai trouvée basique, sinon pépère à souhait. Comme si, après le décès d’Edgar P. Jacobs, Van Hamme voulait montrer qu’il respectait la mémoire du grand maître en produisant un lourd (dans tous les sens du terme) classique sans prise de risque aucune.

…à rapprocher de :

Le Sanctuaire du Gondwana est passable…jusqu’à ce que je réalise que c’est sorti à la fin des années 2000.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette BD en ligne ici.

Jean-Marie Blanchard - La tentation du lundiOuvrage presque unique en son genre, il est ici question de prostitution d’un point de vue d’un jeune client qu’il est difficile de haïr. Misère sexuelle, considérations sur une société qui provoque un tel commerce, petites morts dans des hôtels de passe ou à domicile, tout y est. Voici l’histoire d’un ex-micheton, vivant chez sa maman dans le Val-de-Marne, devenu fervent abolitionniste.

De quoi parle La tentation du lundi, et comment ?

Avant de démarrer la présente critique (du moins l’appréciation tigresque de ce particulier objet littéraire), il faut savoir que Blanchard en personne est allé pleurer (Tigre exagère) sur ma boite mail pour me parler de son essai. Il faut convenir qu’il l’a plutôt bien vendu dans la mesure où il est question d’un long épisode de la vie de l’essayiste qui, il faut le souligner, a pris des risques conséquents en étant publié sous son vrai nom. Et je ne regrette aucunement d’avoir lu ce petit bijou

Déjà, l’histoire de Jean-Marie Blanchard (JMB par la suite) est surprenante au possible : homme de frêle constitution qui se complait à se comparer à un loser ; individu triste qui en vient à faire des heures sup’ (du mardi au dimanche) pour avoir deux à trois cents euros de plus en vue de son plaisir du lundi ; une bonne dizaine d’expériences de relations sexuelles tarifées ; puis, d’un coup, le dégoût pour la prostitution, quelle que soit sa forme. Un cas sans doute pas unique en France, mais l’écrire, c’est moins courant.

Ensuite, le style. Il faut reconnaître à JMB une prose directe, sans tournicotage autour du pot ni pincettes stylistiques – tout en s’exprimant avec un vocabulaire étonnamment riche, souvent drôle. Non seulement l’auteur délivre des faits bruts qui le concernent sans verser dans le sensationnalisme ou à l’auto-apitoiement, mais en plus il ressort une certaine tendresse d’une œuvre dont il assume le statut d’anti-héros. Au surplus, une vingtaine de pages en guise de conclusion plus « sociétale » terminent le roman, ce qui m’a paru un poil juste par rapport aux enjeux – au moins on n’a pas le temps de s’ennuyer.

En conclusion, un mini coup de cœur sur un sujet difficile, et sur lequel avoir un avis de la part d’un « consommateur repenti » est plutôt rare. Du haut de ses actes répréhensibles, Jean-Marie ne se cache pas et ne cherche ni à mentir au lecteur, et encore moins à enjoliver une glauque réalité. Un homme honnête qui, parce que ce qu’il dit n’entre dans aucune case idéologique, a dû en prendre plein la gueule.

Ce que Le Tigre a retenu

Avant d’arpenter rue Saint-Denis avec ses cinquante boules en poche, JMB en est venu à un constat assez terrible : la vingtaine, toujours puceau, son apparence lui semble être à des années-lumières des mecs qui exercent une attirance chez les femelles, à savoir bruns ténébreux qui dépassent le mètre quatre-vingt – une erreur à mon sens. S’il est commun de lire l’expérience de quelqu’un qui veut se faire, pour la première fois, dégorger le poireau par une pro, il devient terrifiant de découvrir les motivations d’un individu qui ne peut que commettre la chose de cette manière.

Ensuite, Le Tigre a alterné entre tristesse et rictus lors du déroulement des pérégrinations de notre ami. La différence entre aller chez la catin et l’outcall (quand la coureuse de remparts se déplace jusqu’à chez lui, alors que sa mère est dans les parages…), les déceptions face à des prestations mécaniquement exécutées, l’arrivée du glorieux internet pour rechercher et comparer ce qui s’offre à proximité, l’appétence progressive pour les femmes replètes avec des nibards à faire bander un moinillon castré,…en fait Jean-Marie se livre, sans pudeur, mais sans mettre pour autant son lecteur mal à l’aise.

JMB ne met pas longtemps, grâce à quelques échanges post (voire pré) coïtaux, à repérer ce qui lie les prostituées – escort girls, putes, les termes ne changent rien. Il appert que toutes sont polytraumatisées : incestes, attouchements, viols, accidents de la vie, chacune des personnes croisées a une histoire. Pire, elles n’ont pas d’autre recours que vendre leurs corps au mieux offrant, et inventent de belles histoires autant à destination des clients que pour elles. Assez dur au demeurant.

A la suite d’amitiés naissantes (Delphine en premier lieu) et de discussions plus sérieuses sur la condition de travailleuses du sexe, l’essayiste en est venu à abhorrer ce commerce qu’il a pratiqué plus d’une fois. Déjà, l’activité des prostituées leur déglingue l’esprit (ou entretient leurs traumatismes), il s’opère une dangereuse dichotomie entre la tête (où le désir est absent) et le corps qui subit les outrages d’autrui. Ensuite, entre les mecs qui recherchent moins cher pour des prestations toujours plus vastes et ces femmes qui côtoient des mâles dont elles ne supportent pas les attouchements, les relations entre les deux sexes ne vont pas en s’améliorant – et je ne parle pas des positions extrémistes de quelques groupes féministes qui associent, au mâle, le mal (désolé du jeu de mots foireux). Une des solutions de JMB serait de pénaliser le client, puisque le responsabiliser semble bien vain.

…à rapprocher de :

– Comme lui-même me l’a dit, cet auteur possède un jumeau maléfique en la personne de Chester Brown (qui a fait particulièrement fort avec ses 23 prostituées).

– Sur les polytraumatismes et l’univers glauque de la prostitution, Pour toi Sandra (de Derib) est à signaler dans la catégorie des BD.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

Les Sutras du TigrePaul Léautaud aimait dire qu’un écrivain qui reçoit un prix littéraire est déshonoré. Si c’était vraiment le cas, il n’y aurait pas des centaines de prix de ce genre dans notre beau pays et autant d’auteurs qui les reçoivent, la petite larmichette au coin des yeux. Sans compter les lecteurs qui se ruent sur leurs romans comme la vérole sur le bas clergé. Est-ce si justifié ?

Comment déterminer la valeur d’un prix littéraire ?

Vous ne vous imaginez pas à quel point j’ai furieusement gambergé pour le présent billet. D’habitude, je ne discours, seul sur mon clavier, que sur des sujets légers et improbables. Et là, je m’aperçois que tout plein d’individus malveillants se sont déjà posés la question avant moi. Pire, y’a même des débats sur l’utilité des prix littéraires ! Le félin est allé jusqu’à visionner des émissions (oui, tu lis bien : écouter des gens parler entre eux, putain) et lire des articles de journaux sérieux à ce sujet.

Comme Le Tigre est un animal toujours aussi solitaire, j’ai digéré seul ces échanges, et pas une seule fois l’ébauche d’un début de lien hypertexte vers ceux-ci seront produits. Mon premier réflexe, assez honteux, était de répondre à « mais à quoi servent de tels prix ? » par un lapidaire « rien ». Songez un peu : le billet tigresque d’un seul mot. Le genre de saloperie que les moteurs de recherche (et sans doute quelques lecteurs, mais c’est moins grave) auraient sanctionné avec enthousiasme.

Ensuite, plus j’ingérais la notion de prix littéraire, plus cracher dessus en faisant un selfie avec un polaroïd me paraissait inopportun, sinon vulgaire. Parce que s’il y a un truc qu’il faut retenir, c’est que dans l’Hexagone ça s’émoustille très vite à l’approche de la saison des prix littéraires. Le jury qui délibère, c’est un peu la bombe à phéromones qui fait que les acteurs du livre (tous confondus) sont un peu plus visibles que d’habitude dans le paysage médiatique. Taper sur ces institutions gratuitement (ou en argumentant ou avec des mots savants) serait donc vain. En revanche, sortir ce qui me passe par la tête sans trop théoriser, ça je sais faire.

Face à de tels enjeux qui sont aussi intimidants qu’un paragraphe de plus de cinq lignes dans un roman de Nothomb, Le Tigre choisit de répondre à l’épineuse question avec la plus grande nonchalance et la légèreté la plus blâmable qui soit. Par conséquent, j’éviterai de produire les choses suivantes :
1/ Des dates trop précises. C’est pas un cours d’Histoire.
2/ Des chiffres vérifiables. Faites moi confiance.
3/ Trop de noms. Mon blog leur survivra.

La typologie des prix littéraires en France

Le Tigre, avec son diplôme d’ingénieur sur le langage informatique, respecte scrupuleusement les procédures bien carrées. C’est pourquoi j’ai fait rentrer, non sans forcer il est vrai, les prix littéraires en quatre catégories. C’est parti :

Aider les éditeurs

Vous l’aurez saisi, je parle des gros prix. Les trucs qu’on a tous en tête ; l’artillerie lourde qui fait bruyamment parler d’elle ; les Oscars du papier ; l’équivalent littéraire de la gogo danseuse que vous choperiez en night-club ; le pétage en règle d’un casino à Vegas ; bref les prix que même cet inculte de [bip] évoquera dans son journal régional de 13 heures.

Dès que ce genre de babioles est décerné, deux choses se font entendre. Premièrement, le ploc tout mouillé sous l’écrivain qui s’est allègrement pissé dessus de joie. Deuxièmement, le plop tout sec du bouchon qui vient de sauter d’un Jéroboam de Champagne depuis le bureau du directeur de la maison d’édition – qui publie le responsable du premier ploc. En effet, dès l’annonce du gagnant, une machine bien rodée se met, avec une vivacité étonnante, en place : réimpressions en cascade ; insertion de bandeaux rappelant que ce roman, c’est point de la gnognote ; marathon d’émissions plus ou moins axées sur les livres ; préparation des réparties drôles et élégantes à destination des plateaux de télévision ; et enfin négociations acharnées avec la maison qui sortira, plus rapidement que prévu, le roman dans un format poche.

Plus trivialement, les Renaudot / Goncourt / Nobel / etc. assurent des dizaines de milliers de ventes supplémentaires à des éditeurs divers et variés (je plaisante hein), et cela a sauvé plus d’une maison d’édition – cherchez sur le vaste internet, il y a de louches coïncidences.

Aimer les auteurs

Un peu moins connus, mais tout aussi lourds de sens, il est des prix que je considère d’un œil un peu plus bienveillant. Ce sont ceux plus « spécialisés » et qui font honneur à certains types de littérature : poésie, polar, SF (exemple du Hugo ou Nebula, même si anglo-centrés), fantasy, romans du terroir, essais politiques (hum), etc. Pour le lecteur mélomane qui a des goûts assez tranchés, aller voir qui sont les derniers récipiendaires réserve souvent d’excellentes surprises.

De mon point de vue, une communauté tient ici à célébrer un auteur qui, parce que ces romans sont trop orientés vers un certain genre, n’aura que peu de chance de remporter les prix plus mainstream. Ainsi la récompense, plus symbolique que financière, me paraît être un parfait exemple de déclaration d’amour de spécialistes qui pointent leurs délicats doigts sur les écrivains prometteurs.

Faire mousser les lecteurs

S’il est une classe de prix à part, c’est bien celle qui fait participer les lecteurs, ou, pire, les blogueurs – ces derniers constituant une race particulièrement ignoble de lecteurs. Prix des lectrices de tel ou tel magazine féminin, jury composé de lecteurs sélectionnés à la va-vite après un spamm… euh mailing ciblé, obscure remise du prix dans un troquet d’un arrondissement à deux chiffres de la capitale, y’a matière à ricaner plus d’une fois.

En premier lieu, le félin reconnaît que ce type de prix est souvent proche de la catégorie précédente. Toutefois, le responsable (l’organisateur, tant qu’à être poli) est souvent un éditeur (et non un magazine comme le Locus par exemple) qui propose de voter selon sa sélection – autant pour la richesse littéraire.

Ensuite, c’est l’occasion pour les membres du jury de s’enorgueillir de leur participation en l’affichant partout où c’est possible. Sans citer de noms, le nombre de sites/blogs/pages persos où est fièrement affiché un truc du style « membre du jury du prix des écrivains quarantenaires de l’Aisne » me fait énormément de peine, comme si cela indiquait une quelconque qualité de lecteur supérieur. Toutefois, mon avis sera très certainement amené à évoluer dès qu’on proposera au félin de faire partie d’un tel jury – je risque alors de gravement pavoiser et louer un haut parleur pour l’occasion.

Enfin, ces raouts donnent la fausse impression, pour les jurés, de participer à « l’effort de guerre » littéraire en les plaçant au centre du processus. Mouais. Si les lecteurs avaient un tant soi peu leur mot à dire dans ce qu’on leur propose à lire, sérieusement ça se saurait – et les têtes de gondoles des librairies n’auraient pas la même gueule.

Entretenir l’égo

Ce quatrième genre, c’est un peu la troisième partie de vos dissertations d’étudiants, les fameuses deux dernières pages où vous jetiez, avec la grâce d’un éboueur à la bourre, vos ultimes considérations sur le sujet proposé.

Pour ma part, je partirai ici de l’idée qu’il existe des centaines de prix littéraires en France. Allez, disons 2 500. A la louche hein, parce que si je veux, dès demain je décerne le « Prix du Tigre ». Ça sera un palmarès à l’attention d’auteurs qui se sont abstenus de publier un roman. Chaque jour de l’année (sauf un), je citerai Pancol ou Werber en les remerciant. Revenons à nos calculs : en quarante années (le temps d’une génération), ça fait globalement 100 000 récompenses à délivrer.

En prenant en compte les grosses huiles qui monopolisent quelques prix, je pense que tout écrivain/poète/essayiste qui a écrit son premier texte avant 40 ans peut, en se remuant un peu le popotin, prétendre à un prix littéraire dans sa vie. Je suppute même que ça fait d’ailleurs partie de la formation des éditeurs. Imaginez donc la présentation sommaire d’un cours que j’intitulerais Entretien du moral de votre outil de production – 101 du pôle métiers du livre de l’université de Paris (j’habite à côté, je sais de quoi je parle) :

1/ Trouver un prix adapté à ce qu’il écrit.
2/ Chercher une ville/région avec laquelle l’auteur a des attaches. Vanter son travail. Lui organiser un voyage de retour aux sources. Rouler un patin au maire responsable des subventions de l’assoce attribuant le prix. Attendre.
3/ Créer, ex nihilo, un prix avec un jury d’hommes de paille. Mettre au point, rapidement, un site internet sur ledit prix. Le décerner à votre petit auteur – alors qu’il était en concurrence avec Camus et Murakami.
4/ etc.

Enfin, il ne s’agit pas de flatter l’égo de l’auteur, mais également celui de la Grande Nation. La France, patrie de la littérature (je ne suis pas à une connerie près), aime bien récompenser ses forces vives intellectuelles. Et un pays qui se réveille, chaque matin, avec des lauréats littéraires (quels qu’ils soient), ça a de la gueule non ?

Nobel de Conclusion

Les prix littéraires sont un excellent indicateur de ce qu’il faut lire à la rentrée littéraire, et Le Tigre ne manque pas d’en acheter le plus possible pour régaler ses mirettes. Officiellement.

Officieusement, je n’en ai rien à carrer. Ah si : cela me permet juste de piquer à mes proches les romans en grand format, ces couillons s’auto-offrant les plus primés comme des moutons – sans les lire, et rapidement la féline voiture-balai passe.

Quant au numéro du présent Sutra, il s’agit d’un bref clin d’œil à Romain Gary. Le seul qui est parvenu à berner un jury de soi-disant « professionnels » qui lui a remis, en 1975, la récompense ultime (le Goncourt si ma mémoire est bonne). En primant Émile Ajar, les gus ne savaient pas qu’ils récompensaient, pour la seconde fois, le même auteur. A croire qu’ils n’ont pas lu le roman…

Robert Heinlein - Sixième colonneVO : Sixth Column: The Day After Tomorrow. Dans un futur (enfin, maintenant, c’est le passé), une horde de vilains asiatiques a mis à genoux l’Amérique. Une petite bande de scientifiques, planqués dans une citadelle, s’apprêtent à sauver le monde. Idées intéressantes pour l’époque, hélas il fut impossible de terminer ce roman tellement ça m’a gavé.

Il était une fois…

Feignasse que je suis, voici ce qu’en dit l’éditeur :

« Les États-Unis viennent de tomber sous les attaques des forces Panasiates. La population qui n’a pas été massacrée se voit réduite en esclavage par les forces du Céleste Empereur. Le monde occidental semble perdu. Pourtant, quelques scientifiques survivants, réfugiés dans une Citadelle inconnue des envahisseurs, s’efforcent d’organiser la résistance. À leur tête, Whitey Ardmore, un ancien publicitaire. Grâce à une extraordinaire découverte et à une rare maîtrise de la « guerre psychologique », ce dernier va tenter de renverser l’ennemi et de redonner au pays sa liberté. »

Critique de Sixième colonne

Encore une œuvre dont la dernière moitié a été lue à la va-vite dans le style « une page/seconde ». D’une part, la légèreté globale de l’aspect scientifique est flagrante : lorsque des notions de physique quantique et des ondes radios se mélangent dans un sabir (un cache-sexe plutôt), zapper des paragraphes entiers n’est plus si grave.

D’autre part, le scénario ne m’a pas vraiment semblé crédible, même en apposant la mention « dystopie » à Sixième colonne. Pour faire simple, la Chine et le Japon se sont unis autour d’un grand empereur un peu pété du cerveau. Après avoir fumé dans les grandes largeurs l’Union soviétique, les forces panasiates ont tranquillement avalé l’Inde. Forts de ces glorieux succès, les Panasiates ont bombardé l’Occident (je ne sais pas trop ce qu’est devenue l’Europe) et l’Amérique est occupée.

Depuis une petite citadelle, Whitey Ardmore (ancien publicitaire), major et chef de facto de la dizaine de survivants, est en possession d’une arme assez particulière. En effet, celle-ci peut « discriminer » sa portée vers un groupe ethnique sélectionné – vous voyez le tableau ? Hélas j’ai arrêté la lecture lorsque nos amis découvrent comment régler la machine en mode « vilain jaune », et planchaient sur la nécessité de frapper juste et fort sans révéler l’étendue de leur force ni leur présence.

En guise de conclusion, je n’ai pas donné la pire notation à ce roman dans la mesure où il a été écrit au début des années 40 – ce qui explique beaucoup de choses, notamment pourquoi je me suis si vite ennuyé. De même, puisqu’il ne s’agit pas vraiment d’un roman de SF, mais plutôt d’un thriller post-apo pour ados, loin des genres que Le Tigre affectionne.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

De manière sûrement involontaire, l’écrivain américain explique comment mener une guerre qui sera bien la dernière : effacer la civilisation de l’ennemi. Dans les premiers chapitres, le lecteur suivra un des membres de la team, Thomas, un ancien itinérant qui ira au contact de la population occupée. On y découvre un pays sous la sévère coupe d’une organisation déterminée à rayer la mémoire des États-Unis : suppression de l’école ; remplacement intégral de l’administration ; numérotation de tous les habitants ; extermination des forces vives du pays, en fait ça ressemble plus ou moins à ce qu’on subis d’autres populations indigènes dans le passé.

Face à cette guerre totale où les intentions de l’envahisseur font froid dans le dos, le titre renvoie aux forces qui agissent au sein même d’un pays. A l’aube de la seconde guerre mondiale, certains belligérants, par stratégie psychologique souvent, aimaient parler de leur « cinquième colonne », à savoir leurs partisans déjà présents au sein du territoire ciblé. Cette colonne, prête à soutenir et accélérer l’invasion à venir, créait alors une suspicion  généralisée dans un État alors fragilisé. A l’inverse, la « sixième colonne » serait, une fois le pays occupé, les patriotes désireux d’inverser le cours de l’Histoire en libérant leur nation. En plein conflit mondial, Heinlein décrivait-il déjà, dans une certaine mesure, ce que sera la Résistance en France ?

…à rapprocher de :

Étoiles, garde à vous ! reste la référence ultime de cet auteur, adaptée au ciné (Starship Troopers).

– Autre fable, même auteur : préférez la lecture d’Une porte sur l’été, bien plus prenante.

– Encore plus vieux et encore pire à lire, La Légion de l’espace, de Williamson, mérite tous les (dés)honneurs.

– Plus trivialement, il y a beaucoup de Sun Tzu et d’Art de la guerre dans les idées développées par les protagonistes.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

Henry Darger - L'histoire de ma vieVO : The History of my life. Court extrait (par rapport à 5.000 pages quand même) de l’autobiographie d’un des artistes américains les plus représentatifs de l’art dit « brut », voilà de quoi connaître un peu plus intiment Henry Joseph Darger. Texte assez morne mais agrémenté de belles illustrations, il s’agit d’une mise en bouche réservée aux esprits avertis.

De quoi parle L’histoire de ma vie, et comment ?

Rarement Le Tigre va aux expos (sauf au musée Guimet). J’ai fait une exception lorsque l’éditeur du présent bouquin m’avait convié à une projection du documentaire de Mark Stokes (avec qui j’ai même pu tailler le bout de gras) sur Darger. Darger ? C’est qui celui-là ? [quand je ne connais point, je signe] Né en 1892 et mort pendant le premier choc pétrolier, Henry D. aurait pu passer totalement inaperçu si ses bailleurs, Nathan et Kiyoko Lerner, n’avaient pas fait le maximum pour préserver (puis diffuser) son titanesque travail.

Tout ceci est bien expliqué dans l’introduction de Xavier Mauméjean, qui rappelle que cet homme mystérieux, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’était en rien un artiste déviant ou borderline non adapté dans la société. Vivant la majeure partie de son existence à Chicago, Henry Darger a effectué de multiples métiers (la plonge, le nettoyage dans des institutions, etc) et travaillait sur ses projets après le taf. Certes un poil asocial sur les bords, mais rien de dramatique si on considère son enfance assez douloureuse.

A part l’immense œuvre (une méga-saga plutôt) où il est question des Vivian Girls prises dans un terrible conflit contre les forces du mal, l’écrivain/peintre a également pondu un truc pareillement monstrueux, à savoir une bio de 5.000 pages. A lire les 150 pages de l’essai ici proposé, le fauve a été saisi d’effroi en imaginant à quoi ressemblerait l’intégralité de sa prose – qui consiste en une suite de souvenirs épars plus ou moins bien chronologiquement organisés et au style assez « basique ».

Heureusement, il y a la demi-douzaine d’illustrations de notre ami pour s’aérer un peu l’esprit. Non seulement ça permet de couper une narration parfois chiante, mais en plus le lecteur pourra, ici et là, jauger la folie créatrice et dérangeante du personnage. Mélange d’iconographie de comics U.S. et de peintures pulp à la violence affichée (Darger utilisait tout ce qui lui tombait sous la main), il y a de quoi parfois halluciner.

En conclusion, deux remarques tigresques. 1/ Si vous n’avez jamais entendu parler du mecton, ces extraits d’autobiographie ne sont sûrement pas faits pour vous. Renseignez-vous d’abord sur lui, il gagne à être connu. 2/ Bravo à Anne-Sylvie Homassel qui est parvenue à extraire du style terne de Darger quelque chose d’à peu près potable.

Ce que Le Tigre a retenu

Je vais tâcher de faire équilibrer dans cette partie, à savoir que ceux qui n’ont jamais entendu parler de Darger ne s’emmerdent pas trop. Car ce court essai est une manière particulièrement efficace d’entrer dans le narthex de l’esprit de l’artiste et mieux saisir ce qui le motivait :

Tout d’abord, l’enfance de Darger est le matériau principal de son intimidant récit (plus de 15 000 pages, accrochez-vous quand ça sortira en France) aux allures plus qu’épiques. Une guerre universelle qui met en scène des fillettes avec des zizis de garçons, héroïnes zigouillées par milliers par des ennemis adultes guerroyant, nul besoin de se creuser la tête pour voir que les instituts éducatifs (notamment l’Institut Lincoln, assez infâme) lui ont laissé de très mitigés souvenirs. En outre, l’éditeur n’hésite pas à signaler les rapprochements entre personnages réels rencontrés par l’auteur et protagonistes de sa saga – leurs noms étant à peine transformés.

Ensuite, Darger apparaît comme quelqu’un de certes résilié (sauf quelques passages quand il était gosse) mais profondément sensible. En particulier vis-à-vis des injustices quotidiennes qu’il a pu subir ou noter. Il n’y a qu’à lire ses considérations sur les actions malveillantes de ses proches contemporains, qui souvent prennent la forme de plaintes ou longues descriptions – au hasard : Je travaillais sus les ordres d’une autre dame des plus sévères et péremptoires, sœur Rufina. Elle battait tous les records de Mrs Stevens et de sœur De Paul réunies. [et ainsi pendant des paragraphes].

Plus généralement, l’écrivain fait preuve de précision dans le rendu de ses souvenirs. Au point de s’excuser quand un détail lui échappe, c’est dire. On retrouve bien là l’artiste besogneux et obnubilé par les chiffres, les grands, quand par exemple il balance le nombre exact de tués/blessés à l’issue des batailles entre les Vivian Girls (les Angéliques) et les Hormonaux.

Enfin, et sans doute le plus important, Darger est terriblement porté sur le monumental et les catastrophes : tempêtes, cyclones, incendies ravageurs, name it ! Il note tout dans son petit calepin et s’attache, plus que de raison, à en décrire les effets – ou les causes, quand il en est à l’origine. Cette propension à l’épique saute aux yeux dans la fiction qu’il a écrite ou les dessins créés (des mètres carrés parfois). Son univers mental était infiniment plus grand que celui du quidam de l’époque.

…à rapprocher de :

– Puisqu’on parle de Xavier Mauméjean, son roman American Gothic fait largement référence à Darger – du moins les conditions de son existence.

– Même éditeur, autre folie : celle de Jeannot dans Nous sommes tous innocents, de Cathy Jurado-Lecina. Un must.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici. Ou, mieux, via le site de l’éditeur.

Cabanes & Manchette - FataleBande dessinée tirée d’un roman de Jean-Patrick Manchette en personne, Fatale présente les mêmes tares que son homologue originel. Une femme vient chambouler la vie pépère d’une communauté très fermée, sauf qu’on ne sait pas ce qu’elle veut ni d’où elle vient. Néanmoins, les illustrations apportent un indéniable plus à tout ceci.

Il était une fois…

Aimée (de son prénom, car elle semble avoir plus d’un nom dans son sac), est une tueuse talentueuse et à la beauté fatale – lieu commun doublé d’un vilain jeu de mots, c’est fait. Débarquant dans une ville qui a ses petits secrets, Aimée va faire son petit ménage parmi l’engeance bourgeoise des lieux.

Critique de Fatale

Cette BD m’a été offert quelques années après avoir lu le roman Fatale, et très honnêtement j’ai eu la flemme immense de parcourir, à nouveau, un ouvrage dont la fin m’avait terriblement déçu. Chose étonnante, j’ai moins ressenti cette frustration finale avec la version graphique.

Le scénario présente une montée en puissance assez agréable, avec au début la présentation d’une femme coquine qui n’hésite pas à se faire plaisir, dans son wagon-lit, avec des liasses de billets et sa bouteille de champagne. On ne sait ni d’où elle vient ni ce qu’elle va bien pouvoir faire à Bléville, toutefois elle s’intègre assez vite dans une communauté qui a pas mal de caca à foutre sous le tapis – tapis que l’héroïne cherche à soulever plus d’une fois.

Il s’ensuit quelques manœuvres de la part d’Aimée pour faire raquer un maximum de personnes, avec un final qui apporte peu de réponses et laisse la ville en chantier. A part Cabanes, il convient de signaler le bon Doug Headline au dessin. Et ces deux messieurs ont fait de petites merveilles, l’ambiance froide et parfois intimidante (l’architecture glorieuse tranche sur les petits comportements des protagonistes) apporte une touche définitivement dramatique, sans compter les personnages dont les péchés se lisent presque sur les visages. Et je ne parle pas de la disposition des cases, en apparence aléatoire mais équilibrée, sinon harmonieuse.

Dans l’ensemble, cette BD ne m’a point semblé trahir le génie de Manchette. Mieux : celle-ci a réussi à émousser les menus défauts d’un roman sans doute terne et qui se termine en eau de boudin. Comme quoi (Zeus sait si je n’aime pas cette expression) l’art graphique peut énormément – en bien, et en pire évidemment.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La bourgeoisie de province qui sent le chien mouillé prend cher dans cette bande dessinée : l’héroïne arrive dans une petite ville morne avec son commerce autrefois florissant et ses élites attachées à leurs privilèges. En outre, tous les notables du coin (qui sont d’une bêtise crasse en plus d’être pourris) se connaissent, traînent uniquement entre eux (pour les bridges, les cocktails, etc.) et mènent leurs petites affaires loin de la plèbe qui subit leurs égarements – sombre question de bouffe contaminée. Aussi lorsqu’une jeune riche veuve se présente, il ne lui faut pas bien longtemps pour pénétrer cet incestueux microcosme.

La corruption, et à toutes les sauces. L’élite, forcément, s’octroie de scandaleux cadeaux ici et là. Toutefois j’ai trouvé que les ficelles tirées dans ce roman graphique, certes bien tressées par un dessin agréable, étaient parfois invraisemblables : disons que les comportements des protagonistes, entre adhésion aux plans d’Aimée et résignation, servent trop la volonté d’une héroïne qui ne fait guère l’objet de suspicion – pourtant, il y aurait de quoi.

Presque naturellement, lorsque tout menace de s’effondrer, chaque protagoniste tente de sauver son cul. Et si abandonner ou trahir les siens (même son conjoint) permet de s’en sortir, cette longue BD montre que la nature humaine est, au fond, désolante. Le seul gus à peu près normal, le comte, réussit à passer pour un doux dingue au milieu de la morgue des « grands » de Bléville. Et quand un élément extérieur arrive en catalysant ce qu’il y a de pire chez les habitants, alors le « chacun pour soi » est plus que jamais de mise.

…à rapprocher de :

– Je ne saurais trop vous conseiller de regarder du côté du roman éponyme (en lien). Ne vous inquiétez donc pas de la proximité du présent billet avec l’autre. De Manchette, La Princesse du sang a également été portée en BD. A lire sans doute (même punition, même illustrateur).

– Sinon, juste sur le titre, une autre « Fatale » (tome 1) existe en littérature dessinée. Ça passe.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette BD en ligne ici.

Les Voyages du TigreLeshan. 乐山市, ce qui signifie (sauf erreur de ma part) « Montagne Joyeuse ». A quelques dizaines de kilomètres au sud de Chengdu se trouve une charmante ville où trône une somptueuse sculpture inscrire au patrimoine de l’UNESCO. Mais avant de parler de ce monument, il fallait au Tigre se rendre dans la ville. Et tenter d’y dormir. Voici la première partie d’un diptyque qui vous emmènera vers un Bouddha pas comme les autres.

Pourquoi partir à Leshan ?

Tout commença par un mercredi matin à Chengdu – pour savoir ce que je foutais là-bas, les explications sont en lien. J’étais en train d’instruire le bon peuple chinois sur la délicate mais néanmoins tortueuse notion de genre féminin/masculin lorsqu’à la fin du cours de 11 heures mes élèves me claironnèrent un joyeux « Ming Tian ! ». Normalement, on dit Zaï Tian pour gazouiller un « à bientôt ». Là, le Ming renvoie au lendemain. A peine eus-je le temps de réclamer des explications qu’un prof cherchait mes chères têtes blondes et m’annonçait qu’on allait leur apprendre à nager toute l’après-midi – certains Asiatiques et la nage, ça mérite un billet croyez-moi.

Au surplus, ce n’était pas la première fois qu’on piétinait mon emploi du temps en me prévenant, genre, cinq minutes à l’avance. Rien à faire pendant 24 heures au moins (je devais reprendre les cours le jeudi à 14h), qu’est-ce que j’allais bien pouvoir glander ? Je me décidai donc d’une petite promenade dans la ville de Chengdu (au pifomètre bien entendu), quand soudain un énorme terminus de car attira ma féline attention. En temps normal, Le Tigre est excessivement prévoyant (un maniaque de la programmation), mais l’affiche sur un des véhicules me fit un clin d’œil plus qu’appuyé : un gros bouddha en pierre et assis.

Ni une ni deux, je m’enquis au guichet de la distance de cette ville et de l’existence de bus pour repartir pas trop tard le lendemain. Leshan, un peu plus de deux heures de route, une centaine de Yuans à peine l’aller-retour. Je remerciais au passage mon petit cul d’Occidental bordé de nouilles puisqu’il restait de la batterie dans mon r