Dog Baker – Baron samedi

Glénat, 144 pages.

Ted Baker - Baron SamediSous-titre : L’enfant de la mort. Nom de zeus, pouvait-on imaginer quelque chose plus sombre et subversif ? Dans la France des années 60, un Baron névropathe concocte une vengeance contre la capitale. Dessin qui ne cache rien, perversions incalculables, âmes sensibles s’abstenir. A la limite, heureusement que cette BD soit passée inaperçue. Mais Le Tigre veille…

Il était une fois…

Amérique du Sud, années 50. Un fête tourne à l’horreur, seul un petit garçon survit face aux mercenaires aux ordres de la République Française. Ce même garçon qui perdra son second père en France, vieux catcheur qui lui a tout appris. De là naîtra le Baron Samedi, dont le but est de se venger de la France du Général de Gaulle. Aidé de Maman Brigitte (femme au passé terrible) et d’une bande d’orphelins qu’il a recueilli sous son aile, le plan démoniaque peut se mettre en place.

Critique de Baron Samedi

Je ne parviens pas à me remémorer comment ce titre a été acheté. Sûrement par hasard, le fait que scénariste et dessinateur ne fassent qu’une personne ayant aidé. En tout cas, Le Tigre ne s’attendait pas vraiment à un tel déferlement (c’est cliché, certes) de violence en tout genre.

Pour la petite histoire, Dog Baker (est-ce son vrai nom ?) est un Américain qui a fait pas mal de prison, et en a « profité » pour apprendre la littérature française. Ce roman graphique, à l’aspect d’une bande dessinée franco-belge, est un court one shot que tout amateur d’histoires underground se devrait de posséder. Too much certes, mais réjouissant.

Le scénario, fluide, monte crescendo dans le glauque et la violence jusqu’à un final de pure horreur. Le Baron Samedi, icône vaudou représentant le prince de la mort, a été superbement adapté par l’auteur pour en faire un vecteur de sadisme mêlé à une vengeance au demeurant fort légitime. Baker va loin, très loin même, en explorant ce que l’Homme peut faire de plus sombre : à l’échelle d’un État, qui a recours à des mercenaires pour pouvoir s’approvisionner en uranium, acte engendrant un individu déjanté et dérangé que Le Tigre n’aimerait pas croiser.

Sur le dessin, il y a de quoi être surpris. Ligne claire, style réaliste comme dans un Tintin, l’hémoglobine et les descriptions à donner des hauts-de-cœur en plus. Quand Baker illustre le Baron qui arrache le coeur, encore palpitant d’une somptueuse jeune femme, il y a de quoi être interloqué. Sur la couleur, une excellente idée : du noir et blanc, à l’exception du jaune (pour les apartés du triste héros et représentant l’outil final de sa vengeance) et bien sûr le rouge – je vous laisse deviner pourquoi.

Bref, petite perle graphique et scénaristique à ne louper sous aucun prétexte. On pourrait reprocher à l’auteur d’avoir abandonné tout réalisme, toutefois j’ai l’impression que Baker a voulu donner sa vision fantasmée de cette période avec des personnages peu crédibles. Gros bonus dans les dernières pages, les dessins torturés d’une enfant qui a un lien spécial avec Brigitte, la compagne du Baron.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le traumatisme, outil de création d’un héros. Batman « naît » à la suite de la mort de ses parents. Ses ennemis (notamment le Joker) n’auraient sans doute pas existé sans le chevalier noir. Ici, le Baron est créé par son ennemi intime, la République Française, qui par ses représentants tue à deux reprises son père : une première fois en guise d’introduction, une seconde lorsque le maître lutteur du jeune héros est assassiné par un des mercenaires. Douleur physique et surtout psychologique, Baron Samedi n’est que muscles et rancœur.

Le personnage n’en est pas moins extrêmement intelligent, son plan de vengeance étant d’un démoniaque sans nom. La vengeance, voilà le thème de l’œuvre. Et comme tout méchant qui se respecte, celle-ci est minutieuse, les indices quasiment indétectables (sauf par le fin limier de la PJ) tellement l’acte final est immonde. Du terrorisme style guerre bactériologique comme les plus paranoïaques n’oseraient l’imaginer, le Baron nous régale même si Le Tigre a trouvé la vengeance excessive, l’antihéros étant pire que les militaires français. Pour ce qui motive le père Samedi, on pourrait dire de même que sa bizarre compagne Brigitte qui en a vu des vertes et des pas mûres. Hélas ce personnage secondaire m’a paru relativement mal développé.

…à rapprocher de :

– Le protagoniste principal, dont le visage a été brûlé par la chaux vive et au phrasé recherché, n’est pas sans rappeler le côté sombre du héros de V pour vendetta, autre BD de qualité.

– Dans la BD glauque, je ne vois (pour l’instant) que Hideout, manga de Masasumi Kakizaki, voire Ce que fait Simon (premier opus ici), de Niles et Hampton.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cet illustré en ligne ici.