Philip Kerr – Hôtel Adlon

Le Livre de Poche, 672 pages.

Philip Kerr - Hôtel AdlonVO : idem. Aventure de grande ampleur entre Berlin hitlérien et Cuba de Batista, histoire d’amour contrariée entre deux êtres que les circonstances ne peuvent que séparer, encore un régal qui se solde par une surprise finale de bon aloi. Bref, un roman complet, instructif et terriblement prenant (comme c’est souvent le cas avec Kerr). 

Il était une fois…

Berlin, 1934. Bernie Gunther est en charge de la sécurité de l’Hôtel Adlon. Sa carrière en tant que flic a tourné court en raison de ses opinions sociales démocrates, sans compter qu’il cherche à effacer la référence à sa grand-mère juive. En pleins préparatifs pour les J.O. de Berlin à venir, le corps d’un patron d’une entreprise de bâtiment est trouvé mort dans une chambre d’hôtel. Puis une enquête avec une pétillante journaliste américaine amène à trouver celui d’un boxeur dans la Spree. Bref, c’est le bordel et la capitale allemande paraît être, chaque jour, plus dangereuse pour ceux qui s’éloignent de la bonne parole nazie.

Critique de Hôtel Adlon

Voici le quatrième opus (en considérant la Trilogie berlinoise comme un seul roman) du bon Bernie Gunther, fraichement démissionnaire de la Kripo et végétant en tant que responsable de sécurité d’un hôtel reconnu dans la capitale du Troisième Reich – qui commence à prendre ses marques en traitant les Juifs comme des sous-merdes, en attendant pire.

La première partie (deux tiers du roman) se concentre sur les petits arrangements nazis concernant l’organisation des J.O. Les Américains, pressentant que les Juifs ne sont pas à la fête, décident tout de même de ne pas boycotter le rendez-vous sportif. C’est là qu’intervient Noreen Charalambides, jolie journaliste qu’aide Gunther pour son reportage sur la situation de cette minorité en Allemagne. Le second meurtre, plus complexe que prévu, met en lumière l’utilisation de main d’œuvre peu chère afin de terminer à temps les travaux. Et si en plus la mafia américaine s’en mêle…

Quant à la seconde partie, le lecteur avancera d’une bonne vingtaine d’années pour retrouver notre cynique héros à Cuba avant qu’un certain Fidel décide de prendre le pouvoir (en attendant, il est en prison). Bernie, dont le derrière ne semble pas assez déborder de nouilles, recroise la belle (avec qui, évidemment, il avait eu une histoire d’amour) dont la fille a quelques soucis. L’histoire évolue alors en quelque chose de franchement puissant avec des péripéties où se mêlent criminels américains, police militaire cubaine et sympathisants castristes. Et Tigre ne parle pas du dénouement qui l’a surpris – l’ai point vu arriver, j’avoue.

Tout ça est délivré avec un rythme et un style (toujours de savoureuses comparaisons) qui font qu’il n’est pas si difficile de lire un pavé de 650 pages. Bref, il est grisant de voir à quel point Kerr maîtrise son sujet et délivre, avec une régularité de métronome, d’excellents romans. Alors certes on peut se perdre par rapport aux mille et une vies du héros, trop chanceux, trop talentueux malgré ses faiblesses, néanmoins une telle saga de qualité l’est forcément à ce prix.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le sujet premier paraît bien être l’organisation des J.O. de Berlin et leur implication d’un point de vue politique. Sous la férule de Herr Hans von Tschammer und Osten, ministre des sports et en responsable de la fédération nazie de l’éducation physique (oui, c’est le même poste), les Nazis ont mis les bouchées doubles pour faire des Jeux grandioses. Considérant que le gros Hitler souhaite imposer sa marque (genre, du calcaire noble au lieu du béton), les travaux prennent du retard et les entrepreneurs doivent recruter (là, on n’est plus regardant) et construire à la va-vite, occasionnant des accidents qui ne sont pas sans rappeler certains Jeux Olympiques du XXIème siècle. Derrière chaque anonyme mort, une histoire poignante faite de désillusions.

Le roman insiste également sur les situations extrêmement difficiles que peuvent connaître les protagonistes face aux risques non pas qui pèsent sur eux…mais sur leurs proches. Lorsque Gunther croit tenir Max Reles (un des vilains de l’ouvrage) par les couilles, celui-ci annonce un chantage qui ne peut laisser le héros qu’impuissant. Plus généralement, la machine nazie (tout État dictatorial en fait) trouve toujours une façon d’arriver à ses fins en menaçant famille/ami/conjoint de la cible qui, toujours, présente un point faible – au pire, il reste la réputation ou les petits travers. Concernant le protagoniste principal, son passé trouble (dans la S.S. en Europe de l’Est) n’aide pas.

Il y a enfin le personnage de Gunther, qui malgré les épreuves traversées reste un brave gars. Néanmoins les saloperies qu’il voit (et certaines qu’il fait) le rendent de plus en plus cynique en dépit de forts moments de grâce – le gus a le sens du sacrifice. Certes ce thème revient à chaque roman, mais cela participe à renforcer la profondeur d’un personnage qui en prend plein la gueule.

…à rapprocher de :

La trilogie berlinoise, du moins le dernier opus, pour être familier avec le héros. Les suites : La Mort, entre autres ; Une douce flamme ; Vert-de-gris ; Prague Fatale ; Les Ombres de Katyn. Même qualité globale à quelques exceptions près. A lire dans l’ordre de préférence.

La Paix des dupes se doit également d’être lu (légère uchronie sans conséquences sur la conf’ de Téhéran).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

5 réflexions au sujet de « Philip Kerr – Hôtel Adlon »

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