Philip Kerr – Les Ombres de Katyn

Le Livre de Poche, 672 pages.

Philip Kerr - Les Ombres de KatynVO : A Man Without Breath [et oui, Kerr n’est pas Allemand]. En Russie, les Allemands commencent à déterrer quelques cadavres dans une certaine forêt près de Katyn. Ce seraient des Polaks assassinés par les Soviétiques… Comment pondre un livre blanc un tant soit peu objectif sur ce que les Allemands pourraient trouver ? Voilà un job pour un ancien policier qui ne porte pas les Nazis dans son cœur…

Il était une fois…

Smolensk, 1943. Les Nazis n’iront pas plus loin en Russie, la défaite de Stalingrad ayant cassé leur bel élan. L’hiver est sur le point de se terminer, et un bruit court dans le coin : des milliers de cadavres seraient enterrés dans la forêt de Katyn, et ceux-ci auraient été tués par le NKVD (équivalent de l’époque du FSB). Goebbels y voit une occasion de plus d’enfoncer les Russkofs et pour cela dépêche le bureau des crimes de guerre, organisation la moins subjective du Reich Millénaire. Il va falloir la jouer fine.

Critique des Ombres de Katyn

Retrouvons le sempiternel Bernard Gunther, policier à la crim’ de Berlin, devenu courant 1943 modeste enquêteur au bureau des crimes de guerre, vieille et noble institution en charge de faire la lumière sur les atrocités commises par les…armées (non pas par les organisations nazies qui pullulent autour du champ de bataille). Il est alors question de faire quelques investigations près de Smolensk, et faut se grouiller parce que les Russes risquent dès l’été de recouvrer le contrôle de la zone.

Günther est un protagoniste fort sympathique, un des rares à prendre la mesure de la folie furieuse qui habite les dirigeants du pays – avec quelques autres rencontrés ici et là. Armé de ses réflexes d’ancien flic et d’un cynisme qui peut choquer ses contemporains, Herr Günther a le don d’attirer à lui un nombre impressionnant d’évènements historiques et de s’en sortir scandaleusement indemne.

Et c’est sûrement là où le roman pêche bien que le style demeure correct, si on laisse de côté quelques dialogues vaseux entre personnages qu’on n’imagine peu portés sur les confidences et des passages nettement longuets vite pardonnés eu égard la taille du roman. Car les péripéties et éléments des conflits portés par les fascistes s’enchaînent, que ce soient les exactions commises pendant la guerre d’Espagne (avec une charmante intervenante) aux différents attentats visant Hitler, en passant par la gestion d’une population russe hésitante entre la violence aveugle de l’occupant et le souvenir de la barbarie des services secrets soviétiques.

Au final, en quelques semaines, le héros fera de nombreux allers-retours entre l’Allemagne et la Russie, sera le prévenu d’un tribunal monté en deux-deux, participera à une périlleuse opération de déminage dans une crypte où se cachent des documents sur le putzer (l’aide de camp local) de Von Kluge, enquêtera sur deux assassinats, gâchera un futur grand amour, et tant d’autre. Tout ceci de mars à mai 1943, ainsi à ce rythme, on se dit que Kerr peut encore proposer un joli paqueton de romans mettant en scène un héros dont la polyvalence n’a d’égal que le bol de nouilles sur lequel il semble assis.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le titre renvoie évidemment à un épisode particulièrement tenu secret de la seconde guerre mondiale, un massacre dont la Russie n’a confirmé l’existence qu’au début des années 90. Celui de milliers d’officiers et notables Polonais dans une forêt près de la ville de Katyn. Les Allemands, enfin le père Goebbels (guère suivi par les huiles du régime) dépêche une équipe de juristes jusque-là endormie pour pondre un livre blanc (un truc officiel à envoyer aux Nations). Pour cela, on fait appel à des sommités internationales (qui d’un docteur légiste français, qui de la Croix-Rouge suisse quand même, etc.) pour rendre l’opération la moins sujette à caution.

A tout hasard, deux passages du roman évoquent les nombreux essais d’assassinat du Führer. Et, comme par hasard, le héros est un témoin privilégié de ces épisodes – historiquement vérifiées. Notamment la bombe qui n’a pas explosé dans un avion transportant Hitler en raison de l’altitude, ou une tentative ratée dans un musée à caus d’un Adolf pressé quittant précipitamment ses hôtes. Derrière ces échecs de la dernière minute, des militaires tels le colonel Gersdorff colonel ou Hans von Dohnanyi, officiers sachant que tout est perdu et que l’honneur (et la survie) de la Wehrmacht et du pays peut être encore réhabilité.

…à rapprocher de :

– Tigre est la première groupie française du bon Kerr. Si cela devait achever de vous convaincre : La Trilogie berlinoise d’abord, un doux plaisir qui nous introduit à son héros de premier plan, Gunther. S’ensuivent La Mort, entre autres ; Une douce flamme ; Hôtel Adlon ; Vert-de-gris ; Prague fatale, puis le présent roman, etc.

La Paix des dupes se doit également d’être lu (correcte uchronie sur la conférence de Téhéran).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

 

6 réflexions au sujet de « Philip Kerr – Les Ombres de Katyn »

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