Les textes du TigreLe Tigre a encore perdu un pari. J’avais dit être capable d’aller au salon du livre sans avoir des pulsions morbides. Or, après avoir vu la populace faire la queue trois heures pour entrer, j’ai aperçu les mêmes moutons attendre deux heures pour se faire dédicacer leur bouquin par Marc Levy. J’ai donc vu rouge. Mon gage ? Raconter une blague aussi fadasse que cet auteur.

Let’s run !

Dans la jungle malaisienne, un gentil gibbon (un singe, quoi) court entre les feuillages, le sourire aux lèvres. Un vrai marathonien.

Au bout de quelques minutes, le singe passe devant un gros panda en train de se rouler un joint maousse en vue de préparer son sieston. Le simien lui sort alors :

– Panda, mon copain, n’allume pas ce pétard, ça va inutilement te retourner le cerveau. Cours plutôt avec moi, on va te décrasser les poumons.

Le panda, pris par surprise et à défaut d’argumenter, accepte.

Les deux compères entreprennent donc leur footing lorsqu’ils passent devant un éléphant d’Asie qui achève de se préparer une copieuse galette de crack. Ni une ni deux, le singe va à sa rencontre :

– Éléphant, regarde toi, ne va pas fumer pareille saloperie, et rejoins-nous pour entretenir tes muscles. Viens t’éclater en faisant du sport.

Le pachyderme lâche sa drogue et consent à courir avec le panda et le gibbon. Ils ont fait à peine un kilomètre, primate en tête, qu’ils croisent un pélican amaigri en train de chauffer une cuillère d’héroïne.

Le singe, toujours aussi souriant (et transpirant), déclame à l’oiseau :

– Pélican, mon enfant, ne t’injecte pas cette merde dans les veines. C’est mal. Cours avec nous, tu te sentiras mieux.

Le piaf, après une minute de réflexion (ou de prise de conscience), abandonne sa seringue et court (ou vole, au choix) avec nos amis.

Lesquels aperçoivent, dix minutes plus tard, un tigre sur le point de déboucher un Château Pomerol 1996.

Le primate s’approche alors du noble animal et commence ;

– Tigre, mon petit, ne bois pas cette bout..VLAM

Le félin lui assène une mandale si puissante que le gibbon s’écroule, les membres tremblant.

Face aux regards horrifiés des autres animaux, le fauve s’explique :

– Désolé, mais ce singe commençait à me briser les burnes : il me force à cavaler dans la jungle à chaque fois qu’il est sous ecstasy.

[je reviendrai].

Catherine Millet - La Vie sexuelle de Catherine M. La tendre jeunesse de Catherine fut d’une rare sensualité, entre partouzes et rangées de bites soigneusement sucées. Le naturel avec lequel tout cela est livré est exceptionnel, Tigre s’en est difficilement remis. Superbe essai qui saura revigorer le plus peine à jouir des lecteurs, malgré quelques passages abstraits inutiles entre deux scènes de cul.

De quoi parle La Vie sexuelle de Catherine M., et comment ?

Catherine Millet, personnage fascinant qui exerce dans l’art contemporain, cachait plutôt bien son jeu. La coquine. Quel témoignage, je vous avoue avoir plus d’une fois ressenti comme un petit picotement…n’ayons pas peur des mots : quand j’ai lu cet ouvrage avant mes quinze ans, je bandais comme un âne à ne plus savoir en faire.

De ses dix-huit printemps (première expérience à plusieurs) à un âge plus avancé, Cathy (tu permets ?) nous conte l’étendue de ses aventures sexuelles. Son écriture, simple et sans fioriture, ne s’embarrasse pas de métaphores et appelle une chatte une chatte. Il ne s’agit pas non plus de dérouler uniquement le menu de ses exploits, disséminés au petit bonheur la chance (exit l’ordre chronologique) dans les quatre parties que composent l’ouvrage, savoir : Le nombre, Lʼespace, Lʼespace replié et Détails.

Pour ce qui est du nombre, on a arrêté de compter. Quant à la signification des autres parties, c’est un peu le souci de La Vie sexuelle… : le galimatias cherchant à intellectualiser la chose m’a semblé superflue, j’avoue même avoir survolé ses tentatives éthérées auxquelles je ne bitais (oh le jeu de mots lamentable) strictement rien. Le félin a mis ça sur le compte de l’exposante d’art contemporain dont une bonne partie du métier consiste à vendre du vent avec de jolis mots. Et Catherine M. se débrouille fort bien.

Tout ça pour ça. Cependant il convient de saluer une artiste qui se met à nu, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil (et se le rincer au passage) à la couverture pour se dire que Catherine M. n’a que peu de limites. Se dévoiler autant, même par des mots, chapeau l’artiste. Certains mal avisés diront que c’est une salope, je penche plutôt pour une femme libérée, sans tabou, et qui a eu un succès considérable bien mérité.

Ce que Le Tigre a retenu

Alors quels sont mes modestes souvenirs ? Voyons voir… Serait-ce la manière dont l’auteure entreprend de classer les zizis par forme ? Ou alors le moment où, au beau milieu d’une orgie (putain, y’en a tellement dans Paname, mais où ??? Donnez-moi des adresses merde !), elle pisse tranquillou dans la baignoire jusqu’à ce qu’arrive un mâle rutilant prêt à resservir le couvert. A moins que ce ne soit sa première fois, avec deux amis lors de vacances dans le Sud. Non, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est la balade dans le bois de Boulogne (Boubou pour les intimes) où Madame se donne devant de parfaits inconnus.

Ces menus plaisirs décrits appellent trois remarques. Premièrement, toute ceci est gentiment cochon, ça ne donne pas l’impression de gros gangbang crasseux avec triple péné à la clé. Deuxièmement, l’univers de l’héroïne est d’une surprenante douceur, ces messieurs se vidant une poignée de centilitres (pour les plus reconnaissants) en provenance de leurs glaouis avec une extrême courtoisie. Tout n’est que respect et attentions à l’égard des plaisirs de l’autre, c’est beau. Enfin, Dame Millet fait montre d’un certain détachement, on dirait une narratrice omnisciente qui peint un tableau qui n’est pas vraiment le sien. Une telle maturité dans la description surprend, j’étais à deux doigts (zut, encore une référence sexuelle) de la penser sujette à une légère forme d’autisme. Que voulez-vous, ces artistes…

…à rapprocher de :

– Les érotomanes en littérature marrante (et peu bandante), c’est Choke, de Chuck Palahniuk.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette biographie en ligne ici.

Will Self - Ainsi vivent les mortsVO : How the Dead Live. Une vieille juive qui clamse et se retrouve de l’autre côté, lequel n’est pas si différent du nôtre. En fait, il y a bien plus que cela dans ce roman complet, riche et parfois difficilement accessible. Parce que résumer un Will Self en moins de 1000 mots est extrêmement impoli, il convient que vous le lisiez vous même. 

Il était une fois…

[ne lisez pas les quatrièmes de couverture, c’est de la daube en boîte]

Lily Bloom est morte. En débarquant dans l’au-delà, elle était loin d’imaginer à quel point rien ne semble avoir changé (à part quelques bizarreries ici et là). Accompagnée par Phar Lap, guide aborigène australien à l’accent chantant, Lily prend connaissance des règles afférentes à sa « nouvelle » condition de macchabée, tout en se remémorant quelques moments importants de sa modeste existence – l’amour, la famille, l’Angleterre des années 50 aux années 90, bref la vie.

Critique de Ainsi vivent les morts

Je sais que je me répète, mais Will Self est définitivement un auteur à part. Du genre à me consterner avec ses verbiages à n’en plus finir où se cachent, régulièrement, des pépites de narration sorties d’on ne sait où. Du genre à laisser planer le doute sur les enjeux du roman, faire monter et descendre la pression. Du genre à vous perdre avec pléthore d’intervenants sauf qu’il n’existe qu’une demie-douzaine de protagonistes qui comptent, bref tenir le lecteur par le bout du nez. Car Will est un grand joueur.

Au premier rang de ces personnes, il y a évidemment Lily, Américaine (de confession juive, ça a sa petite importance) qui avale son bulletin de naissance à l’âge honorable de 65 berges. Trop de clopes. A partir de cet instant, l’auteur anglais imagine un statut post mortem qui n’a rien de bien folichon (cf. le premier thème). Non seulement la pauvre Mrs. Bloom est cantonnée dans un sombre appart’ mal placé dans Londres (avec des règles assez confuses concernant son statut), mais en plus elle continue à espionner les vivants qu’elle connaissait.

C’est là que le roman s’équilibre grâce à la relative omniprésence de la morte Lily, dont la narration alterne entre ses et ses souvenirs avec son époux (enfin ses amours) et ses deux filles. Charlotte, d’abord, une blondasse bien en chair qui, à l’aide de son époux, monte de plusieurs classes sociales et amasse une petite fortune. Natasha, à l’inverse, c’est la lose totale : droguée jusqu’à la moelle, Natty vadrouille de droite à gauche, entre méthadone et mauvais plans de junky. Les deux sœurs, d’apparence si différente (même dans le deuil), se rejoindront progressivement lorsqu’il sera question de maternité. Le verbe est immersif, très rapidement les lieux prennent forme.

Le style est presque inimitable, avec cette surprenante propension à passer du drôle au glauque en un clin d’œil. L’humour, ce sont ces remarques fines, déroutantes, parfois de mauvais goût (la politique en prend pour son grade) qui font l’effet d’embuscades littéraires. Jusqu’au dérangeant, en particulier les « esprits » qui hantent l’héroïne : un lithopédion (astucieusement nommé Lithy), les Graisses (reflet de ses régimes foirées), ou le fameux Rude Boy, petit chiard gueulant des propos racistes mais incarnant le jeune enfant aimé, hélas décédé à cause de sa mère. Sauf que le dégoût laisse rapidement place à la pitié, par exemple quand les fœtus décédés des filles Bloom viennent ramper autour de l’héroïne, ayant visiblement envie de pisser – à juste titre, car étant décédés noyés dans ce liquide. Du pur Self.

Comment terminer cette appréciation du roman ? C’est relativement difficile dans la mesure où, d’un côté j’ai cru lâcher le fil de l’histoire, pour (presque à ma surprise) le reprendre avec une déconcertante facilité. Mais, de l’autre côté, les bons mots et autres fulgurances d’imagination (et de drôlerie) sont omniprésents, un enchantement rendu possible grâce à une traduction loin d’être dégueulasse. Et c’est quand j’ai commencé à m’habituer à sa narration et à l’originalité de l’œuvre que celle-ci s’est achevée. Bordel de merde, je ne pensais pas que 500 pages, c’est peu.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le sujet principal, bien évidemment, est la mort. Que se passe-t-il après cette épreuve ? Bah rien de bien folichon. Self ne révèle aucun grand secret seul tenus par les vrais bodhisattvas. Point du tout. La mort, c’est un univers apathique, morne et dont, semble-t-il, rien n’est à espérer. Pas vraiment un enfer, on peut fumer comme un pompier et la souffrance a disparu. Mais pas non plus le pied quand il faut recracher tout ce qu’on bouffe. Quant à la gestion de l’endroit, la Mortocratie est une parfaite administration dans toute son horreur : inutile, volontairement incompétente, Kafka ne se serait pas senti dépaysé.

Quelque part, Self nous démontre-t-il pas qu’il faut mieux préférer le néant à un au-delà à notre image ?

Personnellement, j’y ai vu une forme d’anti-roman d’apprentissage. Un texte où le soi-disant guide aborigène ne sert quasiment à rien, se contentant d’ânonner ses mystérieuses phrases qui, hélas, échappent à Lily. Et au lecteur, qui pourra seulement entrevoir le début d’une explication dans le dernier chapitre – lequel, s’il reste drôle, laisse comme un goût d’inachevé. Parallèlement, le voyage de Natasha en Australie dans le dernier tiers de l’œuvre (le rapport avec Phar Lap, le guide, n’est jamais loin) n’a rien d’une quête « structurante » comme on est en droit de l’attendre chez un écrivain « normal ». Il s’agit plutôt de fuite en avant, de tragique répétition d’erreurs de jeunesse qui ne font que repousser l’échéance mortelle – qui, pour une accro à l’héroïne, est étonnamment lointaine.

Tigre va terminer sur un antienne chez l’écrivain anglais, quelque chose qui le hante depuis longtemps et qui paraît plus terrible que la mort : la drogue. Faut dire que l’écrivain a un lourd passif en la matière, notamment l’héro. Et le personnage de Natasha, en lutte contre ce fléau, en devient naturellement réaliste. La poudre blanche n’obtient aucune complaisance, Self se pose en prêcheur (excessif ? je n’en suis pas certain) en pleine croisade qui touche du doigt la malédiction de tout drogué : outre le fait qu’ils ne peuvent être heureux, la prise du stupéfiant n’a pas pour but de planer, seulement se sentir normal. Appréciez un peu cette remarque en plein milieu de l’ouvrage : « elle avait sombré pour avoir trop navigué sous pavillon de complaisance en papier d’alu« . Superbe.

…à rapprocher de :

– Beaucoup de Will S. sur QLTL, faut dire que je le kiffe bien : Dr. Mukti ; Mon idée du plaisir ; Vice-versa (idéal pour commencer) ; The Sweet Smell of Psychosis ; No smoking ; Umbrella (décevant) ; La théorie quantitative de la démence (deux nouvelles OK, le reste bof).

– Autre auteur d’anticipation sociale qui s’est attelé à la vie après la mort, il y a Damned, de Chuck Palahniuk. Déception.

– A signaler le roman Ulysse, de Joyce, pour le nom du héros assez proche de notre héroïne (Leopold Bloom). Un quelconque rapport ?

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

Hergé - Le Temple du SoleilSous-titre : Les aventures de Tintin et Milou. Parce que le sourdingue Tournesol est baladé jusqu’au fin fond de ce qui reste de l’Empire Inca, le journaliste affublé du soiffard capitaine (n’oublions pas le cabot et les Dupondt qui ne servent à rien) affrontera tous les dangers. Avec une éclipse pour couronner le tout, que demande le peuple ? Assez léger question scénar’, mais quelle aventure ! 

Il était une fois…

L’ami savant de nos héros est en mauvaise posture, kidnappé qu’il est à cause d’un foutu bracelet en or. Emmené en Amérique du Sud à bord du Pachacamac (pour la petite histoire, il s’agit d’un endroit au Pérou où se trouve le « vrai » Temple du Soleil), puis à dos de lama jusqu’à un endroit inconnu de la civilisation occidentale, Tryphon voit du pays. Tintin & Co sont à ses basques. Montagne, rocheuses, jungle, rien ne leur sera épargné.

Critique du Temple du Soleil

On se souvient tous du coup de l’éclipse qui sauve les miches (sur le point d’être rôties) de nos trois héros et demi – Milou ne compte pas vraiment. L’histoire, déjà passablement délirante, se transforme alors en grand n’importe nawak au cours duquel Tintin fait confiance à un reste de journal fripé au lieu de s’évader comme il l’a si souvent fait – d’ailleurs Haddock trouve la parade, mais un peu tard. Lequel capitaine, quelques jours auparavant, cavalait comme un lapin dans la neige en se transformant en gigantesque boule de neige. Hum.

Revenons à l’essence de cette BD qui reste l’aventure. Le voyage est total, le dépaysement ne l’est pas moins. Car les contrées visitées par les protagonistes sont diverses et variées, entre le froid des montagnes (l’alcool sauve le capitaine, c’est bien la première fois) et la jungle luxuriante où Tintin bute la moitié de la faune locale. Cet opus est d’autant plus complet que le lecteur sera pleinement immergé dans l’environnement local qui semble avoir été bien étudié par l’auteur.

Du point de vue du rythme, il faut convenir qu’Hergé a su trouver un correct équilibre entre des tableaux somptueux et d’autres passages nettement verbeux – disons qu’il faut cligner des yeux pour tout lire. Plus on avance dans la narration, plus les couleurs se font chatoyantes, que ce soient les atours (bien rendus) des Incas ou les milles merveilles de leur univers caché – et qui le restera, du moins si Tintin ne bave pas ses aventures dans son journal (après tout, c’est son métier).

Bref, dans la jeunesse féline cet album constituait un agréable rafraichissement qui donnait envie de se mettre en backpack pour faire un tour du monde – à mon niveau, ça consistait à vider les poubelles puis chercher les menthol et le ticket de loto de Grand-mère Tigre. Et cette histoire avec le petit Zorrino, auquel on peut si facilement s’identifier ! Un gosse ingénu et débrouillard malmené par les vilains adultes, qui par la suite sauve le héros grâce à une médaille en apparence anodine. Tellement touchant.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Hergé a mis à l’honneur deux éléments et parvient à les joindre dans une harmonie plutôt suave : d’une part, big up à la civilisation inca dans toute sa splendeur, que ce soient leurs coutumes/vêtements/bâtiments ou les savants mystères qui l’entourent. D’autre part, et accompagnant cette réussite culturelle, l’environnement naturel saura transporter le lecteur vers des sommets de félicité – j’exagère à peine : tout le monde se rappelle du blondinet utilisant un aigle royal (ou une autre saloperie volante) comme d’un parachute de fortune.

Toutefois, et sans doute cela ne devait choquer outre mesure à l’époque, les Incas (du moins leurs descendants) font montre d’une impressionnante naïveté. Sachant que les Incas du XVIème siècle se doutaient des tenants et aboutissants des éclipses, il est surprenant que, quelques siècles après, ce savoir est tombé dans l’oubli. C’est d’autant plus dommage que la peuplade semble accorder une certaine importance à la parole et à la transmission de l’expérience. En témoigne le personnage de Chiquito (qu’on découvre pour la première fois en tant que larbin du Général Alcazar) qui, malgré son incroyable difficulté à se faire discret (on le voit toutes les cinq cases), montre à nos héros que les Incas est un peuple de parole, et ce en dépit de la lourde menace qui se profile – à savoir l’avide Occident.

…à rapprocher de :

– Quelques Tintin sont à signaler sur le pétillant blog, par exemple Les Cigares du pharaon ; Le Lotus bleu ; L’île noire ou Le Sceptre d’Ottokar ; Les Sept Boules de cristal (par lesquelles il convient de commercer) ; Tintin au pays de l’or noir ; Les Bijoux de la Castafiore. Dans l’ordre s’il vous plaît.

– Si vous avez envie de rire un bon coup, je vous signale qu’un certain Belge (pas Hergé hein) a transgressé la légende de Tintin avec Tintin en Thaïlande (en lien, avec un pdf de la BD honnie).

Hugleikur Dagsson - DJ SetVO : idem. Lorsqu’un dessinateur à l’humour corrosif et déjanté décide d’illustrer, à sa façon, les titres de grands tubes de musique, y’a moyen que ça fasse mal. Très correct dans l’ensemble, hélas le rapport nombre de pages/prix m’a paru assez faible, sans compter que j’attendais quelque chose de plus grandiose. Tigre est exigeant, que voulez-vous. 

Il était une fois…

Rien que la couverture annonce la couleur (fort sombre au demeurant) :

« L’Islande est un pays glacial, triste, désolé.

À part boire et tuer des baleines, on peut aussi dessiner et écouter du rock.

Hugleikur Dagsson, lui, dessine sur le rock. Il espère que vous aimerez ses dessins.

Sans quoi, il recommencera à boire et à tuer des baleines. »

Critique de DJ Set

Second ouvrage du père Dagsson, et il faut dire que le sieur islandais parvient toujours à me faire doucement ricaner. Un artiste pur jus qui, outre la surprise du sujet traité, fait montre d’une régulière exemplarité dans l’humour noir, franchement que demander de plus ?

DJ Set, le titre, renvoie basiquement au principe suivant : prenez un titre de musique bien connu (My heart will go on ; Careless Whisper ; Oops! I did it again ; All that she wants etc.), peu importe que ce soit du rock, de la soul, de la pop guimauve ou de la dance, et joignez à ce titre une illustration terre-à-terre ou plus fine capable de créer une sorte d’hilarité malsaine. L’auteur, qui s’improvise DJ de troisième zone n’ayant guère grand chose à apporter question musicologie, se fait néanmoins plaisir (et le lecteur en prime) grâce à ses noires interprétations de grands morceaux de musique.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Nordique, voilà comment le bouzin se présente : d’abord, il y a le titre, en VO, en toute simplicité. Y est associé un dessin, sur une page unique (voire deux pour Great balls of fire, et ça le justifie), qui tente d’illustrer ce dont peut bien parler le morceau de musique – à sa manière il est vrai. Et ces gribouillis, d’une rare simplicité, font plus d’une fois mouche. Car c’est là la force d’H.D. : ses productions consistent en des traits grossiers, basiques, franchement le félin (qui est une bite finie question dessin) pourrait faire de même avec une semaine d’entraînement. En revanche, pour ce qui est des dialogues, jamais je ne pourrais imaginer plus glauque.

Toutefois, et parce qu’il faut bien un point plus ou moins négatif, il faut savoir que ce menu ouvrage, qui affiche quand même ses cinq euros à la balance, possède moins de 70 pages. Cinq minutes de lecture à peine, je vous avoue avoir ressenti comme un picotement entre l’anus et la prostate. De la frustration surtout, rajouter quelques productions de l’auteur en sus n’auraient pas été de trop.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La première chose qui surprend est la façon dont l’artiste se joue (voire se fout) de la musique à l’aide d’un second degré plutôt plaisant. Pour tout vous dire, il est arrivé au félin de ne pas saisir, au premier abord, la blague sous-jacente. Qu’est-ce que je me suis senti con alors…jusqu’à la relecture libératrice, et là l’éclat de rire n’est jamais loin. Par exemple, le tube de Cindy Lauper Girls just wanna have fun présente des gosses dans un jardin d’enfant. So what…? Et bah la réponse est plus subtile que prévu….

Inversement, Hugleikur (ça y est, suis parvenu à écrire son nom de tête) fait parfois montre de premier degré. Et comment il prend à la lettre les bons mots des musiciens est encore plus fandard. A partir de vingt pages de cet acabit, un terrible constat s’impose : les paroles de grands tubes anglo-saxons sont d’une connerie à toute épreuve. Lorsque quelqu’un illustre les conséquences, mot à mot, de ce que peut gazouiller tel ou tel chanteur à succès, le résultat est plus proche du foutage de gueule qu’autre chose en fait. A titre d’exemple, le fameux I believe I can fly a droit à un traitement sobre et logique : un corps écrasé au bas d’un immeuble. De là à s’imaginer que c’était l’intention première du chanteur en question.

…à rapprocher de :

– Comme je le disais, jetez un œil averti à Et ça vous fait rire ?, petite perle de mauvais goût.

– Les références culturelles malmenées sont dans le déroutant Palepoli, de Furuya Usamaru.

– Dans le style très vilain, en version française y’a Paf & Hencule (French Doctors suivi de Deux hommes en colère) d’Acnéique et Kadabra. Avec plus de classe (et néanmoins anglo-saxon), Nicholas Gurewitch et sa Perry Bible Fellowship Almanack sont à se taper sur les cuisses.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce truc en ligne ici.

Les textes du TigreJ’ai eu une révélation : pendant les vingt premières années de ma vie, j’ai vécu sous deux (oui, seulement 2) présidents de la République. Non seulement ça m’a interpellé, mais tel un vieux con en devenir j’ai envie de gueuler. Certes il faut mieux s’esbaudir devant les bonheurs qui nous entourent, toutefois je n’y parviens pas toujours.

A toi qui a squatté ma petite lucarne

Salut copain,

Désolé de t’invectiver de la sorte, j’espère que tu n’es pas en train de déjeuner tranquillement avec ta bourgeoise (ou une journaliste, mais tu vas me dire que c’est la même chose) et que tu es en train de lire ton fil d’actualité où, par un heureux hasard, le présent article t’a sauté à la gueule.

Mais je manque à tous mes devoirs. Je te prie de bien vouloir m’excuser – c’est dingue, tu vois l’effet que tu me fais : à peine deux paragraphes que je suis en train de te sucer le boule en implorant ton pardon. Je me dois de me présenter : Tigre, né au milieu des années 80 à Paris, de nationalité française, éducation moyenne, culture moyenne (jusqu’à ce que je découvre l’existence d’une bibliothèque municipale au coin de ma rue), famille heureuse, pas de gros traumas à signaler. Bref, quelqu’un de normal que tu ne connais pas.

mitterrand-chirac-tigreEn revanche, moi, je te connais bien. Intimement même. En fait, j’ai grandi avec toi. Ta voix à la radio a bercé mon enfance. Gosse, lorsqu’il m’arrivait de tomber sur les infos quotidiennes (par erreur, je cherchais les dessins animés), tu étais là. Je devais te supporter, au jité du 20 heures, quand mes darons découvraient l’état du pays, de l’Europe (pourtant tu t’en fous), du monde. Ta présence dans mon champ visuel et auditif était alors synonyme de solennité, et rimait avec gravité. Presque un recueillement. En quatre mots comme en cent : tu étais un boss. Ou cherchais à l’être.

« So what ? », je t’entends dire. Nous y venons.

Je voulais t’annoncer que quelque chose me turlupine depuis des années, sans que j’arrivais à mettre la griffe dessus. Tu dois connaître ce genre de malaise, non ? Quand tu regardes un film historique et que, subtilement, tu pressens l’existence d’un anachronisme. Un artefact qui n’a rien à foutre là, des dialogues en décalage, voire le doux ronronnement qui annonce un air de déjà-vu, un gag couru d’avance. Pour ma part, je crois avoir trouvé ce qui cloche : tu es toujours là.

royal-juppe-tigreTout d’abord, sache que ma première prise de conscience du terme « politique » et de ce que ça pouvait impliquer date d’avant mes dix ans. Et ça m’est venu, comme beaucoup, par la famille et mes copains. On connaissait les noms des leadeurs des partis, leurs idées nous étaient grossièrement esquissées, et votre bouille faisait partie du paysage. 20 ans après, je te voie toujours faire ta pute face aux caméras et courir le gui doux auprès des électeurs. Mais comment est-ce humainement possible ? Où sont non pas ceux de ma génération proche, mais les trentenaires/quarantenaires qui ont de l’avenir ?

Tu es alors tenté de me répondre de me sortir les deux doigts de mon derrière pour prendre la relève. Tu n’as pas complètement tort, je suis nullement impliqué dans la chose publique (la fameuse res publica), mis à part glisser un bulletin dans une urne avec la même morgue que je glisse ma langue dans celle de ma tigresse avant de partir au taf. Pire, je ne me mobilise que lorsque je me sens directement visé. L’égoïsme contemporain.

Mais, à bien regarder les moins vieux qui se démènent, j’ai bien l’impression qu’une partie de ta carrière consiste à tout faire pour qu’ils restent à leur place – c’est-à-dire tous derrière toi comme le petit cheval blanc. Il faut convenir que la régularité avec laquelle tu as brutalement élagué les jeunes pousses force le respect. L’animalité du procédé est frappante, néanmoins chez Mère Nature (la vraie) le vieux lion se fait plus rapidement dégagé manu militari.

En outre, je n’ignore pas que faire de la politique est une gageure. Tu acceptes d’être en première ligne et d’en prendre plein la gueule tandis que tes administrés crachent tels autant de Chinois face à leur écran de télévision plus qu’ils ne t’acclament lors de meetings. Je sais que c’est un métier, qu’on ne part pas la fleur au fusil en voulant tout changer et que tout n’est que compromis. On a tous, à un moment ou un autre, appris que les nobles idées se heurtent rapidement à la réalité. Plus que tout, l’Histoire, cette belle salope, n’inscrit dans ses petits papiers que ceux ayant eu une carrière nationale complète, à savoir avoir atteint le but ultime. Le tout haut.

bayrou-hollande-tigreEnsuite, parlons-en du haut. Le poste suprême. Tu as beau faire tes petits ronds de jambe et glousser comme une vieille conne quand les journalistes t’en parlent, toutefois personne n’est dupe : tu désires ardemment poser ton royal séant sur le fauteuil présidentiel et ne rêve que d’une suite de concours de circonstance (qui d’un adversaire en prison outre-atlantique, qui d’une série de sondages fort favorables) t’autorisant à envisager de fouler la cour des Grands. Et là, il faut reconnaître que tu te donnes à fond. Putain, tu vends tellement de rêve, de droite comme de gauche, tu t’escrimes comme un beau diable que j’ai la conviction qu’il ne te reste plus de jus quand tu es enfin parvenu à représenter le pays.

Rien que les réjouissances post-électorales dont tu fais montre me font gerber. Discours lénifiants, félicitations de rigueur, on dirait le capitaine d’une équipe qui vient de remporter le trophée ultime. Alors que le match n’a à peine commencé – et que les dopants ne font plus effet.

A propos de dopage, je t’ai plus d’une fois pensé drogué, et me demandais sérieusement à quoi tu pouvais bien carburer. Parce que ce que tu prends, c’est de la bonne. Parvenir à te lever à 5h pour démarrer sur une matinale à l’heure où le Français moyen prend sa voiture, cavaler comme un cinglé la matinée sur les marchés de ta ville, déjeuner avec le préfet, puis une petite commémoration avec quelques croulants qui ont un pied dans la tombe (et écrivent avec l’autre), pour enfin diner avec quelques individus de la pétillante société civile, tout ça pendant des années ininterrompues. Je t’admire. Peut-être que la réponse est finalement simple : ta came, c’est le pouvoir. Celui qui permet de ne pas s’inquiéter pour son avenir pour mieux s’occuper de celui des autres. Une forme de philanthropie de bon aloi mais dont l’exercice est conditionné au maintien de ton statut d’homme politique.

sarkozy-lang-tigreMais tu sais ce qu’est le pire ? Ce n’est pas lorsque tu atteins le précieux sésame et que, tel un patriarche peureux et imbécile (j’ai même écrit un exemple ici), tu n’en fous pas une. A la rigueur, je peux facilement imaginer à quel point tu as les mains liées par des considérations auxquelles tu n’osais même pas penser (genre rembourser la dette tout en évitant une guerre civile prête à péter).

Non. Le fin du fin, c’est quand tu n’as pas l’air de comprendre que la populace ne veut plus entendre parler de toi. Tu dégustes tôles sur tôles…et cependant continues à te présenter, à sourire devant les caméras en prétendant avoir entendu le message de tes compatriotes. Tu es un génie de la persévérance, à croire que « quitter » la politique n’est pas programmé dans ton logiciel de campagne – très rares sont ceux qui lâchent l’affaire, qui d’un exil sur une île, qui d’un abandon car sachant que leurs idées n’ont que peu d’écho dans l’Hexagone.

Dans toutes les démocraties « normales », quand un mec (ou une femme, n’ayons pas peur des mots) se mange un joli râteau, bah il se retire et laisse la place à ses potos. Souvent, ses mêmes « amis » ne lui laissent pas vraiment le choix, notamment si son parti politique fonctionne à peu près correctement. Pas chez toi. Je ne vais pas citer de nom, mais dans mon pays y’a un corniaud, ni à droite ni à gauche (enfin ça dépend des jours), qui est à la tête de son petit parti depuis que je suis tout gosse. Ça m’inquiète d’autant plus qu’il n’a pas l’air de vieillir.

Attends attends, on me susurre à l’oreille qu’il existe quelque chose de plus infâme encore. J’ai peine à y croire. A moins que…oui, ça me revient. Tu connais l’histoire de celui qui, une fois Président, veut absolument le redevenir pour terminer (je dirais commencer) le boulot qu’il s’était pompeusement assigné ? Un vrai chiard privé de son jouet qui gueule comme un putois pour revenir sur le devant de la scène, just a fucking last time. Ouais, si je parle anglais, c’est que ses adversaires le surnommaient « l’Américain », sauf qu’il n’a rien d’un Amerloque. Outre atlantique, celui qui ne perd QUE les primaires retourne dans sa maisonnée et ferme sa grande gueule pour le reste de ses jours.

Non, tu n’es hélas pas de cette race. Toi, tu es un seigneur, l’Homme providentiel que la Nation désire inconsciemment de toute son âme. Heureusement que tu es le potentiel roi qui la mènera vers un nouvel âge d’or à côté duquel le règne de ce gros Louis XIV n’est qu’une insignifiante mandature dans un village du Schleswig-Holstein. L’Élysée n’est pas un palais pour rien, n’est-ce pas ?

Merde, c’est l’heure. Ai déjà atteint un nombre indécent de mots dans ce billet. Du coup, je n’ai guère envie de m’entretenir avec toi de l’état dans lequel tu as laissé ton pays. Après tout, nos parents (et moi, dès le milieu des années 2000) ont constamment voté pour ta gueule et celle de tes « collègues » qui relèvent plus de compagnons de beuverie que d’adversaires politiques. C’est donc de leur faute. Ouais, si je veux te tuer, il me faut également tuer le père.

Comme tu t’en doutes, je n’en ai aucune envie.

Mélanie Fazi - Serpentine300 pages, 10 nouvelles, une préface (assez marrante mais légèrement trompeuse) qui annonce « quelque chose d’indicible », ce recueil est passable (dans son sens noble) même si le style qui se veut envoutant n’est pas ma came. Genre fantastique made in France, c’est-à-dire auréolé d’une certaine déprime mâtinée de poésie douce-amère 

Il était une fois…

Un magasin de tatouages d’un genre particulier, des quidams dans le métro face à un mystérieux individu, une chanteuse qui subjugue les foules, un fantôme qui fait pleuvoir, une ville morte qui se nourrit des sentiments d’autrui, etc. Oui, c’est pas la joie.

Critique de Serpentine

Aucune idée de la manière dont ce recueil a débarqué dans ma bibliothèque. Je l’ai brièvement considéré comme un clandestin, jusqu’à ce que je me décide à le lire une bonne fois pour toute. Ce ne fut pas une perte de temps. Pas un ravissement non plus. Allez, coupons la poire en quatre : c’est doublement mitigé.

Il est des textes qui sont franchement bons, je me suis régalé avec des histoires profondes qui prennent rapidement vie et dont le lecteur aura du mal à se séparer. Mais, de l’autre côté, certaines nouvelles (allez, disons un tiers) ne m’ont paru pas être à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre, à l’instar du Passeur ou Le Faiseur de Pluie – sûrement mon appréhension à lire quelqu’un qui se regarde autant (j’exagère) écrire que moi. L’avantage des recueils, au moins, est de pouvoir rapidement passer à autre chose.

Le style est surprenant avec un mélange plutôt bien dosé de thèmes incontournables (amour, mort, enfance) saupoudré d’un soupçon de fantastique qui s’invite progressivement jusqu’à occuper le devant de la scène. En outre, la maîtrise de l’écriture par Miss Fazi est souvent exceptionnelle, vous saurez trouver au moins un texte qui parviendra à remuer, non sans violence, quelques souvenirs qui vous sont propres – qui de stations de métro parisienne, qui d’une maison de famille ou encore l’extase pure en écoutant de la musique. Avouons-le clairement : ça prend aux tripes et peut vous déboiter le cerveau.

Hélas, mille fois hélas, l’écrivaine française a laissé plus d’une fois le félin en plan : les fins de ses nouvelles n’en sont pas réellement, et on referme le chapitre avec une amertume due à l’incomplétude, sinon le sentiment qu’il manque quelques pages pour tirer l’histoire au clair. Et ça cette façon dont l’auteur verse dans « l’insaisissable » a le don d’agacer Le Tigre, même si je comprends que certains adorent apporter leurs propres interprétations. Mais je ne suis pas de cette race : j’ai besoin de savoir ce qu’en fin de compte il en est. Dommage.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Comme je le disais, l’étrange s’invite tranquillou dans la narration, si bien qu’on se retrouve dans un univers inquiétant dont le glissement vers le bizarre est amené, paradoxalement, de manière naturelle. Entre la nana qui débarque sur une aire d’autoroute avant de comprendre que quelque chose cloche, ou un restaurant antique (Mémoire des herbes aromatiques, un de mes textes préférés), en passant par un jeune paysan qui se fait « intellectuellement » détrousser, la distorsion de réalité est avant tout violente. De la poésie certes, mais peu de bonheur à cause de la mort qui surgit – à quelques exceptions près.

D’ailleurs, parlons-en de la mort. Je comprends que c’est un moteur puissant capable de déplacer des montagnes de surprise (oui, il est parfois question de dernières phrases qui laissent sur le cul), néanmoins chez Mélanie Fazi c’est un gimmick que j’ai trop souvent retrouvé. La grande faucheuse, forcément en embuscade, en deviendrait presque ennuyeuse car se présentant sous les mêmes formes : spectre plus ou moins menaçant et autres fantômes. Parallèlement, la question du souvenir (j’évoquerais plutôt la malédiction d’individus coincés dans des destins dont ils ne semblent pouvoir se délivrer) revient plus souvent qu’à son tour, si bien que peu de nouvelles sortent du lot.

…à rapprocher de :

– Pour ma part, j’ai préféré le recueil fantastico-inquiétant de Serge Lehman dans Le Haut-Lieu

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce recueil en ligne ici.

Paul Verhoeven - Jésus de NazarethVO : Jezus van Nazareth : een realistisch portret. Le célèbre réalisateur hollandais, qui a entrepris des études de mathématiques et de physique, est aussi porté sur la théologie. Un esprit complet. Et son essai ambitionne de déterminer à quoi pouvait ressembler l’existence du Messie. Texte précis bourré de références et de citations, relativement correct vis-à-vis de la foi, il faut s’accrocher mais ça vaut le coup.

De quoi parle Jésus de Nazareth, et comment ?

Oui. C’est bien Paul Verhoeven qui a rédigé un ouvrage sur Jésus. Punaise, le mec cache bien son jeu. Pendant qu’il réalisait Robocop, Total Recall ou encore Basic Instinct, Paul V. fréquentait (jusqu’à participer activement) le Jesus Seminar, association de personnes passablement intelligentes et gambergeant sur ce qu’était la vie « réelle » du Christ – si vous voulez vous la péter chez la baronne, dites que ce sont les quêtes du Jésus historique.

Plusieurs assertions du maître peuvent choquer les catholiques pur jus, toutefois rien de blasphématoire. En vrac : Jésus serait le bâtard issu d’un viol de Marie par un soldat romain (nommé Panthera) ; aucun miracle ni aspect surnaturel du personnage (exit la Sainte Trinité ou la multiplication des pains), seulement un homme qui exerce avec les moyens du bord et qui a évoqué des thèmes qui sont particulièrement entrés en résonance (euphémisme) avec son époque. Et dont les aventures, souvent, semblent reprises de textes bibliques antérieurs tellement les rapprochements sont évidents – la trahison de Jésus vs. 2 Samuel, pour ne citer que cette coïncidence.

Si Tigre est une belle bite en théologie européenne (je ne maîtrise que l’histoire de ce bon Bouddha), en revanche il reste sensible au travail d’un homme qui fait en sorte de prendre son lecteur par la main en vue de rendre sa démonstration limpide. Ainsi, pour chaque évènement marquant présent dans les Évangiles, Paul V. rappelle les textes canoniques, signale les travaux d’illustres théologien, invoque des faits historiques avérés, et propose en toute modestie sa vision des évènements.

Ce qui m’a particulièrement ravi est le métier de cinéaste qui prend souvent le dessus, il est souvent question de mise en scène de la vie de l’enfant prodige de Galilée sous la forme d’un story-board d’un film en devenir . Si ce dernier venait à être réalisé, ça enverrait du pâté – je serais curieux de voir comment est gérée la partie homoérotico-mystique de Jésus avec un jeune homme. Toutefois, vers le milieu de l’essai le rythme tend à baisser, notamment lorsque Verhoeven déblatère sur la chronologie de telle ou telle péripétie. Certes c’est primordial pour relever quelques contradictions ici et là, mais plus d’une fois j’ai été salement largué. Disons que le félin n’aurait pas craché sur une frise chronologique à vertu récapitulative.

Enfin, et puisque de toute façon les éditeurs ne m’écoutent jamais, j’éviterai de pousser la gueulante habituelle contre la propension à foutre les notes de bas de page à la fin de l’ouvrage. La lecture n’est pas aisée, plus d’une fois le félin a jugé peu utile de tourner frénétiquement les pages pour tomber sur la bonne référence – et la numérotation qui redémarre à zéro à chaque chapitre n’aide vraiment pas. Sérieusement, je n’ai que ça à foutre à gérer deux marques pages.

Ce que Le Tigre a retenu

La première chose qui peut piquer l’œil est la couverture, intéressante, qui représente le glorieux Christ selon l’iconographie du vilain Che Guevara. Car les deux hommes ont plus de choses en commun. Ce sont des révolutionnaires au sens noble du terme, guerroyant contre un ordre établi qui aura raison d’eux. Guevara se baladait, avec ses compagnons, dans des étendues souvent hostiles et souhaitait avant tout améliorer le sort de ses semblables. Jésus avait ses apôtres, du moins il a été établi bien plus tard une liste de fidèles. Le leader sud-américain fut enfin trahi avant de connaître une mort douloureuse. Peu de femmes dans l’aventure, ou alors celles-ci ont un rôle plus qu’accessoire. C’est fandard tant de coïncidences, non ?

La constante de l’essayiste est de confronter les sources avec une méticulosité qui m’ont plus d’une fois fait tirer le chapeau, quitte à nous abreuver de références à un niveau rarement atteint – la fameuse source Q., mérite sans doute d’être approfondie par le lecteur. Même si je m’y attendais un peu, j’étais profondément surpris du nombre de versions des pérégrinations de Jésus, que ce soient les quatre évangiles qui n’évoquent pas les mêmes choses ou la pétée de textes qui ont été jugés apocryphes – souvent parce que ceux-ci différaient de trop de la doctrine progressivement établie, alors que ceux-ci sont plus « logiques ». Quant aux nombreuses paraboles délivrées par le divin enfant, lire Verhoeven les analyser (et en démonter beaucoup) est une sucrerie hélas trop rare.

Jésus dans le réel, c’est également un homme avec ses contradictions et ses craintes. Un être humain, en somme; Par exemple, l’essayiste européen parvient à nous éclairer sur le potentiel différend ayant existé entre le Sauveur et Jean-Baptiste (un cousin ?) à qui Jésus semble avoir piqué le principe du baptême par l’eau. De même, il est souvent question dans le Nouveau Testament du Christ qui « se retire » ou part dans le désert pour méditer. Selon le batave mais néanmoins courtois auteur, en fait Seigneur Junior se planquait après avoir foutu le daroi qui dans un temple en renversant les étals des marchands (et des changeurs), qui dans une ville en galvanisant la populace. Et les Romains, qui ont fait montre d’une certaine patience, étaient désireux de mettre un terme à ce dangereux carnaval. La suite, on la connaît.

…à rapprocher de :

– En termes de fiction, la vie de Jésus peut être découverte avec L’agneau, de Christopher Moore. Très très mignon, je le conseille.

Je vais finir sur une blague à la con. Alors le vrai daron du Seigneur serait un dénommé Panthera. Le Messie serait donc un félin en puissance, vous imaginez à quel point j’aime cette idée. Jésus proviendrait du chat donc. Pas étonnant en considérant qu’il est descendu parmi nous. [hu hu].

Le bouquin sort début avril. Patience donc.

O'neil & Quesada - La Lame d'AzraelVO : Sword of Azrael. Voici l’histoire de l’ange vengeur de l’Ordre de Saint Dumas, ou comment un boutonneux (que je suppute puceau) est parvenu à envoyer du pâté grâce à une préparation effectuée dès la naissance. Toutefois, qu’est-ce que je me suis ennuyé, ce fut terrible. Confusion totale. La lame du protagoniste m’a semblé lourde et passablement émoussée. Dommage. 

Il était une fois…

Tiens, j’ai subitement envie de copier-coller la présentation de l’éditeur :

« Jean-Paul Valley, étudiant de Gotham City,découvre que son père n’est autre qu’un exécuteur à la solde d’un culte mystérieux : L’Ordre de St Dumas. Appelé Azrael, Jean-Paul revêt une armure de combat et s’oppose bien vite au Chevalier Noir, Batman. Ils vont pourtant mettre de côté leurs différends pour affronter le terrifiant LeHah ».

Critique de La Lame d’Azrael

Pas sûr que ce fut une bonne idée de l’acheter. D’accord, il s’agit de l’ouvrage fondateur d’un personnage qui, à un instant charnière du Chevalier Noir, est sur le devant de la scène pendant de nombreux chapitres. Cependant cet opus est bien trop long et décousu (disons que je n’ai pas réussi à me concentrer) pour l’apprécier à sa juste valeur. Autant le dire tout de suite : j’ai même feuilleté, avec la plus coupable légèreté, le deuxième tiers de l’œuvre.

Tout démarre avec Valley Père qui se fait salement trucider et meurt sous les yeux de son fils. De là, le gosse file (d’après les instructions paternelles) dans les montagnes où on pourra « parachever » la formation du Système (un truc d’hypnose) dont il ignorait tout. Puis des vilains débarquent. Et Batman s’en mêle. Et j’ai lâché l’affaire. Seul le personnage de Nomoz, à la rigueur, m’a bien fait marrer. Le prof d’Azrael est mentor devant l’éternel qui par son air balourd rend tout ceci un peu plus léger.

Sauf que Tigre a été épuisé par le dessin de Joe Quesada qui est plutôt mitigé : si les couleurs et l’encrage sont d’excellente facture, l’organisation des cases (à laquelle un scénario touffu et surabondant n’arrange rien) m’a donné plus d’une migraine. D’habitude lire des Batman de minuit à deux heures du mat’ ne me dérange guère, à l’exception de cet ouvrage dont le style ressemble plus à celui des années 80 que 90. A peine si j’ai deviné que le méchant LeHah en prend pour son grade et que nos amis (Batou et Valley faisant équipe) s’en sortent vainqueurs.

A la rigueur, la dernière partie est parvenue à me faire plaisir avec le héros (je parle de Valley hein) qui se fait recruter par ce bon Bruce Wayne pour s’occuper de la sécurité de sa boîte. En fait, il s’agit surtout de s’occuper (par le biais de Robin) de son éducation en le mettant à l’épreuve – les scènes d’action sont réussies, y’a pas à dire. En guise de conclusion, avoir un aperçu de la personnalité d’Azrael avant de le retrouver dans d’autres aventures ne me semble pas nécessaire, une mise à jour de la légende de ce personnage serait d’ailleurs la bienvenue. Quand vous voulez les amis.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

En fait, Jipé Valey est un parfait représentant d’un homme souffrant d’un désordre de personnalité multiple. Il est temps de vous entretenir au sujet du fameux « Système » de l’Ordre de Saint Dumas (qu’est-ce qu’il ne faut pas inventer comme nom…). Le père Valley, conformément à l’antique tradition de son Ordre, a instillé des comportements, une vision, une mission à son rejeton de façon plus que discrète. Si bien qu’en présence du Gnome, les souvenirs enfouis de Valley Jr. se réveillent, ce dernier s’étonnant de ses capacités – il faudra bien un jour m’expliquer comment les muscles suivent.

Cette ambivalence est progressivement mise en lumière dans la mesure où les missions de l’Ordre diffèrent quelque peu (attention, euphémisme) de la volonté batmanesque. Pour la petite histoire, Azraël est le blaze de l’ange de la mort qui vient requérir les âmes aux individus avalant leur bulletin de naissance. Sauf que la mort ne fait pas partie du métier du Chevalier Noir. Ce dernier, en présence de flingues, préfère faire montre d’astuce (et de pirouettes) en vue de désarmer son prochain, ce qui n’a rien à voir avec la philosophie de l’Ordre de Saint Dumas qui a tout d’une organisation de super-assassins investis d’une mission qu’ils pensent divine. Bref, tout est prêt pour que le cerveau de Valley pète une durite et que ce dernier se résout (presque malgré lui) à faire couler le sang.

…à rapprocher de :

– Lire cet ouvrage peut s’avérer fort utile si vous comptez démarrer Knightfall (grosse pentalogie qui démarre qui démarre ici)

C’est tout. Bisous.

Enfin, si votre librairie est fermée et que vous pensez pouvoir faire preuve de plus de patience que votre serviteur, vous pouvez trouver ce comics en ligne ici.

Marc Dugain - Une exécution ordinaireLorsque la catastrophe du Koursk met en lumière tout ce qu’il y a d’inquiétant dans la Grande Russie, entre corruption généralisée et gâchis des sacrifices de vies humaines, il y a de quoi être pessimiste sur l’avenir de cette contrée. Et quand l’Histoire se répète, c’est une tragédie. La prose de Dugain est certes intéressante, mais ici ça m’a paru un peu plus longuet que d’habitude.  

Il était une fois…

Lors de l’été 2000, Oskar s’abîme en pleine mer de Barents. Oskar est un sous-marin nucléaire russe de belle facture (disons qu’il est immense) et apparemment il reste des membres d’équipage vivants mais bloqués comme des nouilles dans ce qui va sûrement devenir leur tombeau d’acier. En suivant la famille Altam, depuis les exactions staliniennes aux mensonges d’État en ce début de XXIème siècle, en passant par le délire corruptif généralisé des années 90, c’est tout un pan de l’histoire russe qui s’offre au lecteur. Et oui : toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé ne serait pas que pure coïncidence.

Critique d’Une exécution ordinaire

N’y allons pas par quatre chemins : c’est globalement un bon ouvrage et je n’ai pas vu le temps passer. Les pages filent à la vitesse de l’éclair (Dugain aime décomposer ses titres avec une pétée de parties et des rivières de chapitres bien aérés) et le style, sobre et précis, offre une lecture sans concession, presque à la manière d’un essai.

Si l’œuvre s’articule autour de la tragédie humaine et politique que fut l’accident (aggravé par les autorités) du Ko..euh d’Oskar, l’auteur français a brodé l’histoire du peuple russe et ce depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Cela commence par la petite Olga, magnétiseuse dont le talent est venu aux oreilles de l’ogre Staline qui fait appel à ses services pour être soigné. Ensuite, retour à la vie « actuelle » à travers l’existence d’un prof’ narrateur qui mène une vie peu glorieuse sur fond de crise conjugale. Et le fait que son fils, Vania, ferait partie des survivants coincés dans la carlingue, n’arrange pas son moral.

Ces récits sont parsemés de saynètes nettement plus axées politique/finances, en particulier la guerre sourde que se livrent les hommes politiques russes après l’éclatement de l’URSS. De ce joli bordel sans foi ni loi émerge le pétillant Plotov, jeune politicien russe passé par le FSB qui ressemble traits pour traits à ce bon Poutine. C’est dans ces moments que Marc D. se fait plaisir et invite le lecteur dans le saint des saints de Mère Russie, là où tout semble possible.

En guise de conclusion, Une exécution ordinaire prend la tournure de ce que les journalistes français savent faire de mieux : créer une histoire humaine dans l’Histoire pour dresser un tableau juste où se mélangent grandes destinées nationales et péripéties du péquin moyen. Hélas, à l’instar des articles de ce genre de journaleux, des passages entiers restent assez chiants (par exemple les pleurnicheries de quelques protagonistes) et ne m’ont pas paru nécessaires à la bonne compréhension du roman.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Les mensonges sont légion, et la vérité est rapidement maltraitée, voire sacrifiée sur l’autel du pragmatisme et des petits arrangements entre puissants amis. Que ce soient les odieuses réunions entre militaires russes, ou la manière dont un gouvernement traite, avec le cynisme le plus révoltant, ses compatriotes, il y a de quoi avoir peur pour le pays. La Russie n’est définitivement pas un pays comme les autres, au sens où on l’entend d’une démocratie occidentale à qui il arrive de rendre des comptes à ces citoyens. Le Russe de base, broyé dans la monstrueuse machine, ne m’est jamais apparu aussi impuissant face à des élites dévoyées soit par l’argent, soit par le culte du secret.

Toute ceci est rendu possible grâce (..à cause de, plutôt) à la valeur que ce pays donne à l’existence de ses habitants. Les Russes sont des gueudins, leur histoire l’a plus d’une fois démontrée. Le paramètre « vie humaine » est nettement moins prégnant qu’en Occident, ce dernier ayant parfois certaines difficultés à le comprendre. Le vérolé Staline qui, entre deux séances de repos, signe sans broncher ses ordres de mise à mort n’est, en fin de compte, pas si différent d’un Président russe qui reste séjourner tranquillou dans sa datcha pendant que des sous-mariniers de son armée crèvent la gueule ouverte – d’où le titre.

…à rapprocher de :

– De Dugain, Tigre a lu Avenue des géants (ça passe moyennement), Heureux comme Dieu en France (mouais) ou La Malédiction d’Edgar (diablement intéressant) ou En bas les nuages (là on est à la limite du bof).

– Sur « l’état d’esprit russe », je vous invite à parcourir Que reste-t-il de notre victoire, de Narotchnitskaïa ; voire Limonov de Carrère – j’avoue l’avoir bien aimé.

A toutes fins utiles, nul besoin de regarder le film. Je le ferai pour vous.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

Philip Kerr - Hôtel AdlonVO : idem. Aventure de grande ampleur entre Berlin hitlérien et Cuba de Batista, histoire d’amour contrariée entre deux êtres que les circonstances ne peuvent que séparer, encore un régal qui se solde par une surprise finale de bon aloi. Bref, un roman complet, instructif et terriblement prenant (comme c’est souvent le cas avec Kerr). 

Il était une fois…

Berlin, 1934. Bernie Gunther est en charge de la sécurité de l’Hôtel Adlon. Sa carrière en tant que flic a tourné court en raison de ses opinions sociales démocrates, sans compter qu’il cherche à effacer la référence à sa grand-mère juive. En pleins préparatifs pour les J.O. de Berlin à venir, le corps d’un patron d’une entreprise de bâtiment est trouvé mort dans une chambre d’hôtel. Puis une enquête avec une pétillante journaliste américaine amène à trouver celui d’un boxeur dans la Spree. Bref, c’est le bordel et la capitale allemande paraît être, chaque jour, plus dangereuse pour ceux qui s’éloignent de la bonne parole nazie.

Critique de Hôtel Adlon

Voici le quatrième opus (en considérant la Trilogie berlinoise comme un seul roman) du bon Bernie Gunther, fraichement démissionnaire de la Kripo et végétant en tant que responsable de sécurité d’un hôtel reconnu dans la capitale du Troisième Reich – qui commence à prendre ses marques en traitant les Juifs comme des sous-merdes, en attendant pire.

La première partie (deux tiers du roman) se concentre sur les petits arrangements nazis concernant l’organisation des J.O. Les Américains, pressentant que les Juifs ne sont pas à la fête, décident tout de même de ne pas boycotter le rendez-vous sportif. C’est là qu’intervient Noreen Charalambides, jolie journaliste qu’aide Gunther pour son reportage sur la situation de cette minorité en Allemagne. Le second meurtre, plus complexe que prévu, met en lumière l’utilisation de main d’œuvre peu chère afin de terminer à temps les travaux. Et si en plus la mafia américaine s’en mêle…

Quant à la seconde partie, le lecteur avancera d’une bonne vingtaine d’années pour retrouver notre cynique héros à Cuba avant qu’un certain Fidel décide de prendre le pouvoir (en attendant, il est en prison). Bernie, dont le derrière ne semble pas assez déborder de nouilles, recroise la belle (avec qui, évidemment, il avait eu une histoire d’amour) dont la fille a quelques soucis. L’histoire évolue alors en quelque chose de franchement puissant avec des péripéties où se mêlent criminels américains, police militaire cubaine et sympathisants castristes. Et Tigre ne parle pas du dénouement qui l’a surpris – l’ai point vu arriver, j’avoue.

Tout ça est délivré avec un rythme et un style (toujours de savoureuses comparaisons) qui font qu’il n’est pas si difficile de lire un pavé de 650 pages. Bref, il est grisant de voir à quel point Kerr maîtrise son sujet et délivre, avec une régularité de métronome, d’excellents romans. Alors certes on peut se perdre par rapport aux mille et une vies du héros, trop chanceux, trop talentueux malgré ses faiblesses, néanmoins une telle saga de qualité l’est forcément à ce prix.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le sujet premier paraît bien être l’organisation des J.O. de Berlin et leur implication d’un point de vue politique. Sous la férule de Herr Hans von Tschammer und Osten, ministre des sports et en responsable de la fédération nazie de l’éducation physique (oui, c’est le même poste), les Nazis ont mis les bouchées doubles pour faire des Jeux grandioses. Considérant que le gros Hitler souhaite imposer sa marque (genre, du calcaire noble au lieu du béton), les travaux prennent du retard et les entrepreneurs doivent recruter (là, on n’est plus regardant) et construire à la va-vite, occasionnant des accidents qui ne sont pas sans rappeler certains Jeux Olympiques du XXIème siècle. Derrière chaque anonyme mort, une histoire poignante faite de désillusions.

Le roman insiste également sur les situations extrêmement difficiles que peuvent connaître les protagonistes face aux risques non pas qui pèsent sur eux…mais sur leurs proches. Lorsque Gunther croit tenir Max Reles (un des vilains de l’ouvrage) par les couilles, celui-ci annonce un chantage qui ne peut laisser le héros qu’impuissant. Plus généralement, la machine nazie (tout État dictatorial en fait) trouve toujours une façon d’arriver à ses fins en menaçant famille/ami/conjoint de la cible qui, toujours, présente un point faible – au pire, il reste la réputation ou les petits travers. Concernant le protagoniste principal, son passé trouble (dans la S.S. en Europe de l’Est) n’aide pas.

Il y a enfin le personnage de Gunther, qui malgré les épreuves traversées reste un brave gars. Néanmoins les saloperies qu’il voit (et certaines qu’il fait) le rendent de plus en plus cynique en dépit de forts moments de grâce – le gus a le sens du sacrifice. Certes ce thème revient à chaque roman, mais cela participe à renforcer la profondeur d’un personnage qui en prend plein la gueule.

…à rapprocher de :

La trilogie berlinoise, du moins le dernier opus, pour être familier avec le héros. Les suites : La Mort, entre autres ; Une douce flamme ; Vert-de-gris ; Prague Fatale ; Les Ombres de Katyn. Même qualité globale à quelques exceptions près. A lire dans l’ordre de préférence.

La Paix des dupes se doit également d’être lu (légère uchronie sans conséquences sur la conf’ de Téhéran).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

Moore & Burrows - NeonomiconVO : idem. Lorsqu’une enquête en apparence banale se mue en la connaissance (biblique, oserais-je dire) d’un monstre violeur invoqué par une bande de doux dingues qui, pourtant, n’ont pas l’air si méchants, il y a forcément du Lovecraft caché. Narration en dent de scie et dessins plaisants, cette BD reste toutefois réservée aux adultes. A bon entendeur…

Il était une fois…

Aldo Sax, agent du FBI, a perdu la boule et végète dans un asile, ne parlant qu’une langue inconnue de tous. Car Sax enquêtait sur une curieuse drogue, l’Aklo, et traînait dans une boîte pas nette en plein New-York jusqu’à ce qu’il tombe sur l’objet de ses recherches. Quelque temps plus tard, le ténébreux Lamper et la belle Brears (flics fédéraux aussi) rendent visite à notre ami. Ils vont être entraînés dans un univers glauque et sombre, qui commence par un cercles de doux dingues qui font des choses qui dépassent l’entendement.

Critique de Neonomicon

Neonomicon. Necronomicon. Ouais, y’a les œuvres du père Lovecraft qui se baladent dans la place et qui font l’objet de comics plus ou moins respectueux de l’esprit de l’écrivain. Pour le peu que je connais de l’écrivain anglais, je dirais que Moore ne s’est point trop écarté de l’esprit de l’univers fantasmagorique et inquiétant de Lovecraft tout en apportant une touche de modernité (sur laquelle je ne formulerai aucune critique) à son travail.

Commençons par ce qui m’a fait penser à du Lovecraft pur jus. L’introduction, mystérieuse à souhait, annonce la couleur : quelque chose d’aussi fantastique que dangereux existe en ce bas monde (y’a qu’à lire l’imbitable langue parlée par certains). Or, des hommes « normaux » (qui de quelques adeptes, qui des forces de police en mission d’infiltration) se retrouvent impliqués dans quelque chose qui les surpasse, une horreur cosmique dont même les dernières pages ne rendent qu’à moitié compte. Heureusement, l’auteur de la BD a cru bon verser dans une narration linéaire et limpide (peu de protagonistes), ce qui rend l’oeuvre somme toute « classique » – le lecteur lambda ne sera pas trop troublé par ce qu’il lit.

En revanche, Moore s’éloigne de l’auteur américain en laissant à Burrows (l’illustrateur) le soin d’apporter un traitement visuel plutôt radical. Lorsque Lovecraft suggérait et se complaisait dans de savantes descriptions sentant la naphtaline de bibliothèque, Neonomicon se veut plus violent avec des viols à répétition (l’héroïne en prend pour son matricule), des monstres et des meurtres effectués de sang froid. En rajoutant des planches (qui vaillent largement le coup d’œil) fantasmagoriques qui ne sont pas sans rappeler de fabuleux trips sous LSD, Le Tigre a apprécié à sa juste valeur la volonté de donner un peu plus « vie » aux horribles mythes de H.P. Lov’.

Pour finir, s’il fallait formuler un ultime reproche à ce tome, ce doit bien être le mélange entre des chapitres passablement chiants (putain, ça traîne) et d’autres moments de sympathique terreur qui semblent toujours trop courts. Cependant, le fan lovecraftien et le néophyte à peine tombé de son nid trouveront de quoi être satisfaits.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

J’ai été surpris par le début qui fait honneur au pouvoir des mots. En cherchant une puissante drogue, l’Aklo, Aldo le flic ne pensait pas que ça consisterait [Attention SPOIL] en de la drogue « basique », la cerise sur le gâteau étant une suite de mots susurrés à l’oreille du consommateur. Lequel part dans un délire de grande ampleur, son cerveau étant profondément remodelé – jusqu’à parler une autre langue [Fin SPOIL]. Le Verbe créateur de monde, le Verbe en tant que force de destruction massive, pourquoi pas. Le revers de la médaille est que l’œuvre bascule, vers les dernières pages, dans un galimatias ésotérique qui reste décevant.

Ce que le félin a particulièrement aimé est la façon dont la terreur s’invite presque naturellement. Les deux policiers, en investissant un groupe qui se réclame du Dagon, ne pouvaient imaginer (pas plus que le lecteur) ce qu’il allait advenir d’eux. Même les troupes d’élite ont des sueurs froides en découvrant un être mi-homme mi-poisson (celui-ci n’étant pas si vilain au final). Point de Cthulhu qui débarque avec ses gros sabots, mais plutôt une subtile attaque (hors du temps) de la part d’une autre divinité, à savoir Nyarlathotep (suis pas très spécialiste concernant cette dernière poule).

…à rapprocher de :

– Pour ce qui est de la BD lovecraftienne, je vous renvoie vers At the moutains of madness, illustrées par Culbard. Illustrations oldschool mais scénario correctement prenant.

– Tigre connaît Alan Moore grâce à Son The Killing Joke, flippant à souhait.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce comics en ligne ici.