Jack Du Brul - Opération Ravage[VO : Havoc (le félin vient d’apprendre que ça signifie « ravage »)]. Un géologue/agent secret, aidé d’une belle gosse à la solde d’un centre de réaction aux risques nucléaires et chimiques et d’un ancien de la seconde guerre mondiale, se doit de sauver la planète d’un risque millénaire incroyablement flippant. Du moins c’était l’idée de l’auteur. A la limite de l’indigeste, rien ne sert de finir pareille bouse.

Il était une fois…

En 1937, le dirigeable Hinderburg transportait un passager possédant un échantillon d’on-ne-sait quoi capable de changer la face du monde. Hélas pour Chester Bowie, on ne lui a pas laissé le temps de ramener sa précieuse cargaison – qu’il a au passage balancé dans le vide avant que le dirigeable ne se transforme en feu d’artifice… 70 ans plus tard, Philip Mercer, géologue américain doublé d’un agent secret, fait ses barbouzeries tranquillement en Afrique. Et fait la rencontre d’une bandante scientifique enquêtant sur un village où les habitants accusent un taux de cancer phénoménal. Le couple en devenir, au milieu d’une lutte millénaire, pourra-t-il sauver le monde ? [ouais, pas moins]

Critique de Opération Ravage

Vous me connaissez en vacances. J’entreprends d’ouvrir les portes des bibliothèques de la location afin de me faire une idée sur le propriétaire. Lequel est ici un fieffé lecteur : à part du Marc Levy ou des thrillers (la plupart en anglais), il n’y avait rien. Aussi ai-je jeté mon dévolu sur le roman au titre et à la couverture les plus putassiers, avec en prime un auteur inconnu porté sur les techno-thrillers affublés du même héros insipide.

Ce héros, c’est le docteur Mercer, un quarantenaire autant musclé qu’intelligent, un être suprême avec ses petites faiblesses, notamment une vie sentimentale brisée ou la propension à descendre des vodkas tel un Eltsine avant une conférence internationale. Heureusement pour notre géologue, dès les premières pages il croise la pétillante Cali Stowe, petite rousse aux jambes fines et dotée d’une poitrine menue mais sympathiquement mise en valeur. Malheureusement pour nous, l’auteur sort des poncifs sur l’apparence de la belle toutes les deux pages, sans compter leur relation platonique à dégueuler de la guimauve – à la 200ème page, à peine un baiser à la commissure des lèvres, à ce tarif je me suis dit qu’il fallait attendre le sixième tome pour une cravate de notaire.

L’histoire ? Hé hé. Accrochez-vous parce Jack Van den Pu…euh Du Brul nous a concocté un mélange particulier à la hauteur du titre de son ouvrage. Sociétés secrètes qui se battent depuis des siècles ; courses poursuites à la recherche de filons de plutonium ; mystérieux Alambic de Skenterbeg qu’Alexandre le Grand (puis d’autres conquérants) a utilisé pour vaincre ses ennemis ; mots codés qu’Harry, vétéran de la WWII et ami de Mercer trouve en moins de deux ;  voyages en Russie/Afrique centrale/nord des States ; incompréhensibles fusillades qui dans un casino, qui dans une mine désaffectée (ah oui, sans doute le soleil accablant du sud, toutefois les descriptions de certaines scènes restent imbitables) ; bref ça part dans tous les sens.

Le style ? Le fauve a connu pire, disons qu’en faisant montre de bienveillance vous pourriez arriver à la fin sans séquelles apparentes. Mais cela reste vilainement poussif et souvent laborieux, si bien que lorsque j’ai compris en quoi consistait cette terrible menace (du plutonium, de l’uranium naturellement enrichi et prêt à péter), le bouquin fut prestement fermé. Dommage, et dire que l’intro sur le Hinderburg était la moins pire …comme une jeune femme prude qui vous allume pour mieux vous laissez en plan, la bite à l’air dans une chambre d’hôtel chèrement payée.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Comme vous l’avez noté, le sentiment tigresque est celui d’un insipide méli-mélo narratif. Déjà, les différents tableaux (les péripéties) sont amenés avec des transitions consistant à un débriefing dans la maisonnée de Philip Mercer, à partir d’indices aussi fins qu’une ficelle de string, laquelle se transforme en baobab narratif à peine plus prévisible qu’une blogueuse mode sous ecstasy. Et là, comme un cheveu sur la soupe, un des protagonistes se met en mode « wikipedia » et instruit ses comparses (et le pauvre lecteur que nous sommes) sur d’anciennes et vénérables institutions (les Janissaires, ouaiiiis), des notions de physique nucléaire mêlées d’évènements historiques allant des ésotériques quêtes nazies au terrorisme islamique, sans oublier l’indigence des médias faisant forcément le jeu de la terreur (oui, faut le lire pour y croire). Il ne serait pas étonnant que des esprits étroits férus de théories du complot se vautrent dans ce genre de littérature.

A toutes fins utiles, il y a un (autre) petit aspect qui m’a fait tilter : la manière quasi naturelle dont les protagonistes débarquent dans n’importe quel pays pour y apporter l’ordre. Certes ils interviennent moins souvent que les deux sociétés secrètes (dont je ne sais rien, n’étant pas allé assez loin dans le roman), mais il faut convenir que niveau ingérence c’est du très haut niveau. En moins de 48 heures, le gouvernement U.S. dépêche une équipe de gros bras (sous l’autorité naturelle de Mercer) en vue de récupérer tel ou tel artefact, ladite équipe affrontant des méchants déjà en place (ça sent le traitre). Lorsque le délai d’intervention est plus long, y’a même ce couillon de protagoniste qui se désole des lourdeurs administratives – oui, foutre le daroi chez les autres ne devrait pas consister en plus d’une feuille signée du Président des Etats-Unis.

…à rapprocher de :

– D’après ce que j’ai cru lire ici et là, ce brave Jack a semble-t-il amélioré son travail et aurait, dès 2015, accumulé quelques succès d’estime notamment avec Mirage.

– Sinon, ne comptez pas sur le félin pour vous donner, pour le moment, des titres se rapprochant peu ou prou du présent ouvrage. Je ne pensais pas dire cela un jour, mais le bon Dan Brown est à côté un écrivain hors pair (Anges & Démons ou Le Da Vinci Code, nom de Zeus…).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette chose en ligne ici.

Les Voyages du TigreLes vacances du félin ne sont guère reposantes. A cause d’une correcte poignée d’individus collée à leurs smartphones et au wifi du lobby, me voilà contraint de les interroger afin de saisir leurs plus intimes motivations. Après les trois premières curiosités (en lien), voilà les trois derniers personnages que le hasard a réuni sur le modeste blog.

Cas n°4 v.1.01 : Francesca et Stefano, le couple le plus attachiant de l’année

Il grand temps de vous introduire le plus clivant : Stefano et Francesca.

zombie-lobby-francesca-stefanoNon mais regardez-moi ces tourtereaux ayant déjà un pied dans la tombe. Contemplez l’état total d’avachissement de deux mollusques déjà éreintés par la vie et dont les yeux ne brillent que lorsque les icônes de leurs réseaux sociaux s’allument sur leurs téléphones de facture coréenne. Un regard, cinq secondes, et mon cerveau décelait déjà le prompteur narrant leur terrible histoire.

Stefano et Francesca sont du même village, et dès leurs seize ans leur intangible destin s’imposait : ils se marieront – en même temps, et s’agissant de bourgades perdues dans les hauteurs de la campagne sicilienne, le généticien local ne leur a pas vraiment laissé le choix. Intelligemment, ils ont laissé filer le temps avant de se mettre ensemble. Pendant quatre années, chacun a poursuivi ses études dans des villes éloignées. Quatre années à parfaire leur expérience amoureuse pour finalement se rendre compte que rien ne les séparerait.

A vingt ans, retrouvailles émues puis officialisation de leurs relations. Pas encore de mariage, au grand dam de leur famille et malgré cinq années de vie commune. Francesca n’est pas pressée, et Stefano n’a pas encore une situation assez stable selon les canons de sa région. Cinq ans, et déjà plus rien à se dire. Des heures passées dans le lobby à grapiller quelque chose sur le vaste web, peu importe ce dont il s’agit, ce sera toujours plus intéressant qu’écouter son compagnon. A leur décharge, le couple n’a rien de réellement bandant.

D’une part, Francesca n’est définitivement pas vraiment mon genre. Assez grande il est vrai, une paire de seins qui siérait mieux à un hôtel deux étoiles, hélas Fra-fra dégage une odeur de fadasserie achevée et renforcée par des formes plus flasques – la frontière entre le pulpeux et le flasque tient à l’activité physique sous-jacente de la personne. Cela n’aurait pas été dérangeant si derrière ce physique ordinaire une lueur de vie émanait de ses yeux. Que nenni, aucune étincelle de malice, seulement la résilience due à la connaissance d’un parcours trop balisé.

Quant à Stefano, il ne fait rien pour arranger la situation. S’il trouve sa Francesca davantage terne qu’autrefois, Stef’ ne s’imagine pas être responsable de cette catatonie. Les petites attentions du petit déjeuner ? Mécaniques. Les ébats enflammés d’antan ? Disparus. Les conversations et éclats de rires à n’en plus finir, tête contre tête dans le lit ? Passés au stade de la légende. Les cris de plaisir de Francesca ? Poussifs, elle ne fait même plus d’effort pour faire semblant de simuler. Elle refuse même les cuni dont elle raffolait avant. Stefano se sent impuissant et se laisse entraîner dans cette apathie caractéristique des mariages du siècle dernier. Bref, ça sent mauvais pour eux.

montagne-soleil-couchantCe couple n’est que tristesse, une publicité ayant mal tournée de jeunes branchés rigolant aux éclats face à l’écran de leurs smartphones. Du moins le pensais-je.

Parce que Grand-père ours, lisant derrière mon dos, a trouvé votre serviteur bien dur avec le jeune couple et m’a enjoint à discuter avec eux. « Au pire tu auras confirmation des conneries que tu écris et pourras même t’improviser conseiller matrimonial, au mieux tu modifieras leur histoire », qu’il m’a dit le vieux réac’. Dont acte :

Cas n°4 v.1.02 : Francesca et Stefano, le couple parfait

Stefano et Francesca se sont connus grâce à une application de rencontre en ligne. Le premier rendez-vous fut comme des dizaines d’autres, un peu gauche avec les questions d’usage (combien de frères ? ton expérience de ce site ? tes positions préférées ? plutôt mer ou montagne ?) et blagues usées jusqu’à la moelle (uh uh on dira à nos gosses qu’on s’est rencontrés dans un club échangiste). Mais le courant est passé.

Au second rencart, les masques sont tombés : ce sont de gentils nerds rarement heureux dans leurs vies amoureuses car ils voulaient toujours trouver mieux. Sauf qu’à un moment il faut savoir s’arrêter et regarder la situation en face : ils n’ont pas le physique de leur intelligence et resteront, pour l’instant, condamnés à regarder les plus beaux/belles baiser entre eux. Plus tard, quand le cerveau et la gentillesse seront à l’honneur, alors ils seront les rois du monde. Plus tard.

Cette courte analyse a payé. Deux ans à peine, et madame s’est installée dans le confortable F3 de Stefano. Pour les deux amoureux, aucun changement notable dans leurs habitudes. Certes Stefano termine moins ses soirées au fast food à côté de chez lui et que Francesca ne rouvre pas une deuxième bouteille de vin dans la même soirée, mais rien de notable ne rend la présence de l’autre insupportable. Ah si : chacun trouve que son compagnon passe un temps inconsidéré les yeux rivés sur son smartphone.

Juste pour prouver que j'ai vraiment vu du pays

Juste pour prouver que j’ai vraiment vu du pays

Francesca se défend en parlant de liens à maintenir avec ses amies maintenant qu’elle vit chez son amoureux ; tandis que Stefano se doit de se renseigner sur les dernières sorties de jeux de figurines afin de les faire figurer sur son blog – sacré Stefano qui a transformé son fan-blog d’une célèbre actrice porno tchèque en une insipide galerie photos de figurines warhammer et ce en moins d’un mois…

D’où le deal de toutes leurs vacances. Deux règles. 1/ Deux heures côte à côte pour purger notre addiction au smartphone nous passerons. 2/ Ledit smartphone dans la chambre autrement restera – sauf cas exceptionnel en cas de lointaine balade nécessitant un GPS. Un appel important pourra attendre la soirée. Troisième fois qu’ils appliquent leurs règles, et ça se passe merveilleusement bien. Que des avantages.

Tout d’abord, ils se parlent davantage et sont plus attentifs aux désirs de l’autre. Le réflexe de Stefano consistant à porter la main à sa poche droite s’est mû en cette même main droite se dirigeant, cahin-caha, vers la cuisse de sa compagne – laquelle manque d’amidonner sa culotte. Ensuite, les deux heures pour expédier leurs « obligations sociales » se font collés-serrés, et chacun peut voir ce que l’autre lit et/ou écrit. Confiance absolue.

Enfin, et le meilleur, en regardant le portable de son voisin, une conclusion s’est imposée : ils sont soumis aux mêmes articles, tweets, news, messages, bref les conneries environnantes. Leurs fils d’actualité ne reflète pas ce qui les intéresse, mais ce qui plaît à la populace. Partant de ce constat, Francesca et Stefano sont passés de deux heures de consultation le premier jour à une petite demi-heure au bout de quatre. Ils étaient à dix minutes de wifi quand je les ai importunés, et on a fini notre discussion autour du bar, téléphones éteints au fond de la besace.

Le Michelangelo, centre de désintox’ et temple du renouveau de la libido. Pas moins.

Cas n°5 : Antonio, nihiliste de carnaval

Le Tigre va presque ces vacances, très brièvement, avec celui qui l’énerve le plus : cet ingrat d’Antonio. Quel petit con.

zombie-lobby-antonioAntonio, qui a bientôt seize ans, tape sa crise d’adolescence. Il répond à sa maman. Il porte du noir. Il n’est plus dans le premier tiers de sa classe. Il écoute des musiques qui heurtent les oreilles les moins habituées à l’electro-sataniste et au retro-wave. Il présente une gueule de cocu. Et, pour ne rien arranger, cette salope d’acné est revenue en force.

Le félin ne sait pas vraiment ce qui se passe dans la tête à Toto, toutefois la désolation est grande de voir ce jeune homme, dont les parents se sont saignés pour payer le présent voyage, rester le cul plombé sur un sofa du lobby. Tout ça pour faire quoi ? Écouter de la musique en streaming (hé hé, son forfait n’est pas à la hauteur de ses prétentions numériques) tout en jetant quelques coups d’œil négligés (et bovins) sur des sites de tifosi. Même pas un regard pour la belle Soraya qui passe et repasse devant lui en roulant tellement du derche qu’on se demande si elle n’écrit pas avec ce dernier son numéro de téléphone (auquel cas, ce serait le 888-88-888).

Qu’Antonio fasse sa crise d’adolescence m’est indifférent. En revanche, qu’il n’en fasse pas une période mémorable me turlupine. Surtout dans un cadre si chèrement payé par ses géniteurs. Heureusement pour moi, Tonio comprend plutôt bien l’anglais et, avec le fauve, n’a pas à le parler sauf pour bredouiller un merci – merci les séries U.S. illégalement téléchargées. Après avoir analysé la situation (un adolescent qui se pourrit les vacances et est décidé à ne pas faire plaisir à ses vieux), Le Tigre est allé secouer les puces du jeune Italien.

Oui, je suis allé le voir en vue de lui enseigner l’art de faire une crise d’adolescence qui se respecte. Celle que je n’ai jamais osée faire. Premièrement, Toto n’a pas encore seize ans, pénalement il peut encore passer au travers les mailles des filets. Le moyen ultime de punir ses parents n’est pas que quelque chose arrive à Antonio, mais que par sa faute ces derniers en chient un max.

Deuxièmement, il pourrait commencer par ce que Le Tigre nomme « les basiques ». La fugue de 10 heures du matin à 22 heures, douze heures à se balader dans les environs prendre l’air, puis rentrer l’air de rien avec l’air réjoui – en excipant de sa batterie de téléphone morte et expliquant s’être perdu. Oublier ledit téléphone dans la chambre des parents, l’alarme à 4 heures prête à gueuler. Télécharger une application de télécommande universelle et zapper la TV de l’hôtel sur un film de seins. Débrancher le wifi (non, c’est trop hardcore pour certains).

Troisièmement, le fauve lui fit part de quelques autres idées prises à la volée. Des trucs un peu plus marrants pourvu qu’il ne se fasse pas stupidement goaler. En vrac : chier dans la piscine (« si ton caca flotte et reste uni Antonio, tu dois faire un vœu ») ; verser du pastis dans le tuyau des douches de dehors ; se branler dans les WC du lobby et juter dans le pot prévu pour se nettoyer les mains (« ta descendance sera potentiellement nombreuse et variée ») ; réaliser un courtois swatting (appeler la police et faire croire qu’une prise d’otages est en cours au Michelangelo) ; cacher des sachets de farine entourés de papier aluminium dans les valises qui attendent à la bagagerie (un pote l’a mal pris, il est fiché S depuis) ; subtiliser des appareils photos numériques le temps de prendre sa bite en photo ; etc.

Puis le féliné a terminé en le provoquant un peu : « Tonio, amico mio, si tu étais un vrai rebelle, si tu voulais réellement attirer l’attention des deux enculés qui se disent être tes parents, si tu avais des couilles en vérité, tu pourrais terminer ses vacances en beauté : prend le bus, arrête toi à la station du port, et balade-toi autour des yachts en demandant à cantonade quand part le prochain bateau pour la Syrie. Imagine ton nom affiché dans les pages « divers » du canard local. Prévoit d’en acheter une centaine d’exemplaires afin de les offrir à tes potes. Tu verras le succès ».

Antonio est hélas rentré dans le rang. Il s’est dégonflé. A croire que la lueur mystique dans mes yeux pendant que je m’entretenais avec lui l’a soigné – en lui montrant qu’il existe des maux plus grands sur cette planète. Même pas capable de foutre la merde dans un hôtel avec panache. Antonio est une déception sur pattes.

Conclusion – cas n°6 : Le Tigre, éternel touriste littéraire

Et les plus de quarante ans ? A part John Paulo, rencontré dans la première partie, impossible de trouver des spécimen de cet âge. Car ils ont tout compris.

Clique, c'est de la bonne

Clique, c’est de la bonne

Maintenant que votre serviteur a terminé par ces tranches de vie, je vous entends tous ricaner un « et toi cher Tigre ? Toi qui es aussi régulier sur le vaste web, n’a-t-il pas été trop dur d’abandonner tes amis zombies le temps de prendre une photo ? ». Point du tout cher lecteur. Je n’ai rien à voir avec eux. Mais alors strictement rien à voir.

Merde, je me sens obligé de me justifier. Vous faites chier.

Les vacances du Tigre tiennent en deux articles de plus 2.000 mots. Allez, 5.000 en tout. Disons qu’une semaine se décompose en cinq journées de labeur. 1.000 mots par jour, soit une petite heure dès lors que pendant la journée j’avais une idée plus ou moins précise de ce que je vais déblatérer. Quand trouver pareille heure ? Pas au réveil, parce qu’à l’heure du lever je dors. Pas au déjeuner, l’entretien du bronzage tigresque étant en jeu. Ni pendant le quatre heures, occupé que je suis à m’imaginer anulinguer Soraya. Avant le dodo, je suis en général trop beurré pour écrire quelque chose de suffisamment cohérent.

Reste le créneau préféré du félin, le petit 19.30-20.30, la plage horaire de la mise en beauté. Après avoir bien transpiré sur la plage/les pavés, la famille de votre serviteur, un peu après dix-neuf heures, décide de se séparer le temps de se préparer pour le dîner. Pour le félin, ça consiste en une douche de deux minutes et étaler de la crème hydratante sur le corps (plus une crème spéciale piquée à mère-lynx pour le visage) pendant trois minutes. Je n’ai aucune idée de ce que font les autres, mais ça leur prend plus d’une heure.

Une heure pendant laquelle je vous écrits présentement, l’air fiévreux. Je ne m’arrête que toutes les douze minutes pour prendre une gorgée de cocktail. Et, dès que la famille du félin est dispos et pomponnée, je m’octroie à peine deux minutes de rab pour terminer mon chapitre. Et le laisse en l’état. 1.000 mots prêts à être publiés par jour.

J’en prends pour preuve ultime l’état déplorable de ce billet. Pondu d’un presque seul jet avec comme moteurs l’envie d’en finir et l’imagination du barman, inutile de vous préciser que le texte fut autant relu et corrigé que les épreuves de la dernière bouse de Bernard Henri-Léger.

Morris & Fauche & Léturgie - L'Amnésie des DaltonSur-titre : Lucky Luke. Et si des Dalton amnésiques pouvaient être réellement honnêtes ? Quiproquos, tentatives de fuites, procès digne de ceux de Moscou, Jean Léturgie et Xavier Fauche se sont fait plaisir. Hélas, pour cette énième aventure du cow-boy solitaire accompagné des quatre bandits, les auteurs ont eu une idée fort mignonne mais surexploitée jusqu’à la nausée.

Il était une fois…

Les Dalton, pour changer, font de la spéléologie horizontale au sein du pénitencier dans lequel ils ont un abonnement à vie. En bons touristes de l’évasion, ils se retrouvent dans la cellule d’un certain Burns. Lequel reçoit, comme par hasard en pleine nuit, la visite du directeur et d’un autre gars lui annonçant la bonne nouvelle : en raison de son état amnésique, Burns n’est plus le même homme qu’autrefois. A ce titre, il n’est plus responsable de ses crimes d’antan. Il est donc libre. Joe Dalton a alors une idée…

Critique de L’Amnésie des Dalton

Voilà un tome qui ne mange pas de pain, relativement correct mais sans ce petit plus qui en fait une aventure digne d’être relue. Faut dire que tout tourne autour d’un gimmick : un coup savamment placé sur la tête fait perde la mémoire. De là, toute la narration est mise en place.

Les vilains Dalton veulent donc faire semblant d’être amnésiques, à la suite d’une explosion provoquée par eux, afin de sortir définitivement de zonzon. Néanmoins, ils ignorent deux détails : déjà, ce con d’Averell va réellement être atteint. Et c’est un presque légume – déjà que ce n’était pas fameux à l’état normal. Ensuite, le directeur, appuyé du gouverneur de l’Etat, ne veut prendre aucun risque au cas où les frèrots recouvreraient leur mémoire de criminels. Pour cela, l’intarissable Lucky Luke les accompagnera.

Bien sûr, Lucky ne croit pas une seule seconde à leur rédemption médicale et entreprendra, à de nombreuses reprises, de les tenter. Il a même un mandat des autorités pour simuler des attaques de diligences, banques, trains afin de réveiller leurs bons vieux réflexes. Sans succès ou presque puisqu’au cours de leurs pérégrinations, des tapes sur la tête des protagonistes (sauf le héros) entretiennent la confusion.

Pour les plus jeunes lecteurs, il n’est point difficile de détecter tout de suite lorsqu’un individu joue la comédie ou non (air hagard, donnant du « Monsieur ? » à qui mieux-mieux), cependant le félin a eu la sensation de lire une suite de gags (fort amusants il est vrai) dont les transitions demeurent pauvres – mis à part les dernières pages qui rehaussent largement l’intrigue avec un Averell en avocat surprenant de vérité malgré lui.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Hum, le félin hésite à sortir l’artillerie pseudo-intellectuelle. Lucky Luke le mérite certainement.

Si j’évoquais brièvement la plaidoirie ratée d’Averell, c’est qu’il pointe un sujet redondant dans ce tome : les Dalton sont-ils condamnés à demeurer des criminels ? A priori oui, et même en se forçant à être honnêtes le naturel revient au galop. Imaginez, les mecs doivent filer doux pendant quelques jours, il en va de leur liberté. Et bah non, y’a toujours un couillon pour commettre un menu larcin (couverts dans un resto, etc.). Du coup, on ne sait plus quelle est la part de génétique ou de bêtise responsable de leur impulsivité (peut-être un peu des deux). Inné : 1. Acquis : 0. Round suivant.

L’air de rien, cette aventure traite d’une pathologie qui doit bien exister. Mais la théorie tigresque est bien plus intéressante. Celle-ci s’appuie sur le cas de Rantanplan qui, pendant les 48 pages de l’aventure, se comporte comme un chat en raison d’un traumatisme semblable à celui que reçoivent de temps à autre les Daltons. Pour ces derniers, le résultat est une apathie totale, des automates incapables d’initiative. En fait, il s’agit de leur « moi » profond tel qu’il aurait dû se développer si Ma Dalton ne les avait pas éduqué à commettre le pire. Au lieu de ça, une personnalité maléfique s’est « imprimée » sur leur esprit certes simple, mais gentil. Rantanplan/Chat = Dalton/gentil, tout colle.

…à rapprocher de :

– Le blog traite de quelques aventures de Lucky-Luke, jugez plutôt : Le Grand Duc ; Chasseur de primes. ; Les Dalton à la noce ; etc.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette BD en ligne ici.

Philip Kerr - Les Ombres de KatynVO : A Man Without Breath [et oui, Kerr n’est pas Allemand]. En Russie, les Allemands commencent à déterrer quelques cadavres dans une certaine forêt près de Katyn. Ce seraient des Polaks assassinés par les Soviétiques… Comment pondre un livre blanc un tant soit peu objectif sur ce que les Allemands pourraient trouver ? Voilà un job pour un ancien policier qui ne porte pas les Nazis dans son cœur…

Il était une fois…

Smolensk, 1943. Les Nazis n’iront pas plus loin en Russie, la défaite de Stalingrad ayant cassé leur bel élan. L’hiver est sur le point de se terminer, et un bruit court dans le coin : des milliers de cadavres seraient enterrés dans la forêt de Katyn, et ceux-ci auraient été tués par le NKVD (équivalent de l’époque du FSB). Goebbels y voit une occasion de plus d’enfoncer les Russkofs et pour cela dépêche le bureau des crimes de guerre, organisation la moins subjective du Reich Millénaire. Il va falloir la jouer fine.

Critique des Ombres de Katyn

Retrouvons le sempiternel Bernard Gunther, policier à la crim’ de Berlin, devenu courant 1943 modeste enquêteur au bureau des crimes de guerre, vieille et noble institution en charge de faire la lumière sur les atrocités commises par les…armées (non pas par les organisations nazies qui pullulent autour du champ de bataille). Il est alors question de faire quelques investigations près de Smolensk, et faut se grouiller parce que les Russes risquent dès l’été de recouvrer le contrôle de la zone.

Günther est un protagoniste fort sympathique, un des rares à prendre la mesure de la folie furieuse qui habite les dirigeants du pays – avec quelques autres rencontrés ici et là. Armé de ses réflexes d’ancien flic et d’un cynisme qui peut choquer ses contemporains, Herr Günther a le don d’attirer à lui un nombre impressionnant d’évènements historiques et de s’en sortir scandaleusement indemne.

Et c’est sûrement là où le roman pêche bien que le style demeure correct, si on laisse de côté quelques dialogues vaseux entre personnages qu’on n’imagine peu portés sur les confidences et des passages nettement longuets vite pardonnés eu égard la taille du roman. Car les péripéties et éléments des conflits portés par les fascistes s’enchaînent, que ce soient les exactions commises pendant la guerre d’Espagne (avec une charmante intervenante) aux différents attentats visant Hitler, en passant par la gestion d’une population russe hésitante entre la violence aveugle de l’occupant et le souvenir de la barbarie des services secrets soviétiques.

Au final, en quelques semaines, le héros fera de nombreux allers-retours entre l’Allemagne et la Russie, sera le prévenu d’un tribunal monté en deux-deux, participera à une périlleuse opération de déminage dans une crypte où se cachent des documents sur le putzer (l’aide de camp local) de Von Kluge, enquêtera sur deux assassinats, gâchera un futur grand amour, et tant d’autre. Tout ceci de mars à mai 1943, ainsi à ce rythme, on se dit que Kerr peut encore proposer un joli paqueton de romans mettant en scène un héros dont la polyvalence n’a d’égal que le bol de nouilles sur lequel il semble assis.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le titre renvoie évidemment à un épisode particulièrement tenu secret de la seconde guerre mondiale, un massacre dont la Russie n’a confirmé l’existence qu’au début des années 90. Celui de milliers d’officiers et notables Polonais dans une forêt près de la ville de Katyn. Les Allemands, enfin le père Goebbels (guère suivi par les huiles du régime) dépêche une équipe de juristes jusque-là endormie pour pondre un livre blanc (un truc officiel à envoyer aux Nations). Pour cela, on fait appel à des sommités internationales (qui d’un docteur légiste français, qui de la Croix-Rouge suisse quand même, etc.) pour rendre l’opération la moins sujette à caution.

A tout hasard, deux passages du roman évoquent les nombreux essais d’assassinat du Führer. Et, comme par hasard, le héros est un témoin privilégié de ces épisodes – historiquement vérifiées. Notamment la bombe qui n’a pas explosé dans un avion transportant Hitler en raison de l’altitude, ou une tentative ratée dans un musée à caus d’un Adolf pressé quittant précipitamment ses hôtes. Derrière ces échecs de la dernière minute, des militaires tels le colonel Gersdorff colonel ou Hans von Dohnanyi, officiers sachant que tout est perdu et que l’honneur (et la survie) de la Wehrmacht et du pays peut être encore réhabilité.

…à rapprocher de :

– Tigre est la première groupie française du bon Kerr. Si cela devait achever de vous convaincre : La Trilogie berlinoise d’abord, un doux plaisir qui nous introduit à son héros de premier plan, Gunther. S’ensuivent La Mort, entre autres ; Une douce flamme ; Hôtel Adlon ; Vert-de-gris ; Prague fatale, puis le présent roman, etc.

La Paix des dupes se doit également d’être lu (correcte uchronie sur la conférence de Téhéran).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

 

Les Voyages du TigreDans les modestes hôtels sis à côté de plages et de merveilles ensoleillées sévit une population aussi inquiétante que glauque. Des êtres agglutinés dans l’ombre, collés à de petits écrans et mendiant des données numériques tandis qu’autour d’eux se passe quelque chose dont ils ignorent tout : la vie.

Nomophobie au paradis

Le Tigre, l’éternel aventurier de l’inconnu, le Henri de Monfreid de la banlieue, l’inénarrable  explorateur des zones les plus dangereuses de ce bas monde (après le salon du livre), téméraire voyageur circulant sans sa carte vitale, a été contraint de suivre son clan en Sicile. Ou en Sardaigne. Une île en méditerranée qui porte le nom d’une pizza. Un espace où un terme sur deux est compris et où rajouter un « issima » ou un « o » à la fin d’un mot fait plaisir à l’autochtone.

Avant d’attaquer le vif du sujet, laissez-moi vous entretenir deux secondes de l’environnement. A tout hasard, vous trouverez quelques photos prises depuis le smartphone tigresque – disons que, en termes de sauvegarde numérique, la confiance est davantage portée sur le présent blog que sur un téléphone qui a plus d’une fois manqué de tomber à l’eau.

Déjà, un hôtel plus que correct. Moins de 50 chambres, assez de clients pour danser le rock avec une personne femelle différente chaque soir et espérer pouvoir en chevaucher une avant la fin du séjour sans que cela fasse scandale dans l’établissement. Juste ce qu’il faut de luxe récréatif : piscine plus grande que mon appartement à Paris, un jacuzzi dont la température dépasse celle de ma pisse un lendemain de cuite…et surtout la plage à moins de 200 mètres. Exactement ce dont le félin raffole. Pouvoir sortir pied nu et à moitié à poil de sa chambre et savoir qu’on arrivera à la plage encore auréolé de son glory morning (la gaule du matin, pour les connaisseurs), ça n’a point de prix.

Après trois pintes, mon téléphone rend bien compte de ma vue

Après trois pintes, mon téléphone rend bien compte de ma vue

En outre, quelques agréments inhérents aux voyages organisés en famille doivent être pris en compte : la demi-pension du soir avec le karaoké à volonté ; le barman qui ne réagit pas lorsque je commande mes spritz en donnant dix numéros de chambres ; père-ours qui paye son limoncello aussi régulièrement qu’il bave sur la réceptionniste ; sœur-panthère qui partage ma chambre et arrête de ronfler dès que je la bifle. Et que dire de l’absence totale d’anticipation quant à la préparation du séjour, laquelle n’est ici aucunement sanctionnée – crème solaire, dentifrice, crèmes hydratantes, produits de beauté dont le fauve ignorait l’existence, il n’y a qu’à se servir dans la sororale trousse.

Bref, mon esprit était dans un tel état de décontraction que je ne pensais pas une seule seconde bloguer pendant ces jours de bonheur. Mais c’était sans compter le point wi-fi près de l’accueil.

Ce wi-fi doit être la condition sine qua non, pour certains, de leur consentement à réserver dans cet hôtel. L’équivalent de l’eau de source qui coule au milieu du datadésert du village italien. C’est à cause de ce truc que je vous écrits le présent billet, accessoirement. Ce spot internet dans l’hôtel Michelangelo, c’est le dieu Janus en personne : une fois il te sourit en te rattachant à ce que tu penses être la civilisation, mais deux secondes après t’éloigne de l’essentiel, de l’instant présent et de tes proches. Ce putain de spot est une purge, une zone qui mérite un exorcisme régulier après la période des vacances. Car il s’y passe des choses peu chrétiennes.

zombie-lobby-antonioVoilà à quoi ressemble le lobby du Michelangelo. Cette photo a été prise entre 9 heures du matin et 20 heures. Analysons ensemble ces étranges créatures immanquablement courbées sur leurs tablettes, téléphones et petites cuillères chauffées par un briqu…ah non ça c’est mon dernier séjour en Grèce. Que font elles donc ? Point de philosophie de comptoir, place à la littérature ! Parce que Le Tigre n’a eu que le temps de taper la discute avec une petite dizaine de résidents, et que seule la moitié a quelque chose d’intéressant à raconter, voici cinq histoires à méditer.

Cas n°1 : John Paulo, workaholic malgré lui.

zombie-lobby-john-pauloAvec l’ordinateur, j’ai l’honneur de vous présenter John Paulo. John est le moins pire de la bande. Le visage de John marque vite en présence du soleil, le pauvre ne doit pas avoir pris de vacances depuis au moins cinq ans. Mais pourquoi ? John Paulo travaille en tant que développeur web dans une start-up qu’il a montée avec sa femme d’avec qui il a depuis divorcé.

C’est une partie de la force de ce couple qui a su à peu près séparer vie professionnelle de vie familiale – ne pas avoir d’enfant a indubitablement aidé. Les relations entre les deux associés restent cordiales et se limitent à parler boulot (lorsque cela est strictement nécessaire) de 9 heures à 20 heures. Mais John a la légitime paranoïa qu’Isabel, son ancienne chère et tendre, s’apprête à lui faire le même coup de pute qu’elle lui a fait en tant qu’épouse – je n’ai pas demandé en quoi cela consistait. C’est pourquoi John, sur le qui-vive, ne préfère pas prendre de temps mort. Et ça le ronge salement.

Parce que Jipé n’était pas loin du burn-out et qu’il accusait d’inquiétants tremblements dans les gestes de la vie de tous les jours, Isabel lui a posé un ultimatum : soit elle active la clause de shotgun sur les parts de l’entreprise (en tant qu’avocat, le félin raffole de ces clause : leur rédaction est de pure beauté), soit John Paulo prend dix jours de vacances pour se ressourcer. Non négociable. John n’a pas la même puissance financière que son ex salope (ce sont ces mots hein), aussi a-t-il pris le premier hôtel que lui proposait l’agence de voyage en bas de chez lui.

Le voilà donc m’expliquer ce qu’il fout sur son ordi : John a tenu à être en copie de tous les mails qu’Isabel balance aux clients et fournisseurs. Il PEUT gérer son entreprise depuis le Michelangelo, en aucun cas sa mise forcée au placard doit être connue de ses interlocuteurs. C’est pourquoi il prépare, pendant quatre heures par jour, des projets de courriels d’une rare banalité qui seront automatiquement envoyés au cours de la journée.

Mais que faire de son temps libre? John erre comme une âme en peine. Il se sent atteint du syndrome du cordon ombilical. Le spot wi-i est le vagin maternel d’où est gazouillé son avenir, l’endroit où tout peut basculer le temps de chargement d’un mail. A peine fait-il dix longueurs dans la piscine qu’il imagine une fieffée Isabel convoquant un Conseil d’Administration pour le démettre de ses fonctions. Il choisit ses plages horaires de masturbation à l’heure du déjeuner et pendant le goûter car Isabel s’octroie toujours une petite demi-heure vers 17 heures. Cela est amplement suffisant pour oublier, le temps d’un pénible giclement, les impondérables de son fébrile statut d’autoentrepreneur.

Voilà de John Paulo – au passage, je n’ai rien bité au principe de sa start-up, ce ne sera pas le prochain whatsapp.

Cas n°2 : Soraya, dite « B4 » (Bandante Boudeuse en Bikini Bleu)

zombie-lobby-sorayaAu milieu, ma préférée. L’objet de quelques lubies lubriques de certains résidents, le petit fantasme aussi sûrement irréalisable que ma belle-mère sur un canot pneumatique sur une mer avec un vent de large. C’est Soraya. Je l’imagine à peine majeure, moins de vingt ans, qui vient de passer l’équivalent du baccalauréat et pressent que le meilleur reste à venir. Il faut le reconnaître : Soraya a de l’avenir en tant que femme désirable, en attendant elle fait l’effet d’un abricot encore acide mais suffisamment moelleux pour ne pas se dire qu’il est trop tôt pour le croquer.

En effet, quoique fraîche et exhalant l’innocence, Soraya a déjà cet air de la femme prête à prendre les choses en main pour tirer la substantifique moelle de ses contemporains masculins. Ses œillades à la dérobée, éloquentes, hurlent l’ennui et la propension à l’amusement, hélas rien ne la tente au Michelangelo.  Rien ne l’intéresse, tout ça parce que ma petite Soraya est dans un mauvais état d’esprit. A sa décharge, les parents de Soso ont mal choisi leur semaine.

La belle gosse à la poitrine déjà imposante vient de terminer ses études, et se voit extraite de ses amies avant même d’avoir pu fêter ensemble leur réussite. Au surplus, notre jeune amie a un problème de taille : cette semaine de villégiature en famille tombe en pleine période de…enfin vous voyez le topo. Soraya est encore trop jeune et n’a pas compris les doctes explications félines sur ce phénomène – à savoir que ça ne l’empêcherait ni de nager, ni de se balancer sur un mât de cocagne (la sexuelle métaphore ne fut guère comprise) avec Eros Ramazotti comme fond musical. Rien à faire, Soraya est grognon.

D’une part, elle estime qu’il n’y a strictement rien à foutre à dix kilomètres à la ronde – à part la plage qui, reconnaissons-le, reste trop exiguë pour ses royales ambitions. Elle n’a pas complètement tort dans la mesure où la ville la plus proche est à douze kilomètres. Et qu’un bus passant toutes les demi-heures peut l’y emmener. Plages dignes d’une série TV, bars sympas, salle de cinéma, rue commerçante affichant un bon kilomètre de longueur. Mais Soraya ignore tout cela.

D’autre part, il n’y aurait personne autour d’elle. Elle ne les voit pas, ce sont des fantômes à peine esquissés qui ne vaillent pas la peine de se sortir les doigts du cul. Discuter avec ses potes via Messenger est bien plus excitant.

Soraya ignore en fait ce qui se passe autour d’elle. Personne gravitant à ses côtés n’ose te déranger en raison de sa moue néo-boudeuse et de ses jambes bronzées qu’elle croise et décroise avec une érotique indifférence et la gueule de trois kilomètres qu’elle tire lorsque le wi-fi se fait paresseux.

Comment je regarde Soraya

Comment je regarde Soraya

Comme je le disais, Soraya n’a pas vu la dizaine de beaux mecs, de seize à trente ans qui passent devant elle et sortent subrepticement ce qu’il leur reste d’abdominaux – voyez comme le fauve s’est rapidement exclu de la population. De braves gars qui ne demandent qu’à trouver une échappatoire et n’échanger que quelques mots avec une belle inconnue. Aucun harcèlement ne leur viendrait à l’esprit, peut-être seulement de quoi, pour certains, s’emplir les mirettes de sa silhouette afin de charger leur banque de données visuelles pour de futurs plaisirs solitaires.

Mais Soraya, irrémédiablement attachée à ses copains de lycée, ne parvient pas à délaisser son smartphone, sortir du lobby et nous rejoindre pour la partie de beach volley.

Soraya, fais attention : d’ici sept bonnes années, faudra te bouger un peu plus le popotin.

Cas n°3 : Heike et Julia, les sœurs sourires

[s’agissant de deux fillettes, votre serviteur a évité de prendre le tableau en photo. Passer le reste des vacances chez les carabinieri en attendant une mise en examen pour des trucs peu ragoûtants aurait fracassé l’évolution de mon bronzage]

Le présent cas est un peu particulier, le félin ne savait pas vraiment quoi en penser. Heike a moins de dix ans, un sourire d’ange et des tresses militairement effectuées par sa maman. Sa petite sœur, Julia (prononcer « djoulyia »), affiche largement moins de quatre ans à la balance et tient à peine sur ses pattes. Je vois ces deux petites dans le lobby relativement moins souvent que les autres zombies, mais davantage dans les couloirs de l’hôtel et autour du petit bain à dix mètres de la piscine.

Après deux jours, il m’a été possible d’établir un schéma de leur déplacement, lequel est aussi statistiquement certain que le cycle lunaire : elles vont toujours tout droit jusqu’à rencontrer un obstacle. Il appert qu’Heike est la grande sœur parfaite. Elle adore le petit morpion qui la suit comme son ombre et l’entraîne à la découverte du Michelangelo. Dès qu’une difficulté se présente (qui d’un escalier, qui d’une lourde porte à battants), Heike porte Julia et les voilà qu’elles franchissent ensemble la difficulté. Pendant une heure, Heike fait une visite guidée du majestueux labyrinthe que représente, à leurs yeux, le Michelangelo – le félin, en rentrant fin bourré du bar voisin, a une idée de l’aventure que cela peut représenter pour elles.

Juste pour prouver que je ne glandais pas à l'hôtel

Juste pour prouver que je ne glandais pas à l’hôtel

Au début, Le Tigre pensait que l’aînée cherchait à semer sa petite sœur qui, avouons-le, a autant d’autonomie qu’un homme politique en situation de crise – là où tout n’est que cris et réflexes primaires. Il n’en est rien, Heike attend patiemment sa Julia jusqu’à la prochaine étape, on dirait deux membres d’un commando dont un est mortellement blessé. Voir ainsi évoluer le clan ne peut que faire fondre le cœur. Puis, quand les petites sont fatiguées, celles-ci récupèrent l’iPad de papa pour jouer à Candy Crush dans le hobby.

Et leurs parents ? Le félin a été contraint de les espionner pour savoir de quoi il retourne. Et ce n’est point beau. Les géniteurs des deux blondinettes sont de sacrés égoïstes. Disons qu’ils pensaient se faire cette semaine juste entre eux, et qu’au dernier moment, incapables de caser leurs filles dans un centre aéré, ont dû demander à ajouter deux couches à leurs chambres.

Pour autant, cette nouvelle configuration ne semble pas avoir modifié les habitudes du frétillant couple. Ce n’est pas que leurs progénitures est dans le coin qu’ils ne vont pas continuer à s’envoyer en l’air. Le jacuzzi près de la piscine ? Un appetizer pour se chauffer au vu des autres clients – je vous avoue que ça m’a correctement remué le bas ventre, même si les râles de plaisir de Madame sont, en allemand, moins attirants. Puis, lorsque la température est assez haute, les deux Teutons filent plus ou moins discrètement vers la chambre 23 (celle dont la fenêtre donne sur un buisson d’où il est possible de se cacher) afin de se finir.

Oui, sans même vérifier si leurs filles vont bien. A peine un coup d’œil vers la piscine pour s’assurer qu’un employé du Michelangelo surveille la zone. Le bruit de Julia et Heike suffit à éteindre leurs craintes, et il convient de reconnaître qu’elles sont indépendantes pour leurs âges.

Mais pourquoi ne pas avoir embauché une baby-sitter qui aurait accompagné la famille ? Car ils n’ont pas pu dégoter de jeune fille au pair pour garder leurs filles. Et ce en raison de leur réputation qui, inexorablement, les poursuit : les parents d’Heike sont des triolistes particulièrement portés sur les femmes aux airs d’adolescentes. Cela amuse follement Madame (professeur dans un Gymnasium) tandis que Monsieur est, dans cette configuration, le dernier à se plaindre.

Comment le fauve peut-il savoir ça ? Tommy me l’a dit. Tommy, c’est un mec rapidement croisé à la piscine. Tommy m’a tapé les côtes avec le coude en me montrant, d’un bref hochement de menton, le couple d’Allemands. « Hé qué ? », lui ai-je demandé dans un italien à peine hésitant. Puis Tommy a sorti son téléphone, a lancé une session en navigation privée et a lancé une vidéo trouvée sur un genre de site que personne n’avoue consulter. Je vous laisse deviner ce qu’il se passait dans ce court film.

Évoquer un « film » est sans doute inadapté. Quoique, on a tous vus des films avec des scénarios qui ne tiennent pas la route. Ou dotés de bandes sons dégueulasses. Peu d’œuvres cinématographiques sont en revanche constituées d’un unique plan – ah si, y’a Victoria, que je vous enjoints à regarder. Celle que Tommy m’a montré est plutôt sale, et sans sous-titre. Toutefois, Le Tigre a pu constater, malgré lui, un certain respect de quelques règles narratives : présentation rapide des protagonistes, élément déclencheur (la punition de la baby-sitter), quelques péripéties, et l’heureux dénouement. Ne comptez pas sur moi pour vous donner le lien de la vidéo.

Conclusion de la première partie

Mes talents de photographe s'arrêtent ici

Mes talents de photographe s’arrêtent ici

On a tous nos raisons pour contempler, plus que de raison, une tablette/ordi/smartphone lors de séjours d’agrément. En voici quelques-unes pour vous distraire. Attention, le présent billet n’a aucune ambition pour expliquer (ou déceler) les motivations profondes de l’homo numericus, et encore moins pour donner un avis. Rien que l’imagination et l’improvisation en jetant un coup d’œil négligent sur ses contemporains. D’où l’abondance assumée de stéréotypes.

A propos de négligence, celle du Tigre est proverbiale : dans le billet en lien, le félin poursuit ses fines analyses à peine imaginaires de trois autres individus (dont l’auteur de ces lignes…).

Au surplus, je m’aperçois que je parle beaucoup de cul dans ce genre de billets, on mettra ça sur le compte de la chaleur et de savoir les griffes de la tigresse à des milliers de kilomètres de là – message pour tigrasse si elle me lit (ce dont je doute fort) : ne me fais pas de crise de jalousie sur Soraya. Je ne suis resté que simple spectateur de cette jeune femme qui ne t’arrive pas à la cheville. Vraiment. Par exemple, elle est dotée d’un inélégant grain de beauté sur la fesse droite, sans compter ses mamel…bon, on en reparle à mon retour.

Robert Crais - Deux minutes chrono[VO : The Two Minutes Rules]. Un ancien taulard à la recherche des meurtriers de son fils aidé d’une ancienne du FBI qui reprend du service (officieusement), imaginez les liens complexes qui peuvent se nouer. Enquête rondement menée dans le milieu peu net du LAPD, style plaisant et fluide, néanmoins tout ceci ne casse pas trois pattes à un canard.

Il était une fois…

Copier-coller de l’éditeur (je vous expliquerai pourquoi dans la partie suivante) :

« Il existe une règle d’or chez les braqueurs de banque : ne jamais rester plus de deux minutes sur le lieu du crime, sinon direction prison. Max Holman en a fait les frais…

Dix ans plus tard, lors de sa libération, il s’apprête à renouer avec son fils Richie dont il ne sait plus rien, sauf qu’il est devenu policier. Mais au lieu des retrouvailles, il découvre que Richie a été abattu en service.

Déterminé à le venger, Max se met en chasse des meurtriers et fait appel à la dernière personne en qui il a encore confiance : Katherine Pollard, ancien agent du FBI, celle-là même qui l’avait arrêté. À eux deux, ils vont mettre le doigt dans un engrenage infernal où sont impliquées des huiles de la police de Los Angeles… »

Critique de Deux minutes chrono

Nul besoin d’en rajouter avec ce quatrième de couverture plus que complet. Trop peut-être. Car lorsqu’il est dit que les grosses huiles de la flicaille de L.A. sont plus ou moins concernées par ce qui se passe, on peut facilement se douter qu’il est question de manœuvres peu nettes au sein de l’institution policière. Et; l’air de rien, les ficelles tirées par l’auteur américain apparaissent encore plus grosses que d’habitude. Les vilains par leurs comportements ne le sont pas tant que ça, et (forcément) ceux qui apparaissent inoffensifs vont réserver leur petit lot de surprise.

Pour faire simple, ce roman est celui de deux parcours d’un certain « retour à la vie ». Recouvrer la liberté pour Max Homan, ancien braqueur gentleman qui en a gros sur la patate et a hâte de retrouver un fils – Richie, fraîchement policier et qui ignore superbement son criminel de paternel. Sauf que le fiston s’est fait buter avec trois autres flics dans des circonstances assez bizarres. Pas le meilleur moyen pour une réintégration, dont les étapes sont plutôt bien décrites – le correspondant permanent, la liberté progressive, le premier logement dans un hôtel tenu par un gentil connard, etc. Et cette question lancinante : le meurtre de son fils est-il en rapport avec une bande de braqueurs de bas niveau décrits en début de roman ? [accessoirement, la réponse est oui]

Quant à Kat’ Pollard, on sent l’ex flic un peu en chien (travail et vie amoureuse) qui ne semble plus savoir à quel saint se vouer – divorcée, sans tunes, deux enfants à charge, ça fleure la défaite. Rien à voir avec la blondasse de la couverture qui tient un téléphone (cette dernière personne ne correspond à RIEN dans le roman). Katherine secondera Max et, grâce à ses relations au sein du FBI, lèvera quelques lièvres et attirera l’attention sur elle – notamment vis-à-vis de son ancien boss avec lequel une relation père sévère/fille apeurée semblait s’être installée. La plus-si-jeune-ni-belle femme apprendra à connaître Max, ancien ennemi, aussi une curieuse relation s’installera entre eux – d’une confiance limitée à un soutien mutuel bénéfique, avec juste ce qu’il faut de tension sexuelle.

Que penser de cet ouvrage ? Bon, cela n’a beau pas être ennuyeux, toutefois Deux minutes chrono n’a ni la puissance ni profondeur d’un polar à la Robert Crais. Comme si ce dernier avait pris une pause et s’était contenté de son écriture efficace (moins de 500 pages qui se laissent lire facilement) pour un scénario assez plat. Sans doute parce que Elvis Cole et Joe Pike, héros traditionnels de l’écrivain américain, n’ont rien à voir avec le présent titre. Voilà donc de quoi reposer son cerveau et se laisser entraîner par ce one-shot sans envergure.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Deux minutes chrono. Pas une de plus. Il ne s’agit pas des exploits sexuels de votre serviteur (douche comprise) avec les femmes de ses amis blogueurs, mais d’une règle supposément connue de tout voleur de banques.  Celle qui veut que dès que vous entrez foutre la merde dans une banque, un salopiaud donnera forcément l’alarme. La maréchaussée arrivant assez rapidement, tout braqueur qui se respecte aura au mieux 120 secondes pour faire son office. Max Homan s’est fait prendre parce qu’il a eu la décence de revenir dans l’établissement sauver un couillon en pleine crise cardiaque. Il se servira de cette règle des deux minutes, au cours du roman, pour sauver ses petites fesses.

Père braqueur de banques, fils qui venait de rejoindre la police. Trivialement se pose la question de la reproduction des tares génétiques. Richie était-il un pourri, auquel cas la devise « tel père tel fils », terrifiante, serait vérifiée (et ce au plus grand dam de l’ex-femme de Max, décédée) ? Un père qui a perdu dix piges en zonzon et dont le peu d’espoir repose sur un fils imaginé comme intègre peut-il supporter de le savoir comme un ripou ? La survie éthique du vieil héros semble reposer sur un fiston idéalisé, et ses découvertes lui offriront un ascenseur émotionnel qui se terminera, happy end oblige, par une douce libération : Holman Jr. était une sorte d’agent double devant se faire passer pour un corrompu. Presque comme son père, qui fut un temps délinquant mais semble être sur la voie de la rédemption.

…à rapprocher de :

– De Crais, il faut surtout saluer les romans mettant en scène les éternels Elvis Cole et Joe Pike. Dans l’ordre de parution, ça donne : Indigo Blues ; L.A. Requiem ; Le Dernier Détective ; L’homme sans passé (mouais) ; Mortelle Protection (malgré le titre à la con, c’est cool) ; A l’ombre du mal ; Règle numéro un ; etc.

– Sans les héros habituels, Otages de la peur mérite d’être lu.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.

Ennis & Dillon - Preacher Livre 3VO : idem. Après avoir été mis en difficulté en France, Jesse Custer retourne au pays où l’attend de pied ferme sa copine Tulip et d’autre personnes animées de pires intentions. Parallèlement, le lecteur apprendre deux-trois choses sur deux protagonistes de la saga, à savoir le Saint des Tueurs et le vampire Cassidy. Quelques passages ennuyeux, mais dans l’ensemble ça reste plaisant.

Il était une fois…

Un homme empli de rancœur qui devient le tueur le plus efficace des Cieux ; un vampire qui rencontre, pour la première fois, un de ses semblables ; un prêtre habité par un être mi-ange mi-démon prêt à recourir au vaudou, ; et pendant ce temps, un certain Tête de Fion souhaite tuer nos héros – il n’est hélas pas le seul…

Critique du troisième livre de Preacher

Premier opus qui envoi du très lourd, second qui reste sur la lancée (mais sans apports majeurs), c’était trop beau pour durer. Après une douzaine de chapitres qui avaient troué un second trou de balle au félin, il était difficile d’imaginer comment Garth Ennis et Steve Dillon allaient entreprendre d’en creuser un troisième. Heureusement pour moi, ce comics n’a pas la même puissance de son prédécesseur (la surprise passant) même si celui-ci perpétue la délectation qui habitera tout lecteur normalement constitué.

Les deux premiers chapitres sont de loin les plus exceptionnels. Le premier est une épopée de pure beauté dans l’Amérique du milieu du XIXème siècle avec les chasseurs de peux-rouges et zones sinistrées par le froid et l’alcool. Au milieu de ce fatras, un homme d’une rare violence qui, l’espace de quelques années, pensait être sur la voie de la rédemption. Il s’ensuit une mort spectaculaire, et une arrivée dans l’enfer, laquelle provoque un mini-bordel. Et les huiles du paradis/enfer trouvent la solution : elles tiennent leur futur tueur. Sauf qu’elles viennent de commettre la plus belle connerie du millénaire. Le second chapitre s’intéresse à Cassidy, vampire déconneur qui fait la connaissance d’un des siens – j’en parlerai dans la dernière partie.

Ensuite, il y a comme un flottement dans la narration. On retrouve nos héros habituels qui se remettent de leurs émotions d’antan et ne paraissent guère avancer dans l’intrigue – à peine les disciples d’un mec tué par Cassidy qui posent quelques soucis, et un mystérieux allié magicien tentant d’entrer dans la tête du révérend. Heureusement que Tête de Fion, fils déformé (tentative de suicide un peu con) et plein de vie, débarquera dans la vie de Jesse, Tulip et Cassidy pour apporter un peu de piment : celui de la bonhommie et d’une certaine sympathie pour ce personnage pitoyable (y’a qu’à voir la scène de son dépucelage…) qui, en l’espace d’un chapitre, est sur le point de devenir une star de rock par son air néo-romantique et une hargne qui en surprendra plus d’un. Quelques bastons bien foutues, une Tulip qui a plus de couille que 99% de la population mâle des U.S.A., un prêtre désabusé et lucide, l’ambiance est plus que jamais tendue.

Concernant les illustrations, c’est toujours aussi régalant : trait simple et couleurs basiques, toutefois la plupart des scènes se passent dans l’obscurité. A la longue, ça fatigue les yeux, sans compter une foultitude de dialogues qui parfois n’apportent pas grand chose. Ce n’est pas qu’on s’emmerde, mais les chapitres du milieu sont loin d’être les plus fascinants. Espérons que le prochain livre redémarre en fanfare. Parce qu’on l’attend, le fameux dieu qui s’est planqué on ne sait où.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Comme dans les précédents livres, les auteurs s’attachent à démonter ce qu’il y a, pour certains, de plus sacré ou symbolique. D’abord, y’a cette vision de l’enfer qui est savoureuse en diable : on y voit Belzébuth (ou un autre démon du genre) jouer au carte avec un représentant du paradis (lequel est chargé d’apporter la mort sur ordre du Très Haut). Après l’arrivée de celui qui deviendra le Saint des Tueurs, l’enfer devient gelé. S’ensuit une négociation qui n’a rien de glorieuse et a tout des tractations politiciennes de notre siècle. L’au-delà qui fonctionne comme une boîte peuplée de fonctionnaires cherchant à se décharger de leurs responsabilités, ça rappelle furieusement les premiers chapitres de la saga.

De même, la rencontre entre Cassidy et Eccarius est une belle partie de plaisir. Le décalage entre notre vampire alcoolo et irrespectueux et un être éthéré qui colle à l’image romantique et distinguée du vampire véhiculée par les médias est saisissant. Eccarius consterne Cassidy, lequel tente de lui sortir les doigts du cul pour avoir un peu plus de fun. Mais c’est sans compter la bande de suiveurs (des émos un peu cons) qui collent au cul d’Eccarius et passent leurs temps à pondre d’insipides poésies ou à supplier d’être mordus. Je vous  laisse imaginer la réaction d’un Cassidy qui, à défaut de dévoyer son nouveau compagnon, se décide à le brûler vif.

Le même Cassidy n’en reste pas là et brûle, à sa manière, son existence. Il initie sa future chute en détruisant l’équilibre qui le lie à Custer et Tulip en déclarant, de façon fort maladroite, sa flamme à cette dernière – laquelle le prend plutôt mal. Un vampire amoureux de la petite amie d’un révérend habité par une chose issue de l’accouplement d’un ange et d’un démon, hum. Bref, le mec a perdu sa tête. D’ailleurs, ce diagnostic est confirmé par la décapitation, propre  et nette, au cours d’une lutte contre des adorateurs de feu Eccarius (si je me souviens bien). Le vampire irlandais a beau être presque immortel et a pu être recousu, ça le calme suffisamment pour qu’il quitte la narration – pour l’instant ?

…à rapprocher de :

Le premier tome (lien) et le second sont évidemment sur le blog, bonne éclate.

– Le félin a connu Garth Ennis grâce à son impressionnante maîtrise du Punisher, par exemple : Au Commencement (somptueux redémarrage du perso) ; Mère Russie (putain de claque) ; Kitchen irish (sobre et un poil décevant).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce comics en ligne ici.

Norman Spinrad – Le Printemps russe, Vol. 2VO : Russian Spring. Dans un futur uchronique, l’Europe et la Russie marchent main  dans la main vers des succès spatiaux tandis que les États-Unis se radicalisent…pour longtemps ? D’une apprentie cosmonaute à un journaliste américain d’origine européenne, l’auteur francophile termine sa saga avec un happy ending tant attendu que sirupeux. Ai connu mieux.

Il était une fois…

La Communauté Européenne (dont une U.R.S.S. libéralisée), première puissance mondiale, poursuit sa course à l’espace grâce à l’esprit visionnaire de quelques-uns – appuyés le bras économique des États. Sonia Gagarine, fille d’une apparatchik soviétique et d’un ingénieur Américain, s’envole dans les cieux. Pendant ce temps, son frère assiste impuissant au repli d’une Amérique qui n’est plus l’ombre d’elle-même. Si tout oppose ces deux personnages, les circonstances vont les rapprocher jusqu’à une étreinte familiale aussi touchante que dramatique.

[le quatrième de couverture évoque la découverte d’une espèce E.T., franchement cet aspect, anecdotique, n’a rien à foutre ici]

Critique du premier volume du Printemps russe

Plus d’une décennie après le premier opus, l’auteur américain s’attache à conter les destins des deux enfants de Jerry et Sonia Reed. Du coup, ce qui ressemblait aujourd’hui à une uchronie assez cocasse se transforme en une anticipation sociale qui hélas repose sur des prédicats irréalisables – libéralisation de l’U.R.S.S. ou départ en sucette des States.

Tout d’abord, il y a le drame humain. Les membres de la famille Reed, aux cœur des évènements mondiaux, sont plus que jamais soumis à des forces étatiques (politiciennes) qui leur fait prendre des décisions à l’encontre de leur volonté. Imaginez un Bobby terrifié par la voie que prend son pays d’adoption, et qui doit suivre et couvrir (en tant que journaliste) une politique U.S. faite de haine et de vulgaires faits divers. Pendant ce temps, sa sœur, émérite ingénieure à Moscou, se retrouve (pour des raisons politiques là encore) à jouer les « singes de l’espace », c’est-à-dire assurer les réparations de divers vaisseaux dans une station spatiale paumée dans l’espace – le lecteur pourra passer sur l’aspect réaliste d’un tel garage dans les cieux et des conditions de vie (avec le cul omniprésent).

Au milieu de ces extrêmes, un père presque mis au placard et victime d’un accident, et une mère contrainte à divorcer pour préserver son avenir professionnel. Et toutes ces lignes narratives de se regrouper, notamment parce que Jerry Reed, qui se sait condamné, entamera une dernière quête.

Ensuite, Le Tigre tient à rappeler la force du roman : l’écriture fluide et sans fioriture de Norman Spinrad. Sujet-verbe-complément, avec des descriptions sobres et un style qui ne cherche pas à verser dans la « littérature », pour un résultat efficace qui participe à l’impression de survoler (dans le bon sens du terme) un roman où, pourtant, les péripéties sont nombreuses. Très certainement les encarts d’articles de la presse américaine et européenne/russe aident à prolonger l’immersion, sans compter le vocabulaire assurément familier lorsque certains protagonistes prennent la parole – les relations/dialogues d’insultes entre le Vice-POTUS et le POTUS sont très réussis.

Pour finir, mis à part la facilité de lecture et les quelques bonnes idées d’anticipation sociale, le félin a trouvé que ces deux opus (qui, au passage, auraient très bien pu tenir en un seul ouvrage) manquent de grandeur. C’est passable, mais sans le « sense of wonder », ce petit truc qui vous pète l’esprit ou vous détache des contingences de ce bas monde. Si le réalisme politique est présent, l’aspect SF a ce quelque chose de suranné et qui vieillit sacrément mal.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

L’Amérique reste dans un piteux état, jusqu’à la partie dénommée (assez logiquement) Le Printemps américain a contrario, la Russie paraît s’embourber dans de vilaines luttes entre « ours » nationalistes et europhiles. Tout part de la bande de joyeux lurons que fréquentait Bobby, de dangereux gôchistes (d’un point de vue U.S.) qui décident, pour faire parler d’eux, de se présenter à chaque élection. Et puis ça marche, une connaissance de Bobby, Nathan Wolfowitz, se voit catapulter Vice-Président (nommé par un Président qui le haït) puis Président. Après un petit temps de flottement (Nathan n’imaginait pas une seconde occuper ce poste), l’Amérique reprend du poil de la bête. Et la renaissance passe par l’ouverture totale – et c’est là le message politique fort de Spinrad.

Le principe est le suivant : les USA ont laissé une ardoise énorme en Europe, et leur seule force consiste en une force militaire spatiale écrasante – des satellites prêts à casser n’importe quel jouet européen. Le deal de Wolfowitz est simple : créer une sorte d’Alliance Occidentale, de l’Alaska aux confins de la Sibérie. L’Amérique propose d’entrer dans la CEE et, pour être acceptée, donnerait en échange le contrôle de ses armes. Une proposition qui a tout du bluff, mais est en réalité un mouvement stratégique digne des plus grands joueurs de poker – ce dont est Nathan.

Et l’Inde, le Japon, la Chine ? Nada.

Un autre fil directeur est la recherche d’une certaine forme d’immortalité. A la suite d’une explosion, Jerry Reed ne peut survivre que sous une lourde assistance technologique (rendue possible grâce à la technique soviétique), hélas ça ne suffira pas. Reed s’attache dont à laisser son empreinte : finaliser un projet de super-vaisseau dans lequel il veut voler (malgré son état) ; et trouver le moyen de sauvegarder son esprit (et son corps) dans un système pérenne. S’ensuit une petite course contre la montre, avec l’aide de son fils, consistant à s’informer sur les techniques de « vitrification » du cerveau et autres joyeusetés. Principes certes séduisants, mais la justification « scientifique » relève plus d’un fanzine de SF que d’une revue médicale.

…à rapprocher de :

–  Le premier épisode (en lien), qui a ma petite préférence, doit être évidemment lu avant le présent opus.

– De Spinrad, le félin a surtout pris son pied avec Rêve de fer – attention, uchronie second degré.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.