Emmanuel Guibert - L'enfance d'AlanSous-titre : D’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope. Alan, Américain (décédé depuis) dont Guibert a recueilli les bons mots, nous livre quelques années de sa vie. Un témoignage tendre et édifiant servi par des illustrations envoûtantes et bien travaillées, Le Tigre valide. Essai ? Roman graphique ? Les deux mon général !

Il était une fois…

Emmanuel Guibert, grand dessinateur, a par hasard rencontré Alan qui coulait une retraite paisible sur l’île de Ré. Les deux hommes se voient régulièrement, tissant une amitié longue et artistiquement prospère. Après avoir raconté ses souvenirs de guerre, il est resté dans les cassettes d’enregistrement toute une flopée de souvenirs relatifs à la (presque) tendre enfance d’Alan. La Californie des années 20 et 30, nous voilà !

Critique de L’enfance d’Alan

Guibert aime prendre du temps avec des personnages d’exception (du moins une partie de leur existence l’est), recueillir leurs témoignages, et en faire un roman graphique. Eu égard le succès des trois tomes de la Guerre d’Alan, il est normal de récidiver avec ce qui reste en bobine, et le résultat est tout aussi gracieux.

La jeunesse d’Alan Ingram (nom de sa grand-mère) aurait pu être d’une normalité proprette et chiante si elle n’avait pas été aussi bien reprise l’auteur qui est parvenu à en tirer une saga captivante (le fait de connaître son parcours par la suite a dû aider). Ce sont les problématiques différentes, faites des difficultés à survivre aux gigantesques réunions de famille, en passant par les camarades de jeux (cela dit sans grivoiserie, Ruthie et Alan, que du platonique) d’un gosse souvent esseulé.

Le point fort de cette œuvre est, de manière peu étonnante pour le lecteur rompu à Guibert, les illustrations. De vrais tableaux de maître, l’immensité du territoire américain comme les petites tranches de vie restent superbement rendues. Il est même parfois difficile de discerner les photographies de la famille Cope (noir et blanc, souvent floues) et d’autres planches de l’auteur qui fonctionnent comme autant de caisses de résonance d’un texte simple et précis.

Au final, suivre le parcours du jeune Alan est un pur plaisir et Le Tigre n’a guère vu le temps passer. Le ratio illustrations / texte est parfait, en une heure les 150 pages du roman seront correctement bouclées. L’unique reproche serait d’ordre purement économique : Tigre est désolé de s’abaisser sur ce sujet, toutefois pour presque 20 euros on aurait préféré que ce tome eût été joint à la Guerre d’Alan. Avec le même héros, on croirait que Guibert voulait mettre du beurre dans les épinards et bisser son premier succès. D’où la note.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Il est intéressant de remarquer comme la religion apparaît en filigrane dans ce titre. Alan n’est jamais vraiment à l’aise avec, et cela commence par les cours de caté (ou quelque chose dans ce genre) où on l’enjoint de ne toucher au minimum son zizi (c’est-à-dire pour pisser, et encore). Du coup, il en a gardé comme un réflexe, et pendant longtemps parvenait à faire l’amour sans presque poser sa main dessus. Chapeau. La dernière mention a lieu lors du décès soudain de la mère d’Alan, et les réjouissances mortuaires qui suivent et que le jeune héros ne comprend pas vraiment.

A l’instar de l’anecdote du frelon et de l’existence de Dieu, la religion reste intimement liée à la nature.

Le portrait de l’Amérique des années 20 et 30 est saisissant, pour ma part j’ai adoré les descriptions d’une période où l’Ouest des States s’est renforcé (en terme de population et d’économie), sans compter la nature intimidante aux alentours. Grâce au coup de crayon de Manu (tu permets ? Pour ce que j’ai acheté de toi, on va dire que oui), on en prend plein les mirettes en plus de correctement ressentir la cohérence d’une période où les crises (économie qui flanche, maladies qui déciment les cousins, guerre qui se profile) côtoient des moments plus contemplatifs et apaisés (les longues balades en bagnoles, les réunions de famille, etc.).

En guise de conclusion, cet ouvrage est salutaire par son merveilleux travail de transmission de mémoire qu’il opère. Imaginez, certaines personnes connues par Alan  ont fait la Guerre Sécession ! En outre, le lecteur rencontre quelques individus qui semblent, aujourd’hui, pratiquement disparus : j’ai nommé le grand-père débrouillard au possible qui est capable de vous faire vingt meubles avec son cerisier abattu, ou la famille vivant en autarcie et qui, avec son domaine, subvient à tous ses besoins. Du DIY comme on en voit rarement.

…à rapprocher de :

– Comme je le disais, il y a ensuite La Guerre d’Alan. Intimiste, juste, captivant, une merveille. Et les deux peuvent se lire indépendamment.

– De Guibert, j’ai gardé un superbe souvenir du Photographe. Direction l’Afghanistan !

– Guibert et B. David (scénario) ont produit l’étonnant Capitaine écarlate, que je ne peux que vous conseiller.

Les petites tranches de vie, avec un certain humour, je pense surtout au bon Boulet et ses notes de blog. Au passage, Boulet, merci de répondre à ma demande d’un dessin de tigre, tu serais chou comme tout.

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Vehlmann & Sagot - Paco Les Mains Rouges, Tome 1Sous-titre : La Grande Terre. Premier opus d’une histoire assez dure sur le sort des bagnards des Antilles françaises, ma foi ce n’est pas mal du tout. Paco, c’est un homme comme tous les autres qui n’a rien à foutre dans cet univers et qui va tenter d’y survivre. L’histoire tient à peu près la route et les illustrations sont magnifiques, que demander de plus ?

Il était une fois…

Dans les années 30, un jeune instituteur a commis un meurtre. On ne sait pas trop pourquoi, à moins que Tigre a zappé quelque chose. Gloire au héros, il échappe à la guillotine mais est envoyé au bagne de Saint-Laurent, en Cayenne. Départ, conditions de vie, rencontres avec les forçats, durée de vie qui n’est pas censée dépasser 5 ans, c’est l’enfer de ces prisons-mouroirs qui sera raconté au lecteur.

Critique de Paco Les Mains Rouges, La Grande Terre

Voilà exactement le genre de BD dont on se demande, en l’achetant, à qui celle-ci est destinée : pour le petit cousin, la copine, le grand-père ? Car le dessin presque « enfantin » ferait penser à quelque chose de léger, toutefois le scénario ne l’est point. Après lecture, le constat : n’offrez pas ceci à votre petite sœur.

Si l’histoire démarre de manière plutôt classique, avec la trilogie découverte/apprentissage/violence, le protagoniste principal parvient progressivement à faire son petit chemin, certes aidé par un autre condamné. Les mots sont simples, directs, sans fausse pudeur, et tendent à décrire un système aussi violent que corrompu. On notera également les menues combines de chacun, plus particulièrement les fausses filières d’évasion qui permettent de se faire du fric tout en tuant les « bénéficiaires ». Tout le monde il est pourri.

Le dessin est le bon point du roman graphique. Bravo à Fabien Vehlmann, du beau boulot. La netteté du trait éloigne toute représentation photographique tandis que les teintes chocolat ajoutent une ambiance chaude, étouffante même. Le résultat est fort réussi, les personnages apparaissent encore plus attachants, à la manière des illustrations à la Rabagliati ou d’un Delisle.

Pour conclure, une œuvre bien partie mais qui m’a progressivement déçu : le dernier tiers est apparu plus fouillis avec une intrigue exagérément complexe (trahisons, transferts dans un autre bagne, etc.) et une fin qui n’en est pas une. Comme si les auteurs avaient coupé en deux l’histoire au mauvais endroit. Enfin, le lecteur curieux en méthodes dessinatoires sera comblé par les bonus en fin de titre qui offrent les différentes étapes de la patte d’Eric Sagot.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Le bagne, forcément. Tigre n’est pas (encore) spécialiste du système pénitentiaire, mes connaissances s’arrêtant à un doctorat en criminologie et à de réguliers séjours à Saint-Martin-de-Ré, charmante bourgade d’où partaient les forçats (d’ailleurs une photo de la crique aménagée de cette ville est livrée en fin d’ouvrage). Toutefois, ce que raconte le père Vehlmann fait froid dans le dos. Pire qu’une prison, sous les tropiques la maladie attend en embuscade, quand ce n’est pas un coup de pute d’un prisonnier qui aura raison de l’existence d’un autre. Quant à la réinsertion, certains la trouvent dans le suicide, seule option apparemment valable.

L’amitié, puis l’amour. Effet kiss-kool de la promiscuité entre burnes, y’a forcément quelques tensions sexuelles dans l’air. Ça commence par le héros qui se fait violer par trois mecs, et le comportement à adopter ensuite. Il gagne ses galons, le respect et son surnom (« Mains rouges ») en surinant à mort un de ses violeurs. Néanmoins, dès la traversée, il y a aussi Armand, détenu expert tatoueur. Une étrange histoire se façonne entre les deux personnages, qui va de la simple aide à la tendresse, contrepoids bien humain. Jusqu’à ce que l’ancien pénétré devienne pénétrant (acte d’amour ici), avec tous les questionnements que cela peut soulever.

…à rapprocher de :

– Suite et fin dans Les îles, comme l’annonce l’éditeur. Attendons donc…

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Derib - Pour toi SandraMandaté par une association de lutte contre la prostitution, l’illustrateur suisse Derib nous a concocté une charmante bande dessinée sur Sandra, la vingtaine, qui est sur le point de tomber dans un réseau de proxénétisme. Bons sentiments, ficelles souvent grosses (mais efficaces), dessin très années 80, bref voilà une BD scolaire.

Il était une fois…

Doris Frey est une femme qui travaille dans un hypermarché en région parisienne (du moins j’imagine). Et là, soudain, tout à coup, elle croise une jeune femme brune (oui, Sandra !) qui éveille en elle quelques souvenirs. Et bah, devinez quoi, Sandra tente de piquer un lecteur CD (la BD date du milieu des années 90, ne vous inquiétez point). Ce n’est que le début de ce qu’elle est prête à faire pour son petit ami qui se rêve mac…

Critique de Pour toi Sandra

Y’a des fois, le félin se demande ce que peut foutre une telle bande dessinée dans son sillage. Ça doit être encore un coup de maman-lynx, professeure de son état, qui a reçu ce truc souvent distribué à ses petits nélèves.

Car il faut savoir que l’éditeur est une association qui œuvre (milite n’étant pas le juste mot) pour l’abolition de la prostitution, quitte à lourdement pénaliser le client. D’où la petite dizaine de pages finales assez discutable où il est expliqué que payer pour avoir des relations sexuelles, c’est mal. Bon, venant d’une asso d’inspiration catholique chargée de recueillir les accidentés de la vie, c’est fort louable, toutefois quelques affirmations du genre « la pornographie contribue à considérer les femmes comme des objets, d’où la prostitution » sont un peu légères.

Le scénario est finement pensé (avec les bémols que je lâcherai dans la partie qui suit), à savoir la rencontre entre une putain en devenir et une femme qui a traversé de lourdes épreuves. Doris se remémore sa glauque jeunesse et parviendra, bien sûr, à éviter que Sandra ne glisse irrémédiablement dans une pente qu’elle ne voit pas forcément arriver. Une histoire qui finit mal n’entrait visiblement pas dans le cahier des charges de Derib qui n’a pas eu le droit de pondre son Requiem for a dream littéraire.

Le dessin n’est pas du tout mon genre : plutôt fouillis et couleurs ternes, le problème réside dans l’aspect des personnages. Surtout les visages, ça doit être leur nez ou les lèvres, en tout cas leurs minois ne sont guère crédibles. Je sais que cette BD n’est pas là pour ça (au contraire même), toutefois y’a pas une seule case un peu bandante et sexy à voir. Exit l’aspect glamour des libertines, il est question d’esclavage. Au final, bilan très mitigé. Franchement, c’est pas terrible.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La prostitution, évidemment, est au centre de la BD. La naïve Sandra est éperdument amoureuse d’un joli connard affublé d’un prénom qui ne l’est pas moins (Jimmy…). Ce dernier doit de la tunes à quelques individus peu recommandables, et souhaite se faire payer sur les deux dos de la bête (oh, c’est joliment dit non ?). Cela commence par présenter Sandra au vieux créancier dégueulasse, la contraindre à montrer ses seins, la laisser seule avec lui, etc.

Parallèlement, Doris (elle aurait pu au moins changer son nom de scène…) raconte son expérience dans cet univers peu ragoutant fait de passes dans des hôtels miteux, enchaînements de clients qui la font sentir comme une moins que rien, alcool (puis belles lignes de coco) pour tenir le coup. Au final, et là Tigre fut moyennement satisfait, c’est la manière dont elle s’en est sortie : puisque tous les hommes sont de vilains salauds, fallait en montrer un qui rattrape le lot de bras cassés rencontrés : il s’agira de Jean, parvenu à tirer (non, pas dans ce sens là) Doris de l’ornière malgré l’aversion de cette dernière pour la gente masculine.

…à rapprocher de :

– D’un point de vue du client (qui apprend à haïr ce système), La tentation du lundi de Jean-Marie Blanchard est un cas unique à lire – pour l’instant.

– A contrario, y’a ce très vilain Chester Brown qui a visité les putes et en a fait un essai graphique. C’est 23 prostituées. Pas mal dessiné, toutefois en fin d’ouvrage ses justifications « philosophiques » m’ont plus scandalisé qu’autre chose.

– Un classique du genre, c’est Moi, Christiane F., droguée, prostituée,…

– Sinon, je suis en train de lire les cinq tomes de Cellule Poison, et pour l’instant ça passe. Je vous en parlerai un de ces quatre.

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Michaud & Simon - Les Buggels Noz T1 : Le bois des maîtresSous-titre (ou quelque chose dans ce genre) : Les enfants de la nuit. Premier opus d’une série que Le Tigre ne compte pas vraiment poursuivre, voici venu le temps des lutins bretons et de leur onirique univers fait de jeux de mots et autres réjouissances celtes. Hélas le scénar’ part dans tous les sens et le dessin n’est pas à mon goût.

Il était une fois…

Le temps est orageux au pays des Buggels Noz, peuple de petits gus aux grandes oreilles et longs pieds et vivant dans la forêt de Brocéliande, cachés des humains. Le grand Khoonseil, composé de cinq sages (dont le chef des armées, une vieille dame qui ressemble à Morano mais en pire, un intellectuel qui ponctue ses discours de formules mathématiques, etc.), s’inquiète de tunnels qui semblent être creusés par les Diddles Noz, cousins éloignés de nos amis qui habitent chez la perfide Albion. Pour vérifier la théorie de cette invasion en préparation, le Roy dépêche Kiriel et Kwill (qui n’ont pas vraiment le choix). Ceux-là ne sont pas au bout de leur surprise…

Critique du premier tome des Buggels Noz

Une amie a offert cette petite BD au fauve, plutôt porté sur les romans graphiques ou comics plus ou moins underground. Avec les Buggels Noz, sorte de djinns bretonnants et déconnants, on ne pouvait décidément pas composer plus mauvais casting. Voilà pour justifier la descente en règle qui va suivre.

Si l’histoire imaginée par Alan Simon est au premier abord plaisante et s’avère plus complexe que prévu (disons qu’il y a du gros complot dans l’air), j’ai hélas eu un mal de chien à entrer dans l’univers de l’auteur. L’intrigue, d’une part, m’a paru mal gérée dans la mesure où j’ai dû faire quelques allers-retours pour comprendre ce qu’il en est. Le début, notamment, dans le bar où un des héros se fait alpaguer par la police des mœurs, n’est pas ce qu’on fait de mieux comme entrée en matière.

Les dialogues, d’autre part, sont souvent fins, entre jeux de mots savoureux et remarques in petto (écrites en petit caractère, les déchiffrer tuent les yeux) qui sont autant de références à la culture anglo-saxonne. Sauf qu’avec le vocabulaire spécialement dédié aux Buggels Noz, ça devient plus que lassant.

Quant aux illustrations, Jean-Marie Michaud a décidé de faire dans le détail. Trop sans doute, le dessin est luxuriant et le lecteur attentif pourra passer plus de temps que prévu à décortiquer les nombreux clins d’œil présents. Les architectures sont bien rendues, et on peut saluer quelques beaux exercices de style, en particulier l’histoire des Buggels & Diddles racontés en mode « tapisserie de Bayeux ».

Pour conclure, une bande dessinée qui ne semble ni à la portée des plus jeunes (intrigue trop savante), ni des plus vieux (trop léger à mon sens). L’humour pince sans rire ne rattrape qu’à peine ce premier tome. Le Tigre est d’autant plus gêné aux entournures qu’il possède un exemplaire dédicacé des auteurs. Désolé les mecs.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La féérie bretonne est à l’honneur. Les galeries qui mènent à de fantastiques lieux, le fameux bois des maîtres (un arbre magique selon les lutins), l’interaction rare avec les humains, le jeu du scraatch (assez bien trouvé), il semble que le père Simon maîtrise parfaitement la mythologie celtique. Le félin a beau avoir des gênes de cette région, tout ceci ne m’a que moyennement parlé.

L’air de rien, ce premier tome contient une discrète critique du monde politique humain. Dès que quelque chose ne se passe pas comme prévu, tout prétexte est bon pour détrôner le bon gros roi en place et organiser des élections qui déchirent la populace. Entre la marâtre à pognes, le militaire incapable, le savant doux-dingue, le choix rappelle quelques scénarios de république (pas si) bananière. A la différence près que tout est truculent chez les Noz, il est difficile de les prendre au sérieux.

…à rapprocher de :

La bretonnitude dans toute sa splendeur, j’avoue n’avoir guère d’idées.

– Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, et il y a fort à parier qu’on ne les retrouvera pas sur QLTL. Néanmoins, il n’y a que les félins imbéciles qui ne changent…

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Frédéric Beigbeder - Vacances dans le comaJ’ai un certain respect pour Beigbeder qui a réussi à sortir de sa condition de chroniqueur parisianiste pour produire quelques beaux titres, hélas Vacances dans le coma n’en fait pas partie. Une heure pour lire les délires d’un odieux connard (c’est un compliment chez QLTL) dans un pétulant nightclub, y’a mieux à lire dans le vaste monde.

Il était une fois…

Marc Maronnier est chroniqueur mondain dans la capital française. Grâce à ses relations avec Joss, DJ de talent, il est invité à la première soirée d’une boîte de nuit savamment nommée « Les Chiottes ». Sexe, drogues, musique électro, Marc nous conte, par le menu, ses pérégrinations le temps d’une nuit, jusqu’à 7 heures du mat’.

Critique de Vacances dans le coma

Ce bouquin est, apparemment, le deuxième opus d’une trilogie qui commence par Mémoires d’un jeune homme dérangé (pas lu, tiens !) et se termine par L’amour dure trois ans (qui se laisse lire). Pourtant, le héros du présent titre, Marc Maronnier, est le boss d’Octave dans un autre roman, 99 Francs. Comprenne qui voudra.

Ces fameuses vacances, c’est un énième délire de Frédéric qui crache gentiment dans un univers qu’il ne connaît que trop bien : il a dû prendre le meilleur (je vous laisse juge) de ce qu’il a vécu dans ses nombreuses parties en vue de mettre en place une sorte de huis clos (le titre qu’il aurait souhaité d’ailleurs) d’où il ne sortira pas indemne. Il n’a oublié aucun poncif ni aucun cliché afférent à cet univers, même si certains passages paraissent sublimer (le vocabulaire aidant) nos pires fantasmes.

Si l’auteur annonce qu’il ne souhaite pas faire de la littérature, j’ai eu souvent l’impression du contraire : Beigbeder tente (l’air de rien) de faire rire et choquer avec des descriptions crues agrémentées de jeux de mots plus ou moins savoureux. Sauf que dans mon cas, c’est salement tombé à l’eau. Le mec qui répète à quel point il est mauvais, qu’écrire n’est pas son but ultime, tout en balançant des termes savants pour raconter une beuverie, bref ça peut courir sur le haricot.

Le roman se lit le temps de faire la queue pour récupérer son manteau au vestiaire, et le dénouement final censé nous ravir a à peine fait hausser mon sourcil gauche. Au final, une œuvre légère et que certains lecteurs jugeront insupportable. Fredou fait son show et se fait plaisir avant tout, ses potes se sont très certainement marrés, seulement tout ceci vieillit mal.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La petite décadence d’une soirée unique. Inutile de tout vous raconter, y’a du gros name droping  : les différentes drogues prises (coke, cachetons d’ecsta surtout), les prénoms des pétasses bouche à bites, mais aussi les tubes qui passent. Bizarrement, l’avancée de Marc M. dans la nuit et son pif qui se remplit bien ne s’accompagne d’une évolution stylistique qui aurait consisté à ne rien écrire à la fin. Dommage, le roman aurait pu perdre un ou deux chapitres.

Ce qui est particulièrement « dénoncé » est la décadence des esprits, à savoir l’hypocrisie ambiante dans le nightclub. Ça balance à Paris, comme dirait la mère Gall, et la vanité mâtinée d’un mépris des contemporains serait presque à gerber. Sauf que ce roman semble avoir été écrit au mauvais moment : Beigbeder était pleinement intégré à ce petit monde et était plus un chroniqueur qu’un écrivain. Aussi il est possible de distinguer, derrière la révolte de façade, les clins d’œil et autres connivences de caste par rapport à ces individus déconnectés de la réalité.

…à rapprocher de :

– Ce titre bas de gamme peut être lié à Nouvelles sous ecstasy, également dispensable. Tout comme L’égoïste romantique.

– Tigre a largement préféré 99 Francs, plus « intelligent », mais surtout Un roman français, plus littéraire et abouti.

– Sur une soirée qui se passe pas comme prévu, les auteurs anglo-saxons ont fait mieux, notamment le bon Will Self dans The Sweet Smell of Psychosis.

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A. D. G. - Notre frère qui êtes odieux...Gentil lecteur, fuis ! Ne t’approche pas de ce truc écrit dans les seventies et qui n’honore pas la mémoire d’ADG, ce dernier méritant mieux. Sauf si vous voulez être ébloui par le vocabulaire argotique qui déferle tel la chienlit en mai 68. Paradoxe total, ce roman est court en nombre de pages mais sa lecture peut s’avérer douloureuse.

Il était une fois…

Une fois n’est pas coutume, voici le quatrième de couv’ vendu par Gallimard. Cela illustrera un peu la critique qui va suivre :

« Certes, les arcans, du chou, ils en ont, comme tout le monde, mais c’est du chou débile. C’est du moins ce que le présent et édifiant ouvrage tend à insinuer. Parce que réussir sans bavure un merveilleux casse « P.T.Tesque », pour finir dans la baille, après avoir été allumé par les poulets d’une part, les Yougos de l’autre et les « collègues » de la troisième, eh bien, ça ne s’explique pas uniquement par la cerise ou les bisbilles entre frangins flingueurs… Faut être doué pour ! »

Critique de Notre frère qui êtes odieux…

ADG, c’est le petit diminutif d’Alain Dreux Gallou (son vrai nom étant Alain Fournier dit Camille), auteur français que Le Tigre a du mal à cadrer : tantôt ses romans passent comme papa dans maman, et parfois sa prose fait que je n’arrive pas à terminer le titre. C’est ce qui m’est arrivé ici.

Le premier terme me venant à l’esprit est « insupportable ». Il n’y a rien qui ne tienne debout (le peu d’intrigue que j’ai compris date un peu, comme les personnages), et je me suis gravement emmerdé. Cela ne me dérange pas qu’un écrivaillon piétine bruyamment les conventions littéraires, seulement s’il n’assure pas derrière c’est la sanction : changement inopportun de narrateur, passages sans queue ni tête (du moins à mon sens), tout cela sans appui scénaristique.

C’est donc tout naturellement que le félin a refermé le truc vers la page 126 (chapitre IX si je ne m’abuse), tout en étant émerveillé par la différence entre le présent bouquin et Kangouroad movie, le tout dernier né d’ADG qui m’avait semblé fort sympathique. Nul besoin d’y aller par cinq chemins, ne vous sentez pas obligé de lire Notre frère qui êtes odieux.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

La première chose qui m’est venue à l’esprit est que l’intégralité du roman prend un air de condensé de San-Antonio bas de gamme. Argot à tout va, nombreuses expressions du milieu, tout ceci est certes amusant sur quelques pages, toutefois on n’en peut plus de ces références à la longue. Dès la première page, j’aurais du me méfier. Jugez par vous même :

Depuis l’histoire de ce vieux Samson pourri avec sa gueule de raie et sa conne la mère Dalila qui profite de son sommeil pour lui chouraver son Colt ou quelque chose comme ça, qu’après ce vieux de con de père Samson, au lieu de s’argougner une chouette pépète à camembert Thompson ou un P. M. Uzi comme le mec sérieux qui connaît son boulot, il dessoude les affreux à coups de mâchoire d’âne, vous parlez d’un drôle d’outil […]

C’est marrant, j’allais dénoncer deux travers dans ce roman : l’ambiance polarde foireuse qui ne prend pas d’une part, mais surtout la critique sociétale que je prenais pour une critique du capitalisme de bon aloi, avec des héros écorchés et dégueulant sur tout ce qui ressemble à de l’autorité (un peu à la Manchette). Sauf que le père ADG semblait être un réac’ de droite de première bourre, et du coup je suis un peu perdu sur les motivations profondes du personnage (je n’ai lu que deux ou trois titres de l’écrivain).

…à rapprocher de :

– De cet auteur, il faut plutôt lire Kangouroad movie. Putain, encore un jeu de mots, il ne respecte rien le salaud ! Plus sérieusement, je ne pense pas me relire un de ses ouvrages, ça m’a gavé.

– Puisque j’en parlais, à la rigueur je préfère nettement Manchette, et encore…faut mieux se carapater vers Pouy, notamment La chasse au tatou dans la pampa argentine ou Nous avons tué une sainte. Plus fendards.

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John Steinbeck - Des souris et des hommesVO : Of Mice and Men. Il y a, dans ce vaste monde, une impressionnante pile de petits classiques dont on nous dit qu’il faut absolument les lire. Pour ce bref texte de Steinbeck, Le Tigre appose son royal « lu et approuvé ». Puissant et triste, presque intemporel mais immersif, l’auteur a fait montre de grand art.

Il était une fois…

George Milton et Lennie Small sont deux amis qui effectuent des petits boulots de saisonniers dans la Californie pendant la Grande Dépression. Ils viennent de Weed où Lennie, le grand dadais très simplet, aurait fait quelque chose de condamnable. Aussi ils débarquent le vendredi dans un nouveau ranch pour travailler pour Curley dans les plantations d’orge. Le but ultime de nos deux amis est de s’acheter un lopin de terre, une baraque, et vivre « comme des rentiers » en élevant leurs animaux et en s’occupant de leur potager. Et la marmotte, elle met…euh non, rien.

Critique Des souris et des hommes

Cela doit être le premier Steinbeck lu par Le Tigre, et il faut convenir que pour un roman écrit à la fin des années 30 (et traduit en France au milieu des fifties) c’est excellent. En 90 minutes, la lecture est pliée. Au final, ce qui m’a fait perdre le plus de temps, ce sont les deux préfaces que vous pouvez éviter de lire, même si celle de Kessel, de l’Acâaadémie Franchaige (comprendrai jamais ce besoin de précision), reste très juste.

Revenons à nos deux compères. A mon sens, le vrai héros de ce titre, c’est Lennie, le débile léger grâce à qui les péripéties prennent une ampleur tragique. Une force de la nature qui aime caresser les choses douces, qui d’un lapin, qui d’un chiot, qui de la chevelure d’une belle femme. Sauf que le mec ne contrôle pas sa force, une sorte de roi Midas inversé : tout ce qu’il touche finit, malgré lui, par mourir. Et ça met George en colère.

Le père George, qui fait office de grand frère depuis que Tante Clara est décédée, ne peut hélas tout contrôler. Et on sent vite que les pérégrinations des deux compères à Soledad risquent d’être les dernières. Si j’ai trouvé le premier chapitre un peu longuet, Des souris et des hommes accuse une montée en puissance jusqu’au K.O. final aussi dramatique que logique (enfin c’est mon avis, un des protagonistes n’avait pas vraiment le choix).

Le style de Steinbeck est intelligent et plaisant : à chaque fois, l’auteur américain prend soin de planter le décor (en particulier dans les premières pages), puis se concentre sur l’action et les dialogues. En tout, l’œuvre est découpée en six parties qui font office de chapitres. Vu la taille du titre, je trouve qu’il y a quelques personnages de trop et je ne faisais pas bien la différence entre Carlson, Slim ou Candy. Je devrais me concentrer un peu plus, certes.

Une valeur sûre donc, d’autant plus que ça ne paraît pas vieillir d’un iota niveau vocabulaire. Contrairement à Faulkner, ai-je perfidement envie de rajouter.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Steinbeck semble être abonné aux titres mystérieux et que l’on retient aisément. D’après ce que j’ai cru comprendre (Tigre ne cite jamais ses sources, flemme et légèreté obligent), celui de la présente œuvre est tiré d’un poème (ou un truc dans ce goût là) où il est notamment dit :

Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas.

D’une part, le plan de Georges et Lenny (à savoir devenir des rentiers) est pourri à la base. Et ce n’est pas l’aide potentielle d’une tierce personne (le vieux Slim qui apporterait des fonds) qui serait susceptible de matérialiser un rêve insaisissable par essence. En outre, ce plan foireux fait écho avec les espoirs toujours déçus de la femme de Curley. Cette dernière n’a rien à foutre ici, ses espoirs d’actrice (voire épouser quelqu’un de riche) ayant été vite douchés.

Sinon, DSDH (ça passe mieux comme ça non ?) est un tableau finement dressé d’un détail important de l’Amérique des années 30 en plein marasme économique, j’ai nommé les saisonniers. Les vagabonds, en quelque sorte, qui en principe sont de grands solitaires (sauf dans notre cas) à la recherche d’un boulot pour se loger et/ou manger. Leur dénuement est palpable, n’importe quel lecteur normalement constitué comprendra le désir de « se poser », avoir un début de commencement de propriété, d’un toit à soi d’où on ne se ferait pas dégager.

…à rapprocher de :

– Paraîtrait qu’il faut lire Les raisins de la colère (surtout que ce titre est souvent repris dans les médias). Hélas, pour plus de 500 pages le roman, Tigre va attendre un peu.

– En attendant, La perle se doit d’être lue. Fable noire comme Tigre les aime.

– Le vagabondage aux États-Unis pendant la Grande Dépression, c’est également un des sujets du court roman La cabane de l’aiguilleur, de Robert Charles Wilson.

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DodécaTora« Tigrounet chéri, ton blog est au centre de nos réunions littéraires du vendredi avec mes vieilles copines. Toutefois, tu nous perds quand tu te mets à résumer des comics et autres illustrés japonisants. Ma presbytie ne s’améliorant pas, je ne suis pas contre lire des BD. Mais pas n’importe quoi. Merci. Mamie Glaviot. ps : tu nous fait mouiller ».

Des bandes dessinées de qualité

La bande dessinée serait un art mineur, quelque chose pour les gosses et que les vieux ne comprendraient pas. Hum. Si votre aïeul fronce les sourcils dès qu’il vous voit avec un illustré, c’est parce qu’il est estime que ça ne vaut pas un bon pavé tolstoïesque ou les dernières mémoire d’un rejeton du Général de Gaulle. Il est temps de l’éduquer (je ne parle pas du Général qui disait que son seul rival c’est Tintin, c’est trop tard).

Le but de ce DDC sera de vous aider à choisir une bande dessinée que même votre grand-père un peu rétro (pour ne pas dire réac’) trouvera à son goût. Pour cela, Le Tigre va invoquer des œuvres bien rédigées, avec un trait relativement sobre qui ne piquera point le monocle de l’ancêtre. Les histoires de ces BD sauront être consensuelles, du moins porteront sur des thèmes connus.

Puisque grand-maman tente de briller, seule face à son écran, en regardant Question pour un champion, ou tente se fait mousser en répondant juste au jeu des mille euros, il sera souvent plus question d’essais dessinés que de comics purs et durs. Parfois les illustrations ne vous paraîtront qu’accessoires, notez néanmoins que le plus gros du boulot réside dans celles-ci. Être scénariste de BD, c’est le pied. Dessinateur, moins.

Tora ! Tora ! Tora ! (x 4)

1/ Art Spiegelman – Maus

LE classique. Que dire de plus sur ce magnifique essai qui traite de la Shoah et de la relation père-fils ? Les illustrations, au premier abord grossières, sont étonnantes de justesse et sont parfaitement adaptées au texte. Quant à la représentation des nationalités/ethnies selon autant d’animaux, un éclair de génie. Art S. n’a pas eu le prix Pulitzer pour rien.

2/ Jiro Taniguchi – Le journal de mon père

Voui, vous pouvez faire lire un manga à mémé !! Pour ne pas l’effrayer, celui-ci est en gros format, se lit à l’endroit, et a un scénario en béton autour de souvenirs de jeunesse d’un père. J’aurai également pu signaler Quartier Lointain que personnellement je préfère.

3/ Canales & Guarnido – Blacksad : Âme rouge

Ces deux auteurs mettent plus d’une année à pondre une BD, et Tigre leur pardonne largement. Zoomorphisme réussi, histoire prenante et traitant de thèmes très variés, le format franco-belge semble ici dépassé. Dans Âme rouge, il est question de guerre froide, chasse aux sorcières et amitiés brisées par la trahison. Sombre, mais avec une très touchante lueur d’amour.

4/ Craig Thompson – Habibi

Un pavé, vrai de vrai. En offrant cela à la vioque, vous êtes certain d’être tranquille un bon trimestre. Dans un pays oriental sublimé, deux femmes esclaves vont se raconter. Le dessin est réussi, notamment les traits d’inspiration arabe rendant hommage aux plus belles calligraphies d’essence divine. Craig T., multirécompensé pour ce titre, a fait mieux que Blankets, bravo.

5/ Comès – Silence

L’artiste belge est surtout connu pour cette BD de la fin des années 70. Titre assez court certes, mais quel travail d’orfèvre ! Silence, c’est un jeune homme simple d’esprit perdu dans un village français à une époque plus ou moins indéterminée (années 50 à mon sens). Les habitants ont quelque chose à cacher, et la vieille sorcière dans le coin va apprendre à notre héros l’amour, la mort, la vengeance. Snif.

6/ Manu Larcenet – Le Retour à la terre

Un pote m’a rapidement parlé de cette série de bandes dessinées qui narre, non sans autodérision, l’arrivée à la campagne d’une famille de citadins. Les illustrations ne déplacent des montagnes, l’humour y semble léger, toutefois je ne m’attendais pas à un roman graphique qui déchire sa race. Si mamie est paumée dans sa campagne, voilà de quoi la réjouir.

Plaisanterie à part, le titre de la BD parle de lui-même si ça sent le sapin autour de l’aïeule.

7/ Guy Delisle – Chroniques de Jérusalem

Delisle, à l’inverse, déchire tout. L’auteur/illustrateur canadien délivre, avec brio, ses expériences de voyage (tant le fond que la forme). Après la Chine ou la Corée du Nord, c’est parti pour la ville éternelle, entre visites touristiques et gestion de son bambin (pendant que l’épouse travaille dans une ONG). Point de vue extérieur et sans fard sur les tensions entre Israéliens et Palestiniens, c’est édifiant.

8/ Emmanuel Guibert – La Guerre d’Alan

Alan, qui combattu l’Allemagne nazie sur le théâtre ouest-européen, a une mémoire presque infaillible. Le travail avec Guibert, qui a recueilli des heures de témoignage, est titanesque. Les illustrations ressemblent à des photos (d’ailleurs, y’en a), ça passe comme papa dans maman. Dernier plus : Alan a rencontré sa femme en France, et a finalement décidé de s’installer dans l’Hexagone. Une belle histoire d’amour comme on en fait dans les films.

9/ Michel Rabagliati – Paul à Québec

L’auteur Québecois est un habitué du Tigre, et la plupart de ses romans graphiques sont à conseiller. Les planches font penser à du Guy Delisle, à savoir le monochrome au service de la simplicité (avec des visages expressifs). Cette œuvre, en particulier, mérite d’être offerte à grand-maman dans la mesure où c’est à la fois triste et beau : décalage de générations qui se réduit, la vieillesse et la maladie plutôt bien gérées, tout cela sans pathos larmoyant et putassier.

10/ Kambiz – Le monde est chez moi

Le Tigre a par hasard découvert Kambiz Derambakhsh, artiste satirique iranien au trait clair et puissant. Détachement par l’humour, dénonciation de la servitude, mais espoir omniprésent, c’est presque une leçon de résistance qui est à portée des yeux grâce à ses illustrations. Comme il le dit, le devoir d’un artiste, c’est de révéler et de soulager l’âme des peuples en souffrance.

11/ Martin Branner – Bicot et Suzy

Là, vous pouvez faire un groooos clin d’œil au vénérable âge de Mamie. Parce que Mister Branner, qui a surtout officié avant la seconde guerre mondiale, n’est plus de la première jeunesse. La publication de la série Winnie Winkle the breadwinner, traduit par Bicot & Suzy en France, fut un joli succès avec son héros adepte de l’école buissonnière et qui constitue son petit club. En revanche, accrochez-vous pour trouver une intégrale ou un tome (Les Exploits de Bicot, Bicot fait du sport, etc.)

12/ Grenon & Goupil – Le guide des grands-parents en BD

Tigre finit toujours par une connerie, et pour le coup j’en ai dégoté une très lourde. Cet opus fait partie de la très infâme série des « Guide de » (la quarantaine, la trentaine, des parents, des trucmuches, des blablas, etc.), alignement de tomes que vous trouverez aux mêmes endroits dans les hypermarchés (entre un Levy et L’histoire de la France pour les nuls) et qui sont à la littérature ce qu’un pack de Breizh Cola est au soda.

Plus qu’un cadeau par défaut, on atteint le niveau zéro de l’imagination et de l’humour. Une vaste blague qui ne demande qu’à être brûlée.

…mais aussi :

– A part Kambiz, vous pouvez taper avec sérénité dans toutes les planches de Quino : drôles, pertinentes, pas beaucoup de textes, l’équivalent littéraire d’un bonbon acide.

Suis à court d’idées. Cela tombe bien, mémé est aussi à court de souffle. Ciao.

Vaughn Bodé - Dǎs KämpFVO : idem. Première publication, en français, de quelques planches de Bode, voici les prémices de la BD underground à l’américaine. Cet essai ne fait pas que livrer des illustrations (dans les deux langues), mais traite aussi de l’auteur et de son œuvre en général. Un peu frustrant question taille, mais Tigre se contente de peu.

De quoi parle Dǎs KämpF, et comment ?

Avant de commencer, Tigre signale qu’il a « participé » à la publication de ce roman via un modeste financement en ligne (de quoi avoir deux exemplaires à offrir). Le fauve a payé plein pot, que cela se sache.

Vaughn Bode (Bodé, son nom d’artiste) n’est pas un illustrateur semblable à d’autres et mérite un paragraphe à lui tout seul : né je ne sais où aux states au début des années 40 ; enfance plutôt difficile (papa a la main lourde) ; engagé tôt dans l’armée (expérience très éprouvante), marié à vingt piges ; premiers dessins dès sa jeunesse ; disparition prématurée, voilà un artiste presque maudit comme Tigre les aime.

L’autre malédiction, c’est le titre. S’il n’y avait pas l’indication de l’auteur et la gueule rigolarde au milieu de la croix de fer de la couverture, je peux vous assurer que jamais ce bouquin n’aurait été ouvert dans les transports en commun. Car entre « Dǎs KämpF » et « Mein Kampf », les différences sont ténues de loin. Avant d’attaquer le fond de l’œuvre astucieusement compilée par l’éditeur, Le Tigre se sent obligé de discourir sur la forme.

Premièrement, cet ouvrage a la particularité d’être bilingue. Mais pas comme vos titres de jeunesse (une page sur deux), car il faut retourner l’objet à l’instar d’une crêpe Suzette pour basculer d’une version à l’autre. Du coup, ne vous laissez pas berner par le nombre de pages (160 toutes mouillées) que vous pouvez d’ors et d’orgeat diviser par deux. Sinon, on sait bien que l’éditeur s’adresse au marché français puisque le code barre est côté couverture angliche.

Deuxièmement, le titre se décompose de seulement 50 planches de l’artiste américain. Et, tout à fait franchement, c’est très peu comme matière même si j’imagine qu’un dessin ne se faisait pas au coin d’une nappe entre l’Irish Coffee et l’addition. Chaque illustration met en scène les mêmes têtes, avec l’unique introduction « la guerre c’est. […] » « ‘war is […] ») Heureusement qu’il y a le gros bonus, à savoir une quinzaine de pages de la part de Jean-Paul Gabilliet. Ce dernier, non content de nous éclairer sur le fameux Bodé (cf. partie suivante), donne des clés d’interprétation qui sonnent juste.

En guise de conclusion précoce, Das KampF (sans les accents bizarres) est une curiosité intellectuelle aussi intense que brève : toute à fait le genre d’illustrations qu’on lit rapidement, et en moins de cinq minutes c’est déjà fini. Bodé n’a pas produit que ces dessins, et attacher d’autres travaux du mecton n’aurait pas été de trop.

Ce que Le Tigre a retenu

C’est quoi la guerre papa ? Les réponses de Vaughn ne sauraient constituer une réponse, celles-ci étant désopilantes par l’humour véhiculé et la justesse de certains propos. Au choix, la guerre, c’est : tirer sans faire exprès sur ton enfoiré de sergent, s’amuser à torpiller les phrares ;  couler avec son navire pour ne pas avoir à le rembourser ; se poser en catastrophe et découvrir une piste d’atterrissage ennemie, etc. Air, terre, mer, les protagonistes sont partout.

Quant au trait de Bodé, un pur plaisir. Les « héros » se ressemblent tous : visière bien enfoncée (leurs regards se sont pas visibles), air goguenard, apparence lourde et maladroite, de vrais bras cassés. Une sorte de tendresse et de dérision résignée (la mort, omniprésente, est traitée avec une légèreté feinte) en ressort, comme pour souligner l’absurdité du conflit. Il s’agit de la seconde guerre mondiale ou de la guerre froide, à en juger les uniformes. Tigre tient à signaler qu’il aurait pu trouver ces thèmes seuls, sans l’aide de Gabilliet et de sa postface.

Enfin, ce comics est l’occasion d’évoquer, dans l’essai qui accompagne les planches, pourquoi Dǎs KämpF est considéré comme une des premières BD underground : les historiens semblent encore se foutre sur la gueule au sujet de ces books particuliers publiés au début des sixties, toutefois Bodé s’est rapidement érigé en grand ordonnateur du bon goût underground (après l’immense Crumb). Vaughn aurait pu aller très très loin s’il n’était pas connement décédé étouffé lors d’un jeu auto-érotique, comme un ado américain lambda de nos jours.

…à rapprocher de :

– Dans la catégorie « la guerre, c’est mal » (je plaisante hein), Le Tigre pense trivialement à ce bon vieux Tardi et son C’était la guerre des tranchées.

– Puisque l’essayiste évoque Robert Crumb et Art Spiegelman dans les auteurs U.S. dits « underground », je vous rappelle que ce dernier auteur a produit Maus, que vous ne pouvez pas ne pas connaître.

– Le décès de Bodé, par « pendaison érotique », c’est également le thème de Respire, superbe roman d’apprentissage de Tim Winton. Un autre point commun entre les deux titres ? Le désir de liberté.

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver cette BD via Amazon ici. Ou sur le site de l’éditeur (c’est mieux).

A. E. van Vogt - Le Monde des ĀVO : The World of Null-A. Il y a des romans qui me passent allègrement au-dessus du ciboulot. Ce premier opus du cycle de van Vogt en est un douloureux exemple, je m’en désole. Pas vraiment de la SF, en fait c’est un curieux mélange presque ésotérique que Le Tigre n’a pas eu l’intelligence de finir. Voici donc la chronique de mon échec littéraire vis-à-vis de Van Vogt.

Il était une fois…

Voyons donc ce qu’en dit l’éditeur :

« XXVIe siècle. difficile de se faire une identité dans l’immensité anonyme de l’empire galactique… Surtout quand on est amnésique.

Car en prenant part aux jeux de la machine (qui permettent aux gagnants de rejoindre la caste des nantis sur Venus), Gilbert Gosseyn découvre qu’il n’est pas l’homme qu’il a toujours cru être. Ses souvenirs ne sont pas les siens, sa femme qu’il croyait décédée n’est pas mortes d’autant qu’il. n’a jamais été marié : il peut même ressusciter lorsqu’on attente à sa vie…[tiens, le synopsis de Total Recall…]

Mais malgré cette aptitude à se réincarner, il comprend vite qu’il n’est qu’un pion au sein d’un vaste complot dont la finalité lui échappe. un pion ou… la pièce maîtresse. »

Critique Du cycle du Ā

Tigre est grandement embarrassé. Bon nombre de mes connaissances ont adoré cette trilogie alors que je me suis arrêté au deux tiers du premier opus. Me suis arrêté quand le héros commençait à découvrir ses pouvoirs et à se téléporter comme un joyeux cabri.

Le plus dur fut de classer cet ovni littéraire, c’est à la fois la beauté et l’écueil principal de ce roman : est-ce de la science-fiction (ça se passe dans le futur), un essai philosophique (cf. partie suivante), un polar (plutôt de l’espionnage) ou même un conte religieux (nombreuses résurrections du héros, et ce dès le début) ? Van Vogt a fait plus qu’écrire un roman, à l’instar d’un Maurice G. Dantec c’est tout un monde qu’il a tenté de monter et démonter.

L’histoire, je ne m’en souviens guère. Et pour ce que j’ai lu, ce n’est pas si important. Il est question d’une menace E.T. contre la Terre, et le protagoniste principal se découvre de fabuleux pouvoirs, notamment la possibilité de « repartir de zéro » depuis Vénus, planète devenue carrément bizzare. Sauf que le père Gosseyn (go sane ?), impossible de me le représenter de façon satisfaisante, c’est bien le dernier homme auquel il est permis de s’identifier.

Un souci supplémentaire est le style de l’écrivain canadien. En fait, c’est comme s’il n’en avait aucun. Je suis sans doute excessif, néanmoins tout semble délivré brutalement et sans prendre de gants littéraires. Si le fond prime sur la forme, le texte a hélas très mal vieilli : Le Tigre a (entre autres) abandonné en plein milieu parce que les quelques références scientifiques que j’ai captées m’ont paru dérisoires.

Au final, le félin sait qu’il va se faire des ennemis, toutefois tentez de comprendre : je me pose pépère sur un fauteuil pour bouffer de la SF, doté d’une expérience en terme de bizarreries littéraires que j’estime relativement complète, et puis pouf ! Incapable de savourer une œuvre écrite à la fin des années 40 et qui fait appel à des notions que je maîtrise mal. S’acharner ne sert à rien.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

Si j’ai correctement interprété le début du schmilblick, le conflit est en partie dû à quelques gus qui utilisent ce que l’on nomme la sémantique générale. Il s’agit d’une vision du monde non aristotélicienne qui prend comme axiome l’idée selon laquelle notre perception est autant incomplète que personnelle. Le monde tel que nous le visualisons ne correspond en rien à ce qui pourrait être tangible, et notre réalité s’appuie sur des mots qui ne façonnent que partiellement (quand ils ne nous trompent pas) notre entourage. Très franchement, c’est à partir de ce niveau d’explications (suffisantes lors d’un diner mondain) que mes connaissances en philo et en sémantique se font la malle.

Le résultat, dans le roman, est prodigieux. Déroutant puisque le lecteur assiste à un changement total de paradigme : non seulement les péripéties mobilisent des idées peu communes, mais en outre l’identité même du personnage principal n’est plus certaine. Le mec meurt, se réveille quelque part, clamse à nouveau, fait des choses de guedin avec son esprit unique, etc. Ce savant empilement d’incertitudes a contribué à perdre Le Tigre.

…à rapprocher de :

– Tigre ne vous parlera pas des suites, à savoir Les Joueurs du non-A et La fin du non-A. Pas avant quelque temps.

– L’histoire de la sémantique générale, ou le fameux « la carte n’est pas le territoire », me rappelle l’expérience de pensée d’Umberto Eco sur la manière de créer une carte de l’empire à l’échelle 1:1. On retrouve ce texte dans le recueil Comment voyager avec un saumon (au passage, me suis un poil emmerdé dans cette œuvre).

– Dans la catégorie « homme merveilleux qui s’affranchit des frontières de la bien-séance de la physique », je pense au héros d’Alfred Bester dans son roman Terminus les étoiles. Un must.

– Michel Houellebecq a repris le mot d’ordre de l’écrivain avec son excellent roman La Carte et le Territoire.

– Très sérieusement, les délires de cet univers me font rappeler quelques égarements du bon K. Dick, en particulier dans la gross tétralogie SIVA. Les deux auteurs devaient fréquenter le même dealer. Le successeur de ce dernier était sûrement le fournisseur de Dantec (qui vit au Canada).

Enfin, si vous avez plus de patience que Tigrou, vous pouvez trouver le premier opus du cycle en ligne ici.

EncycatpediaLa curiosité du Tigre a bien failli le perdre, c’est le cœur lourd ces quelques lignes ont été écrites. Souhaitant ardemment savoir où se baladait mon chat, j’ai mis au point un système qui coûte une blinde et à la logistique afférente très lourde. Aussi, pour vous épargner ces peines, voici le résultat de cette expérience scientifique.

Comment espionner son animal ?

Il n’y a pas que la NSA qui espionne à tout-va, Tigre voulait sa part du gâteau. Avec la même honnêteté intellectuelle qui caractérise l’agence gouvernementale américaine, voici comment je me suis justifié : connaître les fréquentations habituelles d’Edgar (le nom de mon chat, en rapport avec la tarlouze à la tête du FBI) est le meilleur moyen de le protéger, voire le secourir s’il est en grande difficulté. Je fais cela pour son bien, mais comme Edgar est décidément trop con pour le comprendre, je me suis bien gardé de lui expliquer pourquoi je l’ai affublé d’un nouveau collier.

Vous vous en doutez, le procédé que j’ai choisi est excessivement élémentaire : j’ai acheté une puce GPS que j’ai collée à une médaille passée au cou du matou. Je ne compte pas faire de publicité pour le fabriquant, faut juste savoir que leurs produits sont très bien foutus. On achète le petit objet, accompagné de son logiciel de traçage. Comme je me méfie d’Edgar, j’ai opté pour la formule dite « complète » (le prix reste indécent, aussi une quête sera organisée à la fin du billet).

Muni d’une bonne connexion internet, votre ordinateur peut recevoir, à quelques minutes d’intervalle, la position (à deux mètres près, imaginez-vous !) d’Edgar. On peut choisir la fréquence, pour ma part je me suis décidé à un relevé par heure. La version cheap du produit aurait consisté à attendre de récupérer le collier et le connecter. Mauvaise idée à mon sens, ce serait comme confier cent euros à votre neveu dans un magasin de bonbecs. Vous êtes sûr de les perdre.

Voici donc les données compilées au de l’expérience qui a duré 30 jours.

Où se balade le chat ?

Je suis désolé, mais je ne publie très peu d’images sur ce blog. Déjà je n’ai pas le temps, et en plus je ne sais pas vraiment comment procéder. Annexer au présent volume la carte du GPS aurait été de bon aloi, toutefois en le faisant n’importe quel lecteur aurait su où j’habite. Et je ne compte pas voir ma tanière squattée par une foule en délire qui fouillerait mes poubelles. Pas besoin de savoir quelle marque de couches j’utilise. J’ai donc illégalement téléchargé un logiciel d’une rare puissance pour reproduire ladite carte en modifiant l’allure de ma mansarde.

QLTL - GPSComme vous pouvez le voir, ce n’est pas sans raison que Tigre était le souffre douleur de la prof’ de dessin au collège. J’avoue, c’est sacrément moche. Si vous reconnaîtrez sans difficulté la rue du bas, les immeubles devant et les espaces verts, je vous signale que les carrés en haut à gauche sont des garages, et les petits points rouges le relevé de position d’Edgar pour chaque heure. A raison d’un mois de surveillance, le compte paraît bon.

Que remarquons nous ? Avant de répondre, j’ai bien conscience de l’empirisme de mes déclarations. Le territoire d’un chat dépend de son âge, où il vit (sa sphère de coprospérité sera plus vaste dans la Creuse qu’à Hong-Kong), son sexe, le nombre de congénères autour de lui, etc. Là, je ne parle que d’Edgar. Extrapoler à votre propre animal doit être fait avec la plus grande prudence.

Au premier abord, vous voyez que Le Tigre n’habite que les deux tiers gauche de l’immeuble. C’est un peu là qu’Edgar passe le plus clair de son inutile temps. Ceci est plus que son territoire, c’est son sanctuaire où repos rime avec boustifaille. Plus encore, il a même une petite boite en carton, dans le salon, que je m’interdis de violer (on parle de la boîte, pas du minou).

Ensuite, il y a son territoire « par défaut » dès que je consens à le faire sortir. Il file sur la gauche et va bouffer de l’herbe et pisser sur la pelouse devant nos fenêtres. C’est dans ces zones là que je suis sûr de le trouver, et aucun autre minet. Sa chasse gardée. Je note, non sans plaisir, qu’Edgar a bien compris mes leçons et ne s’aventure jamais du côté de la route. Comme quoi, l’avoir tenu en laisse pendant trois années a suffit.

En outre, une fois qu’Hoove…euh Edgar s’est bien assuré que personne ne vient chier sur son secteur exclusif, il lui arrive de porter ses pérégrinations vers le nord. Merveilleuse intuition, ce terrain (parking et espace vert en haut) coïncide avec le cadastre de mon immeuble. C’est comme si mon chaton avait compris que cela lui appartenait potentiellement, que c’était le prolongement naturel de sa très féline juridiction. C’est dans cette zone qu’Edgar a le plus à faire. Son âge avançant, ses visites s’espaçant, il est quelques chadversaires qui ont pris la confiance et se pointent dans cette zone interdite.

Enfin, Eddie se permet d’aller provoquer ses congénères sur leurs territoires, ici à l’est de mon immeuble. Il n’y reste pas bien longtemps, et souvent je le vois (depuis la fenêtre) piquer un sprint de cet endroit jusqu’à la porte de mon appartement. Voilà pour mon analyse, et vous vous demandez sûrement pourquoi je vous raconte tout cela ?

Car il y a plus important : Le Tigre a découvert quelque chose de terrible au cours de cette expérience.

Les dangers à surveiller son chat

Tout a commencé un soir de décembre, lorsque je regardais négligemment les relevés de la puce GPS. Le point de la dernière heure, comme souvent, pointait dans ma chambre. Sauf que je n’avais vu Edgar ni dans ma chambre, ni à côté. J’ai eu deux réactions : premièrement, je me suis dit que ce truc est déréglé, et que ça méritait une ristourne.

Deuxièmement, j’ai flippé et attendu le prochain relevé. Entre temps, j’ai fouillé de fond en comble mon modeste logement, et nulle trace du minifauve. Lorsque le GPS s’est mis à jour, le point rouge est apparu à un mètre derrière moi. Je me suis retourné, lentement, transpirant, et ai vu…que dalle. Un fantôme, une cape d’invisibilité, mais qu’avait bien pu faire cet idiot de félin ? J’ai même cru, un instant, qu’il était parvenu à se débarrasser du collier et l’avait subrepticement glissé dans une des poches d’un de mes manteaux.

Après une paire d’heures à me faire des nœuds au cerveau, je suis parvenu à m’endormir. Et la nuit m’a apporté une précieuse indication, en l’espèce un rêve érotique avec la nouvelle voisine du premier étage. Or, le GPS ne donne que des données planes, et ne prend pas en compte la hauteur. Vous suivez ?

Aussi je suis allé voir ladite voisine (qui est laide, mon inconscient a ses propres démons), et j’ai eu confirmation de ce que je craignais : elle était toute contente parce qu’un chat, selon ses termes, l’avait adoptée et lui « rendait visite un soir sur deux en quémandant de la nourriture et en dormant dans mon lit ».

Encore un exemple illustrant que les chats n’ont pas de maîtres. Edgar avait une double vie et passait la moitié de son temps au premier étage. Il y mangeait les mêmes doses de croquettes que chez moi, voilà pourquoi le rationnement que j’avais mis en place ne fonctionnait pas.

Conclusion voyeurissime

Si vous pensez avoir encore lu un article qui ne vous a pas fait avancer d’un poil sur le merveilleux monde des félins, c’est que vous ne les comprendrez jamais.

Pour la quête dont Tigre a parlé, finalement ce ne sera pas nécessaire. J’ai trouvé une manière plus élégante pour me payer : au lieu de vendre au rabais la puce, je la colle sur des chiens que je « trouve » dans la rue et dépose dans un champ en Seine-et-Marne. Une semaine après, une annonce est placardée sur les arbres. Puis j’interviens. C’est dingue comme les gens sont reconnaissants.

Hélas, ça n’a fonctionné que deux fois. Dernièrement, la puce m’a mené aux cuisines d’un célèbre resto thaïlandais de l’est de Paris. Lequel a voulu m’offrir une année de bouffe à l’œil pour que je ferme ma gueule. Je l’ouvrirai un jour. Et vous donnerai, entre autres, une recette à base de chat. Ça a bon goût comme viande d’ailleurs (en lien). Concernent mon amour des félins, skaïz is ze limit.

James Hadley Chase - Vipère au seinVO : Double Shuffle. Il doit s’agir d’un des meilleurs romans hard boiled lu par Le Tigre. Une enquête bien plantée et rondement menée, un héros d’apparence normale, un peu de sexe (à l’aune de la période d’après-guerre, hein), la maîtrise de l’écrivain anglais est à applaudir. Dernier applaudissement pour l’éditeur qui a concocté une image de couverture de première bourre.

Il était une fois…

Susan Gellert est une artiste complète : chaque soir, elle offre à la populace admirative un pestacle des plus somptueux. Imaginez, la belle est presque nue et effectue une danse lancinante en tenant un cobra entre ses quenottes. Clou du show, elle lui fait un smac sur son museau. Toutefois, il y a quelque chose de bizarre chez elle et son partenaire : ils ont contracté pas mal de polices d’assurances sur la vie de Susan. Si elle clamse, un million de dollars sera reversé. La compagnie sent l’arnaque à mille lieues à la ronde, seulement celle-ci ne sait pas comment l’assurée procédera.

Critique de Vipère au sein

Écrit au début années 50, voici encore un exemple des polars noirs (les fameux hard boiled) qui ont éclos comme de jolis champignons atomiques jusqu’aux années 60. Il fut un moment où j’en bouffais deux par mois, hélas ça m’est passé depuis.

Le scénario est, au premier abord, simple comme tout : Harmas, un agent d’assurances, se voit demander par sa boîte d’enquêter sur l’agent de Susan, celui-ci semblant plus que louche. Sauf que l’affaire s’avère un poil plus complexe que prévue, et notre héros (qui bosse avec sa bourgeoise) va pas mal se balader en Californie. Sans spoiler, il sera question d’une jumelle qui rôde dans le coin.

L’énigme, sur fond d’extorsion aux assurances donc, est très bien menée malgré une fin assez improbable (et encore, Tigre reste poli). Chose intéressante, je n’ai pas vu le temps passer : entre des chapitres plutôt courts et des péripéties qui débarquent sans crier gare, il faut reconnaître que c’est une œuvre relativement rythmée pour du hard boiled.

Un ouvrage plus que satisfaisant si on parvient à pardonner quelques incohérences (beaucoup semblent à l’épreuve des balles). A l’époque, un tel enchainement d’action devait bien faire bicher les lecteurs, sans compter le vocabulaire passablement argotique qui, aujourd’hui, a un parfum suranné involontairement comique (du moins pour Le Tigre).

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

L’angle d’attaque choisi par le bon James H. Chase est original, on n’avait pas idée à l’époque d’introduire un tel protagoniste principal. Harmas est un pauvre agent d’assurance, rien à voir avec le shérif du coin ou le détective privé ancien militaire. Accompagné de son épouse, on sent qu’il n’est pas forcément à l’aise en traînant ses guêtres dans un tel bourbier. On friserait le roman d’apprentissage si l’auteur anglais ne s’était pas tant concentré sur le strict déroulement de l’enquête.

L’enquête, parlons-en. En ce qui me concerne, j’ai souvent considéré que c’était « too much ». L’employé d’assurance met son gros doigt dans un engrenage qui n’est pas loin de le broyer. La Californie rutilante et propre sur elle, l’Ouest dévergondé et en manque de repère, en fait Chase brosse le tableau réaliste d’une région où arnaqueurs à la petite semaine frayent avec la « bonne » société. Cependant, en moins de 400 pages, on ne s’attardera pas longtemps au pays.

…à rapprocher de :

– De cet auteur, Pas d’orchidées pour Miss Blandish m’avait également plu. Décidément, les femmes savent foutre la merde dans les romans de Chase.

– Les opérations savamment préparées, mais avec le grain de sable de trop, c’est aussi Le sac de Couffignal, d’Hammett (autre auteur hard boiled).

– Concernant les arnaques à l’assurance, je vous laisse vous creuser les méninges (ne me parlez pas du film Memento hein).

Enfin, si votre librairie est fermée, vous pouvez trouver ce roman en ligne ici.